Neuf raisons de réhabiliter nos grands-parents

Autrefois, traditionnellement, trois générations vivaient sous le même toit : la génération active, la génération qui ne l’était plus, et la génération qui ne l’était pas encore. Avec l’atomisation progressive de la famille au XXe siècle, un isolement de plus en plus prononcé s’est installé, isolement menant vers une frustration latente et permanente, compensée par une consommation de plus en plus frénétique. L’individualisation a apporté quelques libertés individuelles, mais on en a payé le prix : la rupture avec les traditions, justifiée par une dénigration globale du passé ; les anciens étaient des imbéciles, le progrès et l’avenir sont à nous. C’est ainsi que s’exprime une forme de racisme envers nos propres ancêtres.

VOICI NEUF RAISONS DE LES RÉHABILITER

  1. « Find yourself a grandmother » fut le conseil d’un voyageur amérindien à une communauté soixante-huitarde, communauté composée de jeunes gens souvent accompagnés d’enfants : « Il vous manque une grand-mère. » Dans les tribus traditionnelles, les grands-parents représentaient une autorité – qu’ils n’exerçaient pas. Mais ils étaient là quand on leur demandait conseil. « J’honore ma mère » nous disait Malek, notre guide bédouin du Désert Tunisien. « Et la grand-mère encore plus, parce que ma mère l’honore. » Vandana Shiva, dans l’excellent documentaire de Coline Serreau Solutions locales pour un désordre global, nous présente son « Université des Grands-Mères », destinée à transmettre les traditions ancestrales aux générations futures.
    Où en sommes-nous à cet égard ?
  2. Les contes d’Andersen ou de Grimm, réunis au XIXe siècle par un travail de recherche fastidieux, sont les résidus de notre tradition orale. Et qui ne connaît pas quelques recettes de grand-mère comme, par exemple : « Si vous avez de la fièvre – à la diète ! ».
    C’est à peu près tout ce qui nous reste de notre transmission orale.
  3. Si les jeunes savaient déjà… et si les anciens pouvaient encore… Ce vieux dilemme fut traditionnellement comblé par le transfert du savoir et du savoir-faire de la troisième génération vers la première. Ainsi, les jeunes en savaient déjà pas mal quand ils grandissaient. Et, dès qu’ils pouvaient donner un coup de main à leurs parents, ils entraient progressivement dans la vie active. C’est ainsi que la société se reproduisit pratiquement à l’identique de génération en génération – SANS PROGRÈS.
  4. « Nous évitons la transmission écrite, parce qu’elle n’est pas accompagnée d’un contrôle moral » me disait cet Amérindien. L’initiation orale était interrompue si le jeune ne se montrait plus digne d’être porteur du savoir. Chez nous, ce sont le bac et les diplômes qui prennent le rôle de rites d’initiation. Le progrès ainsi visé peut mener au meilleur comme au pire… Cherchons alors les Sages qu’étaient les grands-parents. Il y en a encore, et ils sont prêts à jouer ce rôle – Stéphane Hessel et son Indignez-vous en est un exemple brillant.
  5. Si vous n’avez pas vos grands-parents à proximité, la vie vous proposera une deuxième chance : d’ici peu, vous serez grand-parent à votre tour. Saisissez cette possibilité…
    ET SACHEZ QU’IL N’Y A PAS D’ÂGE POUR ÊTRE UN BON « GRAND-PARENT » !
  6. Nos grands-mères, à une époque, nous les avons brûlées comme sorcières. Ce temps est loin d’être révolu : des institutions comme la Miviludes ont repris le flambeau, avec la bénédiction des gouvernements qui se suivent et qui se ressemblent. Cette même institution essaie en ce moment de faire disparaître une liberté de transmission directe qui existe encore en France : c’est la scolarisation à domicile, possibilité que beaucoup de familles engagées dans des modes de vie alternatifs utilisent avec bonheur. Ayant scolarisé cinq enfants à domicile (aujourd’hui majeurs et non vaccinés), je réfléchis maintenant au moyen d’en finir enfin avec la Miviludes… Mitterand l’avait promis. Mais promis seulement.
  7. L’école publique et gratuite était, certes, un progrès à son époque. Mais, à partir du moment où elle est devenue obligatoire, elle a contribué à une monopolisation du savoir et à la rupture avec les traditions. Les Amérindiens, les Aborigènes d’Australie ont reçu des coups fatals de cette institution. « Nos ancêtres les Gaulois » en Afrique, c’était la même erreur. Et pour nos enfants aussi, le cycle des générations est pratiquement rompu : après les cours, les devoirs, les activités extra-scolaires, il ne reste plus beaucoup de temps pour aller voir les grands-parents…
  8. Puisque chez nous les deux parents exercent en général une activité professionnelle, les enfants et les anciens sont casés dans des institutions distinctes. Mais il y a des municipalités qui ont relié les maisons de retraite aux crèches municipales – pour le plus grand bonheur des deux ! On peut même imaginer qu’une fillette y retrouve sa « vraie » mamie… 
  9. Pour assumer son rôle de grand-parent aujourd’hui, il faut affronter des obstacles : l’espérance de vie augmente, mais l’espérance de vie en bonne santé diminue. Ainsi, quand on part à la retraite, en général, on est malade – 18 millions de Français sont dans ce cas.
    C’est au cours du troisième âge que l’on paye les erreurs de jeunesse que l’on n’a pas su corriger à l’âge adulte. Il n’est peut-être jamais trop tard pour avoir une enfance heureuse, mais il est souvent trop tard pour pouvoir jouir d’une vieillesse en bonne santé. Occupez-vous-en à temps ! Rebelle-Santé vous y aidera.

Heureusement chaque enfant a quatre grands-parents. On peut espérer qu’il y en ait au moins UN en état de pouvoir jouer le rôle du grand-père ou de la grand-mère. Je l’encourage à le faire.

P.S. : il est peut-être amusant de vous signaler ici que mon dessinateur Yoann, élève de l’École des Beaux-Arts de Montpellier, est aussi mon petit-fils. Et, en lui demandant d’illustrer mes textes, je joue un peu mon rôle de grand-père…

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