Faire éclater la bulle de l’autisme...

...grâce à la méthode des 3 i !

Une méthode quasiment inconnue présente des résultats étonnants sur l’autisme. Deux documentaristes en herbe sont « tombés sur ce sujet » et en ont fait le cœur de leur premier film. Une aventure en soi, qui met un coup de projecteur sur cette nouvelle approche de l’autisme.

Pour mettre la dernière touche à leur film Autisme, éclater la bulle, Kévin Bressan et Pierre Voloch gèrent des emplois du temps compliqués... Les deux co-réalisateurs sont chacun en stage de fin d’études, l’un à Thionville et l’autre à Épinal. Les séances de finalisation de montage et d’étalonnage se font donc le soir ou le week-end, et s’ajoutent à leurs activités annexes de production ou d’animation de leur Web TV.

À 23 et 24 ans, Kévin et Pierre sont allés très vite pour faire de ce qu’ils aiment un métier. Attiré par l’audiovisuel, Pierre a poussé la porte de Loreina TV en 2015. Dans cette web TV associative, créée par Kévin, les deux jeunes hommes réalisent leurs premières émissions sur l’actualité régionale et culturelle en Lorraine.

Ce sera le début de leur collaboration – l’un derrière la caméra, l’autre devant – et le déclic qui les poussera vers une formation audiovisuelle. Kévin Bressan choisit la filière Master journalisme à l’Université de Lorraine à Metz, tandis que Pierre Voloch s’oriente vers une formation de technique audiovisuelle à l’IUT de Saint-Dié-des-Vosges.

L’idée du film

C’est finalement par nécessité qu’ils ont réalisé leur premier documentaire puisque c’était une figure imposée pour valider le Master de Kévin. Un an plus tôt, pour les besoins d’un article de l’école, ils avaient rencontré un bénévole de l’association qui développe la méthode des 3 i pour aider les enfants autistes. Ils ont alors découvert l’autisme, ses problématiques et l’apport original de cette approche. Elle est basée sur le jeu et se veut individuelle, intensive et interactive. Une sollicitation importante de l’enfant est au centre du dispositif, faisant intervenir des bénévoles qui se relaient chaque semaine pour jouer avec lui, tout en respectant son rythme.

Se donner les moyens

Mais c’est surtout en rencontrant Ryad, bambin de 7 ans atteint de syndrome autistique, et sa maman, Amel, qu’ils ont touché la complexité de cette maladie et compris la nécessité de faire connaître cette initiative, visiblement efficace.

Le sujet trouvé, restait à lancer le film. Problème : Pierre devait aussi réaliser un projet de fin d’études, mais dans son autre école à 150 km de là. Qu’importe, les 2 réalisateurs ont tout simplement rapproché les écoles. Une évidence pour Kévin : « On voulait que ce soit un film utile et on voulait le faire ensemble. Alors on a réussi à faire un partenariat entre les deux écoles avec une soutenance commune à l’université de Metz ». Et comme ces deux-là n’ont décidément pas les deux pieds dans le même sabot, ils ont également créé une société de production, s’équipant de matériel de tournage.

Un tournage au long cours

Débute alors un tournage sur plusieurs mois pour suivre l’évolution du petit Ryad qui, au fil du temps, constituera la trame du film. Ce sont des séances de jeu, de vie quotidienne, à la maison, au parc. Au début, l’enfant ne voulait pas les voir. « Il était dans une bulle. On était le plus discret possible. On filmait en caméra mobile, sans éclairage pour ne pas trop occuper son espace. On s’est adaptés à lui. Puis, progressivement, notre contact avec lui s’est amélioré », se souvient Pierre. L’enfant a fini par les considérer presque comme des proches. Les jeunes réalisateurs ont même réussi à le filmer à la piscine ou au supermarché. Mais, au-delà de la confiance gagnée, le film devait surtout montrer le parcours de l’enfant, ses éventuels progrès et surtout la fameuse méthode utilisée. C’est la créatrice de la méthode des 3 i, elle-même, Catherine de La Presle, qui explique les tenants et les aboutissants de son travail, à l’occasion de sa venue chez Ryad, en Moselle.

La détermination d’une femme

Grand-mère d’un enfant autiste, Catherine de La Presle a refusé d’emblée l’aspect incurable de ce syndrome. Après de nombreuses recherches, elle a découvert les travaux du Professeur Lelord, psychiatre, enseignant-chercheur à la faculté de médecine de Tours. Il a repris les travaux de psychiatres américains, eux-mêmes en rupture avec la vision comportementaliste de l’autisme. Ces derniers considèrent que la plasticité cérébrale permet de libérer certains dysfonctionnements et de récupérer de l’autonomie. Mais le Professeur Lelord ne pouvant pas réellement développer la méthode en France, notamment faute de moyens, Catherine de La Presle a décidé d’aller se former aux États-Unis, puis de s’occuper de son petit-fils. « Je me suis dit, une fois formée, si ça marche sur mon petit-fils, on pourra envisager un retour à l’école. Et alors, je développerai la méthode pour en faire profiter d’autres enfants ». Au bout d’un an, son petit-fils s’est mis à parler, puis il est allé à l’école et est même devenu premier de la classe à partir du CP !

Aider les autres enfants

Ainsi, en 2005, Catherine de La Presle a créé l’association Autisme Espoir Vers l’École, dont le but est d’amener des enfants diagnostiqués autistes à une vie sociale et scolaire aussi normale que possible.

Sa méthode est axée sur une pédagogie éducative intensive, avec six heures de séances en salle de jeu par jour, au début, impliquant les parents et de nombreux bénévoles de l’association. Il n’y a pas de programme d’apprentissage, mais un travail de communication et d’échange par le jeu qui relance le développement de l’enfant, tout en respectant son rythme. « Il faut remettre ces enfants au berceau avant de les mettre à l’école, explique la fondatrice de l’association. C’est à dire reprendre le développement bloqué ou retardé par le dysfonctionnement neuronal. On essaye notamment d’évacuer les réflexes archaïques qui ont exacerbé certains sens ». Pour cela, elle a créé une salle de jeu, à l’abri des agressions sensorielles, avec lumière tamisée et revêtement adapté. « Par le jeu, on fait repasser l’enfant par toutes les phases d’apprentissage qu’il n’a pas franchies pour le libérer de sa bulle. »

Des résultats surprenants

Des résultats qui peuvent sembler fous pour des parents d’enfants autistes, à qui l’on a souvent dit qu’il n’y avait pas ou très peu de progrès à attendre !

Avec le recul de 500 enfants accompagnés, Catherine de La Presle précise : « Au bout de 3 ans, 50 à 55 % des enfants suivis sont re-scolarisés à l’école ou à la maison. Alors que les autres méthodes enregistrent des résultats de 3 à 6 % ».

Les 3 phases de la méthode des 3 i

Stade 1 : niveau de développement (0 à 18 mois) :
phase de l’éveil de la conscience et de la communication et des progrès moteurs. Salle de jeu 6 h par jour, jeux sensori-moteurs.

Stade 2 : niveau de développement (18 mois à 3 ans) :
phase de la prise de conscience et de la découverte du monde. Moins de séances en salle. Phase de la socialisation : jeux avec d’autres enfants, invitations chez ses intervenants. Phase de la symbolique et du langage : ateliers Montessori « vie pratique et sensorielle ».

Stade 3 : niveau de développement (3 ans et plus) :
présence quasi permanente, langage acquis et désir d’apprentissages. Retour progressif aux groupes collectifs, aux apprentissages scolaires à la maison ou à l’école et à une vie normale, associé à des séances de jeu 3i.

 

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