Les boissons de santé

Thé, soda, eau minérale, jus de fruits… À votre santé !
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Les jus super anti-oxydants et les boissons énergisantes ne datent pas d’hier… Petite plongée amusante dans la petite et grande histoire des boissons santé. Ou : pourquoi et comment on boit pour « bien grandir », « danser toute la nuit », « faire le plein de vitamines » ou « mieux digérer »…

Toutes les boissons que l’on connaît aujourd’hui, de l’eau à la limonade en passant par le thé, le vinaigre ou l’alcool, répondent à 4 paradigmes (modèles) médicaux plus ou moins anciens », explique Richard Delerins*. C’est-à-dire à la représentation que nous nous faisons du corps. Nos boissons santé en sont encore fortement « imprégnées » en 2010. Eh oui, nous buvons globalement la même chose qu’au Moyen-Âge, et pour les mêmes raisons !

* Historien de l’alimentation, de la nutrition et de la cuisine, chercheur à l’université de Californie (Los Angeles/ UCLA)

PARADIGME 1 : LE CORPS GALÉNIQUE ET LA DOCTRINE HUMORALE
« Il a dominé la médecine et la physiologie pendant quasiment 20 siècles, de l’Antiquité au milieu du XVIIIe siècle. Ses inventeurs : Galien et Hippocrate. Son principe : le corps est constitué de 4 fluides, la bile jaune, la bile noire, le flegme et le sang, qui circulent dans tout l’organisme. La santé résulte d’un équilibre de ces 4 fluides. Dans chaque personne, l’un des fluides domine, c’est la complexion d’un individu. »
Par ailleurs, la saveur d’un aliment ou d’une boisson donne une idée de sa température perçue. « Ainsi, les saveurs tempérées, douces, presque insipides, sont "médianes". Rafraîchir le corps (encore une idée qui remonte à Mathusalem !) n’est pas désaltérer (= retirer l’altération) ; il s’agit d’apporter des saveurs froides pour diminuer la température du corps en excès de sang ou de bile jaune ».

PARADIGME 2 : LE CORPS "CHYMIQUE"
À la fin du XVIIe siècle, sous l’impulsion de Lavoisier, « on commence à comprendre les mécanismes de la chimie, qui différencie les éléments acides et alcalins. » Tout tourne alors autour du "chyme"» (= l’acide), alors que "aigre" se rapportait au paradigme 1 ; mais en terme de saveur, c’est exactement la même chose.

Et l’anti-acide, c’est quoi ? La soude, puis le soda
« Le mot alcali (qui a donné "alcalin") vient de l’arabe "al-qâly", la plante qui, quand on la brûle, donne la soude, alcaline par excellence. Donc le soda (= "la saveur de la soude"). »
Le thermalisme et les cures d’eau se développent en parallèle. « Puis, au XIXe siècle, on apprend à faire de la carbonation artificielle. L’eau de Seltz connaît un succès fulgurant car elle sert de modèle : on teste sur cette eau minérale naturelle venue d’Allemagne les techniques de carbonation. C’est ce qui permet de créer les sodas. Schweppes est le premier, puis Pepsi-Cola s’impose comme la solution pour calmer les aigreurs d’estomac ».

PARADIGME 3 : LE CORPS ÉNERGÉTIQUE
« Ce paradigme s’installe au milieu du XIXe siècle, avec la notion de thermodynamique. Chaleur, mouvement, travail, calories : on s’intéresse désormais au corps selon une notion énergétique, de "carburant". » La calorie est définie en 1824 par le chimiste Nicolas Clément. Le créneau des boissons anti-fatigue est né. « On cherche des boissons tonifiantes : c’est la naissance des "tonics", Coca-Cola en tête. Pendant ce temps-là, en France, les "tonics" continuent d’être associés au vin, vivement recommandé aux sportifs, surtout les cyclistes, poussés à boire du "Pur sang de vigne" ! »

PARADIGME 4 : LE CORPS CELLULAIRE
On envisage ensuite le corps sur le plan de la cellule. C’est l’arrivée en fanfare des vitamines en 1911, boudées dans le paradigme 3 puisqu’elles n’apportaient pas d’énergie, même si l’on comprenait qu’elles étaient essentielles. La firme Sunkiss a l’idée de vendre du jus d’orange (riche en vitamine C) avec sa communication « Buvez une orange ». Avant les années 20, on mangeait les fruits, mais l’idée de les boire était complètement novatrice.

L’histoire permet de comprendre comment sont nées les boissons, en fonction des représentations du corps de l’époque. « Aucun de ces paradigmes n’a remplacé l’autre, ils se sont juxtaposés. La consommation de boissons santé a toujours existé, mais on ne peut l’appréhender que dans le cadre de la culture propre à chaque pays, à chaque région ».

À LIRE :
Créez vos boissons santé, Sylvie Hampikian, éditions Terre Vivante.

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