Les AMAP ou le commerce équitable près de chez vous

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Vous achetez sans doute du café, du chocolat, du sucre ou du riz… issus du commerce équitable. Vous appréciez leur qualité gustative et leur impact limité sur l’environnement. Vous savez aussi que votre geste permet au paysan du Mexique ou d’Indonésie de vivre décemment de son labeur. Les Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne (AMAP) appliquent les mêmes principes de solidarité, mais aux petits paysans français. Avec, proximité oblige, un engagement réel sur le terrain…

Emmanuel Thévenon

«Une sucrine du Berry, un potimarron, 500 g de pommes de terre, 500 g de carottes, deux salades, quatre poireaux, une betterave...». Nous sommes dans un bâtiment faiblement éclairé de la Ferme de Toussacq, en Seine-et-Marne. Comme tous les samedis soir, la trentaine de membres de l’association des  «Courgettes Rieuses » viennent remplir leur panier de légumes bio qu’ils payent 15€ pièce. «Même à 100 km de Paris, en pleine campagne, explique Vincent, il n’est pas si facile de trouver des légumes sains et de bon goût.» Ici, les produits sont on ne peut plus frais, de saison (pas de tomates en hiver!) et appartiennent souvent à des variétés anciennes et de terroir. Enseignants, journalistes, informaticiens, artisans… les membres de l’association viennent des villes et des villages environnants pour, comme Julie, «dire non à la bouffe d’égout que l’on nous impose dans les supermarchés».

Céline insiste : «La démarche vise à soutenir une agriculture durable, respectueuse de l’environnement, qui rompt avec les pratiques intensives qui règnent en Brie.» La distribution hebdomadaire de légumes est aussi l’occasion d’échanger avec Jean-Louis Colas, le maraîcher: on l’interroge sur l’état des cultures, les éventuels problèmes qu’il rencontre, ou, plus prosaïquement, sur les différentes façons de préparer la sucrine du Berry, une courge inconnue de la plupart des adhérents.

Les «Courgettes Rieuses» sont organisées en AMAP, une structure qui connaît actuellement un développement sans précédent. Né au Pays du Soleil Levant dans les années soixante sous le nom de «Teikki» («relation» en japonais), le principe de l’AMAP s’est depuis propagé aux États-Unis, en Suisse et en Allemagne. En France, la première AMAP a été créée en avril 2001 par des membres de l’association ATTAC d’Aubagne, dans les Bouches-du-Rhône, en partenariat avec la Ferme des Olivades, à Ollioules dans le Var. Celle de Toussacq est née en avril 2006. En ce début d’année 2007, il en existe plus de 200 sur tout le territoire français et des centaines de projets sont en cours.

COMMENT CRÉER UNE AMAP?
Ça y est, vous êtes décidé? Alors commencez par recruter autour de vous amis ou connaissances qui partagent votre démarche. Réunissezvous dès que vous vous sentez en nombre suffisant (au moins 5 ou 6 personnes) afin de préparer les premiers jalons de l’association. Celle-ci ne pourra être réellement opérationnelle qu’à partir d’une trentaine d’adhérents. Contacter au plus vite le ou les paysan(s) qui vous semble(nt) le(s) plus en phase avec votre projet. Enfin, tous ensemble, déterminez la nature des légumes ou des fruits à cultiver, les méthodes de culture, le montant du panier, son poids, le lieu de distribution. À la campagne, les adhérents se déplacent généralement chez le paysan. En ville, c’est ce dernier qui apporte ses produits à un point de chute convenu à l’avance.

Sachez que l’AMAP ne fait aucun bénéfice, et que les chèques sont libellés directement à l’ordre du producteur. L’association n’est là que pour mettre en contact paysans et consommateurs.

POUR ÉVITER LES EMBÛCHES…
Idéaux sur le papier, les engagements réciproques qu’impose une AMAP ne vont pas toujours de soi. Et à l’enthousiasme de départ peut succéder une certaine désillusion.
L’échec d’une AMAP est toujours regrettable pour les consommateurs ; elle peut se transformer en véritable cauchemar pour le paysan!
Alors, un conseil : participez aux réunions de l’AMAP dès sa création.

L’erreur la plus courante est de croire, en effet, qu’il est possible de raccrocher les wagons, en attendant dans l’ombre que les autres adhérents aient défriché le terrain pour vous. Or, une fois les décisions prises, impossible de revenir en arrière. Il faut, au minimum, attendre la prochaine saison, sans se décourager… Pas toujours facile quand vous trouvez que la soupe de potimarron, ce n’est vraiment pas votre truc ou que, décidément, le panier vous semble peu rempli pour 15€.

Le prix est d’ailleurs la cause la plus fréquente d’échec des CSA (les équivalents des AMAP) aux États-Unis.
- Trop faible, le tarif pénalise le producteur.
- Trop élevé, il refroidit les adhérents.
Un juste équilibre est donc à trouver, ce qui est loin d’être facile. En France, il faut aussi savoir qu’une AMAP est souvent plus intéressante pour le consommateur d’une grande ville que pour celui d’une zone rurale, différence de coût de la vie oblige. À Paris ou Marseille, un panier de légumes d’une AMAP est environ 15% moins cher que les mêmes produits achetés dans un supermarché. À la campagne, en revanche, l’avantage que devrait procurer un circuit court est plus incertain…

Comment permettre l’accès au plus grand nombre à une alimentation de qualité?
Certaines AMAP ont mis en place une échelle de prix en fonction des possibilités financières de leurs adhérents, ou la réduction du prix du panier en échange de journées de travail à la ferme.
Autre astuce, commencez la première saison au printemps plutôt qu’en hiver, le choix des légumes y est beaucoup plus varié et le panier bien plus rempli. Vous aborderez la période hivernale, indéniablement plus critique, avec davantage d’optimisme…

POUR EN SAVOIR PLUS
Alliance PEC (Paysans Écologistes Consommateurs)
Annuaire national des AMAP

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