Rebelle Azucena

Une résistante à prendre en exemple
Rubrique

Dans ma rubrique, j’aime vous présenter les expériences de vie dont nous pouvons tirer des leçons pour vivre mieux.

Aujourd’hui, je vous présente Suzanne Rubio (dite Azucena) : quand je me sens faible, je l’appelle ou je pense à elle… et hop, ça va mieux !

Elle a 84 ans, aujourd’hui. Quand je l’ai connue, il y a cinq ans, elle habitait à Carpentras où elle vivait seule, mais très entourée. On s’est rencontrées dans un autre coin de la France et tout de suite aimées. Après m’avoir écoutée et lue, elle a organisé des rencontres autour de mes livres à Carpentras et dans d’autres villes, grâce à ses multiples liens et à son affinité avec les libraires indépendants. Je l’ai revue à d’autres occasions, dans d’autres contextes... Car elle voyage, pour des causes sociales ou des raisons culturelles. Elle est toujours joyeuse et chantante… Oui elle chante ! Quand elle commence à chanter, je suis comme sur le dos d’un oiseau qui me promène dans le temps et dans l’espace. Depuis que je connais Azucena, je « vole » et je me demande comment, à cet âge, elle peut trouver une telle force. Qu’est-ce qu’elle fait pour ne pas vieillir ? Quels sont ses secrets ?

Recommencer sa vie

Si je commence à vous raconter toutes ses folies, les pages de notre journal ne suffiront pas. Mais écoutez au moins celle-ci :

L’année dernière, elle m’a informée au téléphone qu’elle allait quitter Carpentras pour aller vivre en Bretagne : « Je ne supporte pas la chaleur, le médecin me conseille de changer de climat ». Je savais que, fille unique de parents réfugiés espagnols, elle n’avait pas de famille en France, mais connaissait-elle au moins du monde en Bretagne ? « Pas beaucoup, mais ça viendra… » m’a-t-elle dit. Elle est allée à la découverte de la Bretagne et a finalement choisi Lorient, où elle ne connaissait personne. Sa décision était prise, elle n’a pas attendu et, quelques mois plus tard, le déménagement était fait. Elle m’a dit au téléphone : « Tu vas voir, je tisserai des liens et je t’inviterai à Lorient. »

Et elle a vite réussi. En avril dernier, j’étais à Lorient, pour plusieurs rencontres organisées par Azucena. Je savais que « tisser des liens » était très facile pour elle, mais je ne m’attendais pas à ce que ce soit si rapide… Elle ne connaissait personne quand elle est arrivée… Habituellement, ce n’est pas facile pour une personne âgée de recommencer sa vie, de retrouver ses repères. Maintenant, elle est active dans le groupe local d’Amnesty International, elle fait partie d’une chorale et de groupes de théâtre. Et j’ai appris par les journaux locaux qu’elle initiait une université populaire à Lorient, et qu’elle avait déjà réuni beaucoup de personnes autour de ce projet.

La vie, la mort, les pertes...

En 1942, dans le cadre du regroupement familial, ils s’installent dans le Var, ensuite à Paris. « Nous trouvions facilement du travail, à cette époque. » À partir de 14 ans, Azucena commence à militer dans des groupes libertaires. Elle est sportive et entre au club Alpin, elle fait de la randonnée à ski et de l’escalade… En une journée, elle fait le tour du lac Léman (182 km) en vélo. Très vite, elle prend son autonomie et vit dans un petit hôtel meublé et travaille en tant que secrétaire.

Comme dans de nombreuses histoires, elle tombe amoureuse et se retrouve enceinte ! Elle ne se sent pas prête pour cet enfant et, surtout, elle ne veut pas quitter son premier travail, mais, à l’époque, l’avortement est interdit ! Comme de nombreuses femmes de sa génération, elle prend une aiguille à tricoter : « J’ai évacué tout dans les toilettes, mais j’ai failli mourir ». Suite à une hémorragie terrible, elle est conduite à l’hôpital. « Je leur ai dit que j’avais fait une fausse couche, mais ils ont compris ». Et elle subit une maltraitance ouverte de la part du corps médical qui la reçoit.

Quelques années plus tard, quand elle s’y sent prête, elle met au monde un bébé. C’est une petite fille. Elle continue à travailler et à militer. Mais les problèmes de santé la poursuivent : ablation des amygdales, appendicite, ablation de la vésicule biliaire… Elle doit aussi de faire opérer d’un fibrome… et fait une très grave chute lors d’une séance d’alpinisme, une chute terrible... Les ennuis auraient pu s’arrêter là, mais non…

Les coups du cancer !

Le cancer du sein frappe à la porte d’Azucena en 2006. Elle a alors 72 ans. Elle vit seule. Chimio, rayons, hormonothérapie ne marchent pas ! Alors on recommence… Deuxième hormonothérapie. Le second traitement active les effets secondaires du premier pour lui faire un "cadeau" à vie, une paresthésie : « Je me suis réveillée avec une sensation de fourmillements dans le côté gauche, du pied jusqu’à l’épaule. Je n’ai pas pu me lever. Depuis, j’ai toujours des fourmis. Je ne peux plus conduire avec la main gauche, pas faire de vélo non plus. » La main et le pied gauches d’Azucena sont souvent bloqués. Je pourrais énumérer encore longuement ses ennuis de santé...

Plein de secrets

« Je ne sais pas. Peut-être que j’ai une semelle rebondissante ; quand il y a un problème, je remonte. » Elle réfléchit un peu, puis elle reprend :

« Je ne reste jamais dans le passé. Je vis l’instant et je me projette dans l’avenir. Tu dois garder l’expérience, mais le passé, c’est le passé. Comme dit le proverbe masaï : "Le passé est un pays où tu ne vis plus." »

« Le bonheur de partager est une vraie effervescence ! Quand on était dans les camps, mes oncles m’envoyaient de temps en temps un petit colis rempli de chocolats. J’appelais mes amis et on mangeait ensemble. Je poursuis ce sentiment de bonheur. »

« Tout le sport que j’ai fait continue à me protéger jusqu’à aujourd’hui. Malgré la situation de mon corps, je n’ai jamais arrêté le sport. Je marche beaucoup. Je marche longtemps et souvent. »

« L’éducation que j’ai reçue grâce à mes parents m’est toujours utile. J’ai appris à être sensible aux problèmes des autres et à me battre... J’ai la capacité de me battre. »

Voilà… Et elle a plein d’autres secrets. Je peux vous en donner encore un : elle a un esprit toujours ouvert et elle est curieuse. Comme une petite fille...

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