Êtes-vous allergique aux OGM ?

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Les allergologues s’arrachent les cheveux. Déjà que l’allergie alimentaire est en pleine expansion, mais l’arrivée des OGM risque de leur compliquer encore la tâche. D’autant que la médecine ne propose absolument aucun traitement pour cette maladie, contrairement à d’autres types d’allergies… Aucune méthode de désensibilisation n’existe, et certaines personnes se baladent avec leur matériel de réanimation à portée de main… Sans pousser jusque-là, peut-on évaluer les vrais risques ?

« Si vous êtes allergique à la noix du Brésil, ne buvez pas de lait de soja », aurait-on dû dire à la jeune femme qui a été l’une des premières victimes d’allergie aux OGM il y a quelques années. Une simple protéine de noix avait été introduite dans le patrimoine du soja…
Vous ne comprenez rien ? C’est normal : cette jeune femme non plus.

Reprenons calmement

Pour modifier génétiquement une plante, on recherche dans une autre plante (ou même dans un animal) la caractéristique que l’on souhaite inculquer à la première.
On identifie la protéine responsable de la particularité en question, puis on fabrique une "construction génétique" (qui contient le gène d’intérêt et des séquences d’ADN indispensables à son fonctionnement).
On introduit alors le patrimoine génétique de la plante n°2 dans celui de la plante n°1 : c’est la transgenèse.

Ce jeu de Lego n’a l’air de rien, mais "les risques allergiques causés par les protéines nouvelles que pourraient produire les plantes génétiquement modifiées sont vraisemblablement les risques les plus importants", expliquait déjà le Pr Bernard David, directeur de l’Unité d’immuno-allergie de l’Institut Pasteur (Paris) en 1999 dans un article prémonitoire.

Pourquoi tant d’agitation ?

Tout simplement parce que les responsables majeurs des allergies alimentaires sont les protéines. Que les allergologues ont déjà un mal fou à repérer la protéine qui provoque vos plaques d’urticaire ou vos œdèmes de Quincke si elle est issue d’un aliment "normal". Mais s’il faut enquêter pour finalement aboutir à une protéine de noix dans du lait de soja, ils jettent l’éponge…

Allergique à petite dose

Évidemment, certains "experts" américains, mandatés pour définir si oui ou non certaines plaintes de consommateurs étaient fondées, se sont avérés extraordinairement optimistes. Ils estimèrent en l’occurrence que les allergènes (agents responsables) étaient alors présents en si faible quantité dans le "nouvel" aliment qu’ils ne pouvaient causer aucun dégât. En outre, la séquence des acides aminés (c’est-à-dire la "forme" de la protéine) ne ressemblait en rien à une protéine déjà réputée allergisante, ce qui était encore plus rassurant à leur yeux.

Pas de chance : d’autres experts, plus spécialisés en allergie qu’en intérêts financiers, ne sont pas de cet avis. Ils rappellent qu’en matière d’allergie, les faibles doses ne sont en aucun cas une garantie d’innocuité ; le Pr David renchérit même : "chez la souris, les fortes doses d’un allergène n’entraînent pas de réaction, alors que c’est le cas avec des doses faibles répétées". Par ailleurs, même si la forme de la protéine ne ressemble pas à une soeur allergisante, cela ne fait qu’atténuer le risque mais sûrement pas l’annuler.

Mais si un aliment qui n’était pas allergisant peut le devenir en intégrant une nouvelle protéine dans son génome, des petits malins ont imaginé qu’il pourrait être possible de faire l’inverse : rendre non allergisant un aliment réputé tel en introduisant un gène externe destiné à faire taire l’allergène ! Certains chercheurs proposent d’ailleurs déjà des modifications génétiques, notamment de la cacahuète, l’un des aliments les plus allergisants qui soient.

La vérité, c’est qu’en matière d’allergie, tout est très compliqué. Et si les aliments OGM ne sont pas, en soit, plus allergisants que les autres, il s’avérera à l’évidence encore plus délicat de retrouver le coupable. Par ailleurs, les personnes déjà allergiques ne seront pas forcément plus vulnérables (ce qui signifie au passage que celles qui ne sont PAS allergiques ne sont pas du tout à l’abri !). Sachant qu’en raison de l’explosion du nombre d’aliments consommés et de la diversification alimentaire survenant de plus en plus précocement, les allergies alimentaires sont en progression constante, l’avenir des allergologues est assuré. Ils estiment qu’environ 3 % de la population manifeste une allergie alimentaire (et près d’un enfant sur 10, mais les symptômes s’atténuent en général avec l’âge), et que "l’épidémie" n’en est qu’à ses débuts.

Que faire ?

La guerre mondiale contre l’allergie aux OGM est déclarée. Mais on ne sait pas bien avec quelles armes contrer l’ennemi. Le bon sens voudrait tout bêtement que les OGM n’existent pas. Mais ce fantasme est supplanté par la réalité : les OGM s’infiltrent doucement dans les filières alimentaires. Nourrissent les animaux qui nous nourrissent. Poussent, croissent et se multiplient comme des petits pains. Les manipulateurs sont au moins priés de vérifier, dans le fin fond de leur laboratoire, si les protéines qu’ils comptent insérer dans les végétaux pour en inonder la planète ressemblent à des protéines déjà connues comme allergisantes. C’est la moindre des choses. Ensuite, il est question de restreindre les insertions afin que les protéines étrangères ne soient exprimées que dans les parties de la plante qui n’entrent pas dans l’alimentation, comme la tige ou la feuille : en d’autres termes, on n’avalerait pas la partie génétiquement modifiée. Enfin, il serait question d’imposer un étiquetage absolument rigoureux sur les produits finis, et on en est loin.

Bref : paroles, paroles… et intérêts financiers. Au niveau du consommateur, les seuls moyens qui peuvent être mis en oeuvre passent par deux outils remarquables : les yeux. Lisez les étiquettes et, dès que vous décelez les mots "génétiquement modifié", reposez le paquet sur le rayon. Désolé, nous n’avons rien d’autre à vous proposer, sinon des mesures de bon sens qui mettent à l’abri à la fois des OGM et protègent votre santé : des produits simples et naturels, à préparer vous-mêmes.
Les OGM sont en effet issus majoritairement du soja ou du maïs (en tout cas aujourd’hui), et entrent dans la composition de produits industriels qui les comportent (plats cuisinés, biscuits, pâtisseries, snack, barres chocolatées…).
À noter : les produits bio sont évidemment exemptes de la moindre trace d’OGM. Ouf !

Ça vous chatouille ou ça vous choque ?

Certes, les OGM représentent une réelle menace en matière d’allergie alimentaire. Mais il ne faut pas focaliser sur cette seule source potentielle.

ALIMENT

TROUBLES

Œuf (+ mayonnaise, desserts à base d’oeuf, pâtes aux oeufs, etc.).Eczéma, urticaire, dermatite atopique (enfant),
diarrhées, vomissements.
Cacahuète (+ beurre de cacahuète, huile d’arachide,
pâtisseries, bonbons, sauces diverses, charcuteries,
parfois entrant dans la composition des "huiles végétales",
des "protéines végétales" ou des "matières grasses végétales" d’un produit fini).
Œdème de Quincke (gonflement du larynx qui expose à l’étouffement.
Appeler le médecin d’urgence)
ou choc anaphylactique (piqûre d’adrénaline d’urgence pour éviter l’arrêt cardiaque).
Lait de vache (et tout produit en découlant ;
parfois appelé "caséine", "caséinate de calcium/sodium").
Eczéma, urticaire, dermatite atopique (enfant),
diarrhées, vomissements.
Fruits et légumes (latex = avocat, banane, châtaigne, kiwi, sarrasin ;
ombellifères = carotte, céleri, cerfeuil, coriandre, cumin, fenouil, persil ;
rosacées = abricots, cerises, pêches, poires, pommes, prunes),
oléagineux (noix, noisettes, amandes).
Syndrome de Lessof (démangeaisons dans la bouche –
palais, langue, pharynx, éventuellement oedème).
Ces allergies sont souvent accompagnées de rhume des foins.
Produits de la mer (tous les poissons et presque tous les crustacés – crabe, crevette, écrevisse, langouste, langoustine)Tous les symptômes sont possibles.

Le tableau ci-dessus est  un petit récapitulatif des principaux allergènes alimentaires et des troubles qu’ils provoquent.

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