Une mode écoresponsable, la tendance pour l’avenir

Connaître la mode, pour mieux s’habiller
Rubrique

Qui ne s’est jamais laissé séduire par une petite robe d’été à 20 euros ? N’avons-nous pas assimilé qu’une paire de baskets ne durerait qu’une seule saison ? Symbole de l’ultra-consommation, la mode pèse aujourd’hui plus de 1500 milliards d’euros dans l’économie mondiale, une industrie créative qui est aussi une des plus polluantes du monde, la deuxième derrière l’industrie pétrolière, aux impacts sociaux et environnementaux alarmants. Une prise de conscience est nécessaire pour défendre une mode plus éthique.

 Magali Moulinet-Govoroff est journaliste à la rubrique tendance du Nouvel Obs. Dans son livre Mode Manifeste, s’habiller autrement paru aux Éditions de la Martinière, elle nous invite à mieux comprendre le fonctionnement de cette industrie et les enjeux d’une mode écoresponsable.

Rebelle-Santé : D’où vient cet intérêt pour la mode et l’écologie ?

*Magali Moulinet-Govoroff  : J’ai toujours été passionnée par la mode. J’en ai fait mes études avant de me diriger vers le journalisme. Quand j’ai commencé à écrire en 2012 pour la presse, la mode écoresponsable était un domaine très confidentiel, la mode restait très focalisée sur la fast fashion [mode "rapide", avec un renouvellement fréquent des collections, NDLR]. Les choses se sont peu à peu accélérées avec la médiatisation autour des sujets liés à l’écologie alors que dans la mode, de nouvelles figures ont émergé. D’un autre côté, les consommateurs ont compris qu’ils pouvaient changer leurs habitudes au quotidien, mieux se nourrir en achetant bio, moins polluer en triant leurs déchets, en faisant du compost. Il y a eu l’avènement d’Aroma-Zone, on a commencé à se concocter des cosmétiques maison et bio… Petit à petit, la mode est devenue un nouveau défi écoresponsable, la demande des consommateurs a explosé. Si, au départ, je m’y connaissais très peu en mode écologique, je me suis laissée prendre au jeu, je me suis informée, j’ai fait des recherches au point de me spécialiser.

« Mieux consommer la mode, c’est avant tout la connaître », votre livre est un « Manifeste », quelle est votre ambition ?

Je travaille dans la mode, mais j’ai bien conscience que tout le monde ne s’y intéresse pas autant. En revanche, tout le monde s’habille et, pour moi, bien connaître la mode est aussi essentiel que bien se nourrir. Si on ne connaît pas les légumes qu’on met dans son assiette, comment savoir ceux qui seront bons pour la santé, les bonnes recettes. De même pour la mode, il est nécessaire de s’informer sur les matières, les marques, toutes les étapes de fabrication d’un vêtement, et de savoir comment fonctionne de manière globale l’industrie. Avec quelques connaissances, on peut mieux comprendre le système et mieux acheter en magasin. J’ai conçu ce livre comme une photographie, un état des lieux, j’y expose ce qu’est la mode écoresponsable aujourd’hui et la mode dans sa globalité. Je voulais aussi dépasser les généralités, pour donner des clés et des solutions concrètes. Surtout, mon objectif est de m’adresser au plus grand nombre, femme ou homme, à la ville ou à la campagne. 

La mode est devenue la deuxième industrie la plus polluante du monde, quel rôle a joué la fast fashion dans ce phénomène ? 

Cette surproduction a des conséquences sur toute la chaîne : de la production de la matière première au devenir des vêtements en fin de vie. L’industrie de la mode est plus polluante que le transport aérien par exemple ! 10 000 litres d’eau sont nécessaires pour produire un jean, plus de 5000 litres pour un pull, plus de 2500 litres pour un T-shirt. De plus, même si on sait qu’avec la délocalisation la plupart des vêtements sont produits en Asie, on ignore souvent qu’un vêtement peut parcourir plusieurs fois le tour de la planète avant d’arriver en magasin. 65 000 km parcourus pour un jean, c’est démentiel ! Sans parler du gâchis, peut-on imaginer les 4 millions de tonnes de vêtements qui sont détruits chaque année en Europe. C’est un problème dont l’industrie a aussi conscience. En 2022, une loi devrait ainsi interdire aux marques d’incinérer ou de détruire les invendus, elles devront donc trouver des solutions pour gérer ces stocks en s’appuyant notamment sur le recyclage ou le surcyclage. 

Quelles sont les perspectives offertes par le recyclage et le surcyclage ?

Elles sont nombreuses à l’échelle individuelle ou industrielle. Le recyclage consiste à valoriser les déchets. Un vieux T-shirt peut servir à rembourrer un coussin ou être retransformé en matière première. Le surcyclage propose de travailler les tissus qui restent non utilisés dans les stocks des marques ou encore un vêtement déjà existant pour créer de nouveaux vêtements. De plus en plus de marques s’engagent dans cette démarche. C’est un phénomène récent qui prend de l’ampleur et qui plaît beaucoup. Certaines marques ont été créées sur ce principe, on le voit même intégrer les collections.

Quand l’impact de matières supposées naturelles comme le coton ou la laine se révèle également dramatique pour l’environnement : c’est difficile de s’y retrouver…

La pollution intervient à tous les niveaux. Avons-nous ainsi conscience qu’en mettant une matière synthétique dans nos machines, nous déversons des tonnes de microplastiques dans les eaux usées ? Une loi est passée, et en 2025 toutes les machines à laver devront être équipées de filtres spéciaux pour pallier cette problématique. Toutefois, la pétrochimie, même si elle est encore très présente dans les marques de fast fashion, a tendance à sortir de nos systèmes de consommation. Pour autant, en surproduisant du coton et en utilisant des quantités débridées de pesticides pour les cultures, on détruit aussi l’environnement. De même, l’élevage intensif nuit à la planète, sans oublier les controverses sur le bien-être animal. Le plus vicieux, ce sont ces clichés culturels véhiculés dans les médias ou la publicité qui consistent à dire que telle chose est douce parce qu’elle est enrichie d’une touffe de coton, saine parce que naturelle, confortable parce qu’il y a de la laine... 

Comment distinguer une démarche éthique d’une opération de communication, de greenwashing ?

Le greenwashing, c’est quand, par exemple, une marque de fast fashion propose 30 articles de sa
collection en coton biologique ou sous un label écoresponsable alors que la collection comporte des dizaines de milliers de références. Une démarche éthique à l’inverse se traduit sur l’ensemble d’une collection et de la chaîne de production, depuis le choix de la matière première, la confection jusqu’au devenir du vêtement en fin de vie, en passant par les conditions de travail des ouvriers, qu’ils soient en France ou en Asie.

*

Consommer écoresponsable coûte cher : comment responsabiliser le consommateur ?

Consommer écoresponsable a un coût. Pour autant, il ne faut pas non plus culpabiliser le consommateur en diabolisant la consommation de mode. Ce serait utopique d’imaginer tout le monde arrêtant d’acheter du neuf ou consommant uniquement des vêtements écoresponsables ou de seconde main. Néanmoins, on peut commencer par investir pour les pièces les plus basiques de son vestiaire dans des vêtements écoresponsables et de meilleure qualité qui dureront plus longtemps. Mon but n’est pas de décourager les gens, mais au contraire d’ouvrir des perspectives. Au niveau individuel, chaque geste compte. Quand on donne, qu’on loue ou qu’on revend un vêtement, c’est un comportement écoresponsable. Quand on se renseigne sur la composition ou la fabrication aussi. On peut commencer par s’interdire les matières issues de la pétrochimie, faire tourner une machine à 30° plutôt qu’à 40°, étendre le linge sans sécheuse, apprendre à coudre pour faire soi-même de petites réparations : toutes ces petites actions au quotidien participent de la consommation globale. Si j’ai un conseil à donner, surtout, c’est de ne pas laisser les vêtements dormir dans les armoires. Au bout d’un an, si un vêtement n’est pas porté, il faut en faire quelque chose !

La crise a-t-elle sonné le glas de la fast fashion ?

Difficile à dire, car même s’il y a une prise de conscience, que les industriels ont envie d’évoluer, que les consommateurs sont prêts à accueillir une mode plus écoresponsable, on reste dans une dualité. Si certains ont profité du confinement pour ranger leur placard et se mettre à la couture, on a aussi observé une ruée à la réouverture des magasins. Dans ce contexte économique difficile, légiférer n’est pas non plus la priorité du gouvernement. Reste qu’à côté de la crise sanitaire, il y a une crise climatique majeure à laquelle il faut faire face. La note positive, c’est que la plupart des nouvelles marques qui se lancent aujourd’hui intègrent dans leur schéma cette notion d’écoresponsabilité. Une mode plus éthique, c’est la tendance de l’avenir !

* Mode Manifeste, s’habiller autrement
Magali Moulinet-Govoroff
 illustration Alice Meteigner. 
Éd. de La Martinière 192 pages 
14 x 22,5 cm
25 €.

Une sociologie de la mode en BD

Qu’est-ce que la mode ? D’où vient-elle ? Comment fonctionne cette industrie créative ? Que dit-elle de nous-même et de notre société ? C’est tout l’objet de cette enquête foisonnante en bande dessinée menée tambour battant par la dessinatrice Zoé Thouron et le sociologue Frédéric Godart, docteur de l’Université Columbia et enseignant à l’INSEAD. Car si la mode est le symbole du luxe et du glamour, un miroir futile de l’ultraconsommation, elle est aussi un espace de tous les paradoxes qui ne se limite pas aux paillettes des défilés et au papier glacé des magazines. Au contraire, ces planches à l’humour jubilatoire nous donnent à comprendre combien la mode est un sujet sérieux qui concentre les principaux défis éthiques actuels, qu’ils soient sociaux ou environnementaux.

* La Mode déshabillée
Zoé Thouron et Frédéric Godart. 
Éd. Casterman
160 pages
19 x 26,8 cm
22 €.

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