Japonismes

Mystère et fascination de la culture nippone
Rubrique

La culture, c’est toujours faire l’expérience de l’autre. Au-delà de l’aspect institutionnel et des célébrations diplomatiques, la saison culturelle « Japonisme 2018 - Les âmes en résonance » propose toute une série d’évènements, d’expositions et de manifestations, jusqu’en février 2019, qui témoignent de l’engouement du public et de la fascination qu’exerce aujourd’hui la culture nippone dans tout l’Hexagone.

Avec la saison « Japonismes 2018 – Les âmes en résonance », la France célèbre 160 ans de relations diplomatiques et commémore un des cinq traités dits « Ansei » signés en 1858 entre le Japon d’une part et les États-Unis, les Pays-Bas, la Russie, le Royaume-Uni et la France d’autre part, qui ouvrent le commerce de l’archipel à l’Occident. Une ouverture encore renforcée par l’avènement de l’ère Meiji (1868-1912), caractérisée par la fin de la politique d'isolement volontaire et le début de l’industrialisation et de la modernisation de l’archipel.

Objets d’art, soies, porcelaines, laques affluent en Europe dans le dernier quart du XIXe siècle avec surtout les « ukiyo-e », les « images du monde flottant », les célèbres estampes dessinées par Hokusai, Hiroshige et de nombreux autres artistes. Les expositions universelles comme celle de 1867 à Paris lancent la mode. Le terme « japonisme » est né de la plume du collectionneur Philippe Burty qui l’emploie dans une série d’articles de 1870 à 1872. Après les « chinoiseries » au XVIIIe siècle et la vague orientaliste, l’engouement pour le Japon, un nouvel exotisme, donne naissance à un courant esthétique influençant de nombreux peintres et dessinateurs avant-gardistes, de l’impressionnisme à l’art nouveau jusqu’à l’art abstrait. Monet, Van Gogh, Les Nabis, tous s’inspiraient des estampes nippones, en reprenant motifs et mise en page, esthétisme du trait.

Mais « le Japon inventa aussi son japonisme », en adaptant sa production artistique à la demande occidentale. C’est tout le propos de l’exposition « Meiji, Splendeurs du Japon impérial (1868-1912) », à voir au Musée Guimet à Paris, jusqu’au 14 janvier 2019, qui rend compte des bouleversements survenus au Japon et dans le monde pendant cette période.

Trésors du Japon

La saison « Japonismes » n’a pas vocation à renouer avec la tradition des Expositions universelles, mais plutôt de célébrer la diversité de la culture japonaise à travers des expositions, des spectacles, des concerts, des ateliers et des manifestations de toutes sortes, en invitant de nombreux artistes et en faisant venir des trésors inédits du Japon à Paris.
Une occasion unique pour admirer les trente rouleaux des « Images du royaume coloré des êtres vivants » peints par Ito Jakuchu (1716-1800) sur toute une décennie. L’ensemble est mis en scène tel que le peintre l’avait imaginé pour un temple de Kyoto. La finesse du pinceau chante avec subtilité un époustouflant hymne à la nature. En raison de la fragilité des œuvres, l’exposition ne dure que jusqu’au 14 octobre au Petit Palais.

Il reste davantage de temps pour profiter des « Trésors de Kyoto : trois siècles de création Rinpa », au Musée Cernuschi. Des merveilles à découvrir jusqu’au 27 janvier 2019. Créée au début du XVIIe siècle, l’école Rinpa avait pour vocation, jusqu’au XXe siècle, de « faire entrer la beauté dans la vie de tous les jours ».
Livres illustrés, peintures, céramiques, laques, révèlent les savoir-faire d’une des plus grandes écoles historiques pour la peinture et les arts décoratifs japonais sans oublier le paravent du Dieu du Vent et du Tonnerre, désigné « Trésor national » au Japon, exposé en Europe pour la première fois.

L’Engouement zen

Peut-on parler de néo-japonisme ? Diffuse, l’influence de la culture japonaise est plurielle et s’exprime à travers la gastronomie, le cinéma, les jeux vidéos, les dessins animés, la littérature, les mangas… Elle traduit la continuité et l’intensification des échanges, mais aussi l’éclatement et le foisonnement des esthétiques nées de l'interpénétration culturelle. Aujourd’hui, le zen se décline dans tous les arts de vivre inspirant décors et design, pratique de méditation et développement personnel, jusqu’à la caricature et l’argument marketing.

Une semaine du zen organisée au Théâtre de la ville à Paris du 2 au 6 octobre 2018 propose d’approfondir ses connaissances autour de cette philosophie pratique qui préside à la cérémonie du thé et à la calligraphie, inspire les haïkus, s’incarne dans l’ikebana, l’art floral ou le théâtre nô, décide de l’architecture et des jardins.
De quoi donner l’idée de visiter le parc oriental de Maulévrier, un jardin japonais installé dans le Maine-et-Loire qui consacre une exposition de photographies et des activités en lien avec la saison « japonismes ».


Itō Jakuchū
Canards mandarins dans la neige
Un des trente rouleaux des Images du royaume coloré des êtres vivants
Musée des collections impériales (Sannomaru Shōzōkan), Tōkyō. 1759

Itō Jakuchū
Coquilles
Un des trente rouleaux des Images du royaume coloré des êtres vivants
Musée des collections impériales (Sannomaru Shōzōkan), Tōkyō. Avant 1765

D’autres conférences portent sur des sujets très divers comme le programme de recyclage méconnu et parmi des plus rigoureux au monde, mis en place dans la ville de Kamikatsu en 2003. L'instauration d’un tri drastique catégorisant jusqu’à 34 types de déchets a réduit ceux-ci et fait économiser des frais à la ville, tout en favorisant la biodiversité.

De L’Empire des signes de Roland Barthes à l’art brut japonais

Considéré comme un classique, publié en 1970 à l’occasion d’un voyage au Japon, L’Empire des signes de Roland Barthes est un petit essai, présenté sous la forme d’un recueil de considérations, d'une collection d’impressions, ponctué de quelques images, dans lequel, à partir du langage, le sémiologue entend rassembler un faisceau de traits caractérisant la société japonaise dans « un système symbolique inouï entièrement dépris du nôtre ».
Dans cet Empire du signe, chaque geste est écriture : les attitudes, l’urbanisme, le théâtre, la danse, la gastronomie... Personne ne peut résister à la proposition de l’écrivain de « descendre dans l’intraduisible », de percer le mystère des haïkus et du satori. Mais L’Empire des signes est aussi le produit d’une époque dont la vision globale se heurte à un Japon en mouvement, un monde flottant inscrit dans une économie mondialisée, menacé par les catastrophes comme celle de Fukushima en 2011 et les crises. Depuis les années 1970, le pays a profondément évolué. Le livre de Roland Barthes reste néanmoins fondateur pour qui veut « porter le soupçon sur l’idéologie de notre parole ». Mais bien malin celui qui voudrait décrire l’âme japonaise dans ce pays archipel aux multiples facettes.

L’extraordinaire exposition sur l’Art Brut japonais, présentée à la Halle Saint Pierre à Paris jusqu’au 10 mars 2019, réunit ainsi plus d’une cinquantaine d’artistes qui font entendre avec force leurs singularités individuelles. Un écho de toutes ces âmes en résonance qui nous éclairent d’abord sur nous-mêmes.

Programme complet sur japonismes.org

Des coopératives de santé, pour prendre soin de soi et des autres

Mieux vaut prévenir que guérir !

Au Japon, 117 coopératives de santé regroupent déjà 2,7 millions de membres et administrent un réseau d’environ 1700 établissements : hôpitaux, cliniques, services de soins à domicile, centres pour personnes âgées…

Concrètement, les membres se réunissent en petits groupes nommés « han » pour réaliser leurs propres examens et contrôler eux-mêmes leur tension, leur glycémie ou encore les risques d’un cancer du sein, mais aussi s’informer et réfléchir aux problématiques de leur territoire. Lorsqu’un problème est diagnostiqué, les patients concernés se dirigent vers des établissements adaptés.

Mises en place dans leur forme actuelle en 1957, ces coopératives emploient 20 000 personnes, dont 1800 médecins et plus de 10 000 infirmières. En parallèle du système de santé, elles sont d’abord un moyen de reconnecter chacun avec un suivi régulier de sa santé et de créer un système social solidaire et responsable.

Avec cette approche active et participative de la prise en charge de tous les individus en bonne santé, ces coopératives assurent la prévention et proposent une alternative humaine et efficace d’accompagnement, notamment pour les soins aux personnes âgées dans un pays confronté au vieillissement de sa population comme le Japon.
Un modèle à suivre.

Visite du monde flottant

Pour qui voudrait s’offrir un voyage au Japon en s’installant confortablement dans un fauteuil, les deux tomes des Cahiers japonais, du dessinateur italien Igort, proposent plus qu’un merveilleux dépaysement, comme une initiation artistique et intime.

Récit à rebours, « machine à remonter le temps » : le premier tome de ces Cahiers japonais sous-titré Un voyage dans l’empire des signes, en hommage au livre de Roland Barthes, compile en bouquet les souvenirs et les impressions d’un dessinateur épris de culture japonaise, confronté à la réalité des conditions de travail au Japon.

Le deuxième tome, Le vagabond du manga, poursuit cette quête et rend compte du dernier voyage qu’a fait l’auteur en novembre 2017. Guidé par le poète zen Basho, l’inventeur du haïku, et par la voie du guerrier qu'il découvre dans Le Livre des Cinq anneaux de Musashi, Igort s'engage cette fois dans un « voyage sans but », une errance pour se perdre et mieux se retrouver.

Les Cahiers japonais.
Igort.
Éditions Futuropolis.
184 pages.
24 € chaque.

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