« DME » : Diversification Alimentaire menée par l’Enfant

La DME convainc de plus en plus de parents en France. Sans être issue d’un pays plus que d’un autre, elle a néanmoins été pour beaucoup théorisée au Québec dans le monde francophone. Les blogs et ouvrages outre-Atlantique servent d’ailleurs de référence aux familles qui cherchent une nouvelle façon de faire découvrir la nourriture à leurs enfants.

« Au début ce n’était pas très réfléchi, mais surtout convivial. » Aliénor a aujourd'hui 36 ans et 4 enfants. Pour son premier (12 ans et demi), elle suit les recommandations françaises et lui prépare des purées, dès le 5e mois. Parce qu’elle avait le temps dit-elle. « J’étais contente de les faire, mais j’ai eu mon deuxième enfant 20 mois après. Quand la diversification est arrivée, mon premier avait 26 mois, un âge très intense. Il mangeait comme nous. » Mais l’idée de se relancer dans les purées la décourage, « parce qu’il en reste toujours, ça faisait du gâchis ».
Pour son deuxième, elle l’observe très tôt tendre la main vers les aliments bruts qu’elle ou son mari cuisine pour toute la famille. Sans vraiment y réfléchir, Aliénor commence alors ce qu’on appelle la « DME » et l’appliquera pour ses deux autres enfants.

La DME est « une approche d’introduction des aliments où le nourrisson s’alimente seul sans pas­ser par l’étape des purées », écrivent les trois autrices de Petites mains, grande assiette, ouvrage de référence au Canada, édité en 2016. La Québécoise Émilie Pinard, qui tient le blog Bébé mange seul (et qui a écrit le livre du même nom), le définit comme le fait de « laisser l’enfant développer ses compétences à se nourrir en lui fournissant des situations sécuritaires et de la nourriture semblable à la nôtre plutôt que des purées ». Lorsqu’elle commence en 2013, avant de devenir une experte et de proposer des formations via son site, Émilie Pinard se sent tout de même comme une « extraterrestre ». « Pourtant c’est une méthode qui vient naturellement aux parents. Les gens voient ça comme du bon sens et comme la continuité de l’évolution motrice de leur enfant », nous confie-t-elle aujourd’hui.

Une méthode à l’écoute des besoins de l’enfant

Le bébé de Julie a 19 mois. Elle a choisi pour lui la DME après que sa consultante en lactation lui en a parlé. « Le bébé se sert lui-même et prend la quantité qu’il veut. On encou­rage le développement de la motri­cité : quand on lui présente un bout d’aliment, il ouvre la main, il saisit tout seul. Il teste, il renifle, il sent, il recrache, il réessaye et observe. C’est bien plus intéressant », se réjouit cette jeune maman.

« Un enfant sait s’alimenter dès le 1er jour de sa naissance, il n’y a pas de raison qu’il ne sache plus à partir de 6 mois », rappelle Sabrina Lerch, diététicienne-nutritionniste spéciali­sée en pédiatrie. Elle consulte à Nice et Saint-Laurent-du-Var, dans les Alpes-Maritimes. Elle a été formée à la DME en 2016 et l’a elle-même expérimentée avec ses deux derniers enfants (6 ans et demi et 3 ans). « Pour l’un, j’ai fait la diversification classique et la DME, pour l’autre, c’était 100 % DME. »

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Dans les faits, la DME ne laisse jamais bébé complètement seul. Une présence d’un adulte est obligatoire pour l’accompagner. Il faut aussi attendre que l’enfant puisse se tenir assis sans aide et porter seul les aliments à la bouche, ce qui repousse souvent la diversification un peu plus tard que le 5e mois préconisé habituel­lement. Les morceaux proposés ne doivent pas être trop petits non plus, pour éviter le risque d’étouffement, qui inquiète bon nombre de parents. Les aliments doivent aussi être mous, cuits et/ou bien ramollis. « Par exemple, au début, pas de pomme crue, mais cuite oui ! Pareil pour la carotte. Si on fait les choses selon des principes logiques, il n’y a pas de raison qu’il s’étouffe plus qu’un enfant allongé dans son transat, complète Sabrina Lerch. Pour rassurer les parents, je suggère de suivre un cours de premier secours, et pas seulement pour celles et ceux qui veulent faire la DME, mais pour tout le monde ! »

Côté nutrition, même si on peut avoir l’impression que son bébé va manger exactement comme les adultes, ce n’est pas le cas. Certains aliments sont à éviter : les produits trop transformés et les fast-foods ; le sel, parce que les reins du bébé sont fragiles ; le sucre ; tout ce qui est caféine et stimulant ; et le miel avant un an. Comme Émilie Pinard le dit : « De tout avec modération. Après, il peut y avoir des différences selon les valeurs familiales aussi. »

Le lait reste l’alimentation principale jusqu’à un an

La base de l’alimentation reste le lait jusqu’à un an, qu’il provienne de l’allaitement ou du lait en poudre. Sabrina Lerch insiste : « Avec la diversification classique, souvent on cherche à diminuer le lait pour remplacer le repas complet. Mais avec la DME, on complète l’alimentation à base de lait, on ne remplace pas. On rajoute ! Au début, ça va être de la découverte. Tout est nouveau. Et au fur et à mesure, on se dirige vers quelque chose de nutritif. D’où l’importance de maintenir le lait. » « Il n’y a aucune contre-indication pour les mamans qui donnent du lait artificiel, ajoute Émilie Pinard. Ça vient sûrement plus facilement aux mamans allaitantes parce qu’elles sont dans la continuité de laisser le bébé choisir la quantité de nourriture. Au fur et à mesure qu’il mange davantage, il tête moins. »

Maya, 31 ans, a donné naissance à son premier enfant il y a 7 mois. Elle vit à Cahors avec son mari Nicolas et débute la DME. « On a la chance d’avoir une association avec une consultante en lactation, un atelier de portage, de motricité libre et de DME. Je fais aussi partie d’un groupe de mamans sur WhatsApp. C’est vrai qu’en ce moment, beaucoup des aliments proposés finissent par terre ou écrasés sur la table. C’est le lait qui nourrit mon bébé et pas forcément la courgette. »

Frilosité des médecins, adaptation en crèche

Tous les parents interrogés rapportent la même expérience lorsqu’il s’agit de confronter leur choix de diversification au monde médical : se taire pour éviter toute critique. « Je ne suis pas rentrée dans les détails au début avec les médecins, raconte Aliénor. En même temps je n’ai pas l’impression qu’on m’ait beaucoup posé de questions. Les enfants allaient bien. Pour certains médecins que je ne sens pas très pro-allaitement, par exemple, j'en parle occasionnellement mais je ne rentre pas dans les détails. » Même expé­rience pour Maya : « J’ai fait comme la plupart des parents : je ne l’ai pas dit pour éviter d’avoir une leçon. Alors que je me suis bien renseignée. Je sais ce que j’ai envie de faire et je n’avais pas envie de prendre un sermon. Ma pédiatre m’a conseillé la diversification à 4 mois. Ce que je n’ai pas fait. J’ai tout de même suivi les recommandations de l’OMS. »

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Si, face aux pédiatres, il semble encore répandu de ne pas insister, certaines structures d’accueil commencent à intégrer cette option. « Mon enfant est en maison d’assistance maternelle. Pour le moment, à midi il boit du lait et on fait la DME le soir. On s’adapte. Vers 9 mois, si tout se passe bien, on le fera aussi le midi. Les personnes qui encadrent sont plutôt géniales », explique Maya.

Pour Manon, tout juste diplômée en tant qu’éducatrice de jeunes enfants, la DME ne pose pas de problème particulier. Lors de sa formation, elle a appris ce que c’était et elle a pu la mettre en application lors de son stage dans une crèche publique des Alpes-Maritimes l’année dernière. « Nous avions deux bébés de 8 mois qui faisaient la DME. Les parents avaient prévenu qu’ils avaient commencé les morceaux lors de l’entretien d’adaptation. Nous recevions la nourriture de la cantine centrale pour tous les bébés. Pour ceux qui faisaient la DME, nous avions prévenu en cuisine de ne pas les mixer. Pareil pour les fruits, on faisait attention à les couper suffisamment gros. » Cependant, une crainte revient souvent chez les professionnel.les de la petite enfance, comme chez les pédiatres : « Est-ce que bébé a suffisamment mangé ? »

Bébé va bien

La DME n’est pas mieux ou moins bien qu’une diversification classique à base de purée. C’est bien une question de choix de la part de la famille et des possibilités d’organisation, tant que l’enfant est nourri en fonction de ses besoins. « Au niveau de la santé, tout est bon », confirme la nutritionniste Sabrina Lerch. Il existe cependant des contre-indications à la DME, comme le signale le livre Petites mains, grande assiette : le frein lingual court, la malformation buccale, la fente labiale, les retards ou troubles du développement, les problèmes de coordination main-œil ou les bébés prématurés.

Aucune étude d’ampleur ne permet pour le moment d’affirmer son impact sur la prévention de l’obésité infantile. « Néanmoins, l’enfant apprend à respecter sa satiété, affirme Émilie Pinard. Si on offre des aliments de qualité à son bébé, il va s'habituer à manger de bonnes choses. Si on donne l’occasion à l’enfant de réguler son appétit, il apprend à s’alimenter. »

Quant à l’éveil des goûts plus diversifiés avec la DME, impossible non plus de le vérifier. Pour Aliénor, alors que son dernier est « très aventureux et adore le caviar d’aubergine », ses autres enfants « tueraient père et mère pour un paquet de Napolitain ». Ce qu’il faut surtout retenir, conclut Émilie Pinard, c’est qu’au cœur de la philosophie de la DME, « le pa­rent offre la qualité et l’enfant gère la quantité ».

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