Village magazine

Un trimestriel pour parler des campagnes autrement
Rubrique

C’est le printemps et le magazine Village s’offre un petit relooking avec une nouvelle maquette et un plus beau papier. Depuis 27 ans, ce trimestriel sillonne la France pour faire découvrir toutes les initiatives innovantes et durables qui émergent dans les campagnes. Une mine d’espoir et d’idées pour changer le regard sur la ruralité et faire le plein d’énergies positives.

Sylvie Le Calvez a fondé avec une amie le magazine Village en 1993. Aujourd’hui, en plus du magazine, elle donne aussi des cours à l’Université de Caen et anime toutes sortes de conférences. Cette fille de paysans normands s’est engagée très tôt pour le développement durable et n’a de cesse, depuis, de porter un autre regard sur l’avenir du monde rural. Depuis un petit village de 250 habitants, Saint-Paul dans l’Orne, le trimestriel Village résiste au pessimisme ambiant et célèbre le dynamisme des campagnes.

Rebelle-Santé : Comment le magazine Village est-il né ?

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Sylvie Le Calvez : Mes parents avaient une petite ferme traditionnelle en polyculture-élevage dans l’Orne et j’ai d’abord suivi des études agricoles. Je voulais travailler dans la transformation et la vente directe de produits agricoles mais, à cette époque, les problématiques de relocalisation de l’alimentation et des circuits courts n’avaient pas encore imprégné les mentalités. C’étaient les années 1980, et je remarquais déjà combien le monde agricole était de plus en plus coupé du reste de la société. J’ai donc bifurqué et repris des études de lettres puis de communication. J’ai travaillé ensuite pour le journal Ouest-France, puis pour une agence de conseil et communication à la Rochelle où je m’occupais de thématiques autour de sujets agricoles et environnementaux auprès des collectivités territoriales. 

C’est dans ce contexte qu’a germé en moi l’idée de faire un magazine. En effet, rien n’existait alors en kiosque sur le monde rural et il fallait aller chercher les informations auprès des bulletins publiés par les associations ou les fédérations militantes. Je rêvais à mon tour de monter mon magazine indépendant et d’offrir un autre regard sur la ruralité. D’anciens collègues de Ouest-France m’ont aidée à faire une première maquette, mais je ne me sentais pas de me lancer dans un projet de cette ampleur toute seule. 

Quand Claire Lelièvre, une autre collègue de travail, m’a dit qu’elle était prête à s’associer avec moi, à deux, nous nous sommes senties plus fortes et nous avons démarré les premiers numéros de ce qui s’appelait alors L’Acteur rural.

Quelle était l’ambition de L’Acteur rural au départ ?

Nous voulions faire un magazine sur le thème de la ruralité, mais dans des perspectives positives et ouvertes, en dehors de l’antagonisme stérile qui oppose la ruralité et l’urbanité, en montrant au contraire la complémentarité entre les villes et les campagnes. 

En 1993, quand nous nous sommes lancées, Claire avait 26 ans et moi 29, on voulait aussi montrer qu’il était possible de créer un magazine de qualité depuis la campagne, en nous installant dans un bâtiment au fin fond d’un champ. Il n’y avait pas de chemin d’accès et chaque matin, on s’y rendait en bottes en rapportant du bois pour alimenter le poêle durant la journée.  Nous travaillions alors sur disquettes et diapositives qu’il fallait déposer chez le maquettiste à Caen puis chez le photograveur à Rennes. Le magazine se vendait alors uniquement sur abonnement. Les débuts étaient encourageants, mais ce n’était pas suffisant pour parvenir à l’équilibre financier. 

La rencontre avec Michel Hommell deux ans plus tard a été décisive. Il avait édité un titre qui s’appelait
Village magazine mais qui ne traitait pas du tout du développement local ou de la vie des territoires. C’était un magazine axé sur le tourisme dans les villages et fait depuis Paris. Il nous a cédé le titre pour un euro symbolique, ce qui nous a permis de poursuivre notre aventure grâce à la diffusion en kiosque. Un vrai coup de pouce car il nous a laissées totalement libres de nos choix éditoriaux. Quand il est parti à la retraite, j’ai racheté ses parts. 

Quelles évolutions du monde rural avez-vous perçues depuis les 27 ans d’existence de votre magazine ?

Au début des années 1990, le discours était dominé par le refrain sur la désertification rurale et les lamentations autour de la diagonale du vide. Même s’il correspondait à une réalité, contre le défaitisme
ambiant, avec notre magazine, nous voulions montrer que malgré tout, il y avait aussi des initiatives intéressantes dont on ne parlait pas et qu’il fallait arrêter de se morfondre pour reprendre en main sa communauté de destin. 

Village magazine n’est-il pas devenu en quelque sorte un observatoire des campagnes ?

Nous sommes surtout un outil pour créer du lien, soutenir les envies et donner du courage à tous ceux qui voudraient franchir le pas pour agir différemment.

Quel est le sens de votre slogan : « Le plein d’énergies positives » ?

À travers des enquêtes, quand nous cherchons à savoir pourquoi les lecteurs nous lisent, ils nous répondent que Village est pour eux une bouffée d’air frais sur les horizons du possible. Pour nous, c’est aussi un moyen d’échapper aux perspectives anxiogènes car le catastrophisme paralyse. Nous ne disons pas non plus que c’est facile. Le but n’est pas de montrer une vision idyllique du monde rural. Il ne suffit pas d’avoir une bonne idée et trois tuyaux pour s’installer. Au contraire, en ouvrant les champs du possible, au niveau local, nous témoignons des contraintes budgétaires, des difficultés rencontrées par les uns et les autres, pour que ceux qui voudraient franchir le pas puissent le faire en toute conscience.

En revanche, nous ne parlerons pas d’une usine polluante qui s’installerait dans une région rurale, car si on en parlait, ce serait pour en montrer l’impact négatif, or le but de notre magazine consiste à donner des pistes différentes de développement, respectueuses des Hommes, du patrimoine et des paysages. Nous ne sommes pas un magazine de dénonciation mais de témoignage d’actions. Nous parlons depuis le milieu rural, les deux pieds sur le terrain. Dans le numéro en kiosque en ce moment, nous évoquons la création de la filière « quinoa » qui s’est montée en Anjou. L’impulsion à l’origine revient à une seule personne. Pour les lecteurs, ces exemples ouvrent des perspectives formidables. En voyant d’autres personnes qui ont réussi, ils peuvent mieux anticiper les erreurs qu’ils pourraient commettre, et entrer en contact les uns avec les autres. À la fin de chaque article, nous relayons ainsi les besoins de chacun. 

Le magazine est un vrai vecteur de liens et nos pages consacrées aux petites annonces jouent ce rôle.

Quelle est la nature de votre engagement au niveau local ?

Tout est à retricoter localement. Nous prônons les stratégies ouvertes de développement local qui prennent en compte le contexte global du réchauffement climatique et les enjeux économiques de la mondialisation. Du local qui inclut toute la population, y compris les milieux sociaux les plus défavorisés. Du local en lien aussi avec les villes environnantes. 

Le but n’est pas de créer des îlots autour de positions réactionnaires qu’on voit émerger, y compris dans la philosophie des circuits courts. Nous sommes engagés pour des campagnes différenciées, reliées et ouvertes sur les villes et le monde, qui savent valoriser leurs ressources à la fois locales et humaines, sans pour autant encourager le pillage des ressources naturelles. 

Quels sont les types d’initiatives que vous mettez en avant dans Village ?

Nous travaillons sur tous les fronts pour mettre en avant aussi bien les initiatives collectives qu’individuelles, en abordant tous les enjeux, qu’ils soient alimentaires, agricoles, environnementaux, énergétiques, sociaux, patrimoniaux ou culturels. Même si nous sommes une petite équipe, nous avons aussi un journaliste-pigiste par région pour couvrir tous les territoires et surtout faire du reportage, aller sur le terrain. Cette vision à l’échelle nationale permet de diffuser des pratiques. 

Vous proposez également des hors-séries, en quoi sont-ils différents du magazine ?

Dans les hors-séries, il ne s’agit pas de reprendre des articles du magazine mais de proposer un outil de référence sur un sujet d’actualité. Ainsi, nous travaillons toujours avec un partenaire qui nous assure une partie de la diffusion. Pour le dernier numéro sur l’alimentation de proximité, nous avons ainsi travaillé avec l’INRA et dix chercheurs ont participé à la rédaction. Le hors-série associe toujours expériences de terrain et analyses d’experts.

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Renseignements : https://www.villagemagazine.fr/
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