Vaccination contre la grippe : des chiffres...

... et des faits
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D’après l’OMS, le vaccin anti-grippe « prévient environ 60 % des infections chez les adultes en bonne santé âgés de 18 à 64 ans. » Chaque année, 6 mois avant l’apparition de l’épidémie, les fabricants font le pari des souches virales supposées déclencher la prochaine grippe. Le résultat est donc assez aléatoire. L’an passé, par exemple, 55 % des grippes étaient attribués au virus H3N2 et la protection du vaccin contre ce virus était en moyenne de 19 % (d’après les chiffres officiels). 38 % des grippes étaient dus au virus H1N1 et le vaccin efficace à 59 % dans ce cas. Ce sont des moyennes. 

90 % des décès dus à la grippe sont des personnes âgées de plus de 65 ans. Et plus on est âgé, moins le vaccin est efficace (comme les autres vaccins, d’ailleurs, car le système immunitaire ne parvient plus à fabriquer les anticorps nécessaires). Or, comme les personnes âgées sont aussi les plus fragiles, ce sont elles que l’on encourage vivement à se faire vacciner. D’ailleurs, la vaccination contre la grippe est gratuite pour les plus de 65 ans… Il est bien difficile de se faire une idée du rapport bénéfices/risques dans ce cas. Car le vaccin protège rarement à ces âges, mais a quand même des effets secondaires ennuyeux chez des personnes fragiles dans 5 à 10 % des cas (douleurs, malaises, fièvre, maux de tête). Une fièvre quand on est en bonne santé, ce n’est pas bien grave, mais quand on est très vieux… Et pour un vaccin qui a très peu de chances d’être efficace…

Tout cela explique qu’il n’y a pas besoin d’être « complotiste » pour manifester des réticences à se faire vacciner. 

Quand, à l'automne dernier, les médias ont parlé de ruée sur les vaccins anti-grippe dont les stocks étaient limités, j’ai pensé à ce cher Monsieur Parmentier qui, fin XVIIIe, après avoir fait des pieds et des mains pour faire accepter la pomme de terre, a fini par mettre le champ de culture sous bonne garde, sollicitant ainsi les envies et les vols et démocratisant de fait l’usage de ce tubercule jusqu’ici considéré comme dangereux. La pomme de terre, elle, était inoffensive et a pu limiter la disette ; le vaccin anti-grippe, quant à lui, me semble, au vu des chiffres, plus précieux pour les labos que pour la population, surtout chez les personnes âgées.

Dans la Revue médicale suisse, en janvier 2017, le journaliste français Jean-Yves Nau, récemment disparu, faisait un état des lieux de la vaccination contre la grippe des médecins français : « En France, moins d’un tiers des soignants* (médecins, infirmières, aides-soignantes) se font, chaque année, vacciner contre la grippe... » La vaccination des médecins avait été rendue obligatoire en 2006 par un article de loi puis aussitôt « annulée » par un décret, au prétexte que ce n’était pas indispensable hors temps de pandémie et parce que, d’après la loi, les obligations vaccinales « visent exclusivement à protéger les professionnels du risque d’être eux-mêmes contaminés ». Or, on aurait pu croire qu’il s’agissait surtout de protéger leurs patients car si les médecins sont eux-mêmes contaminés, ils sont sans doute un maillon essentiel de la chaîne de contamination… Ce refus de se faire vacciner, par des personnes tout à fait à même de juger, a priori, du rapport bénéfices/risques, ça fait réfléchir, évidemment.

*Le groupe de travail Ginger a mené en collaboration avec la Société Française de Gériatrie et Gérontologie une grande enquête nationale, le PUGG 2017, sur la grippe et l’épidémie 2016-2017 : dans les Ehpad, seuls 26,5 % des professionnels de santé étaient vaccinés contre la grippe.

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