Sauvons les vieux oliviers !

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L’inquiétude se répand dans les campagnes du sud de l’Europe. Les paysages de la campagne méditerranéenne risquent-ils de disparaître ? L’économie de l’olive est-elle en péril ?

Le propos peut paraître alarmiste, mais il faut bien comprendre que tout peut aller très vite : non seulement une bactérie sème la mort dans les champs d’oliviers depuis quelques années, mais dans certaines zones, on arrache sans scrupules de vieux oliviers.

LA MENACE BACTÉRIENNE
La bactérie Xylella fastidiosa s’attaque aux oliviers plutôt âgés ainsi qu’à différentes espèces (prunus, chênes, érables, luzerne, vigne…) dont certaines présentent un intérêt économique fort (agrumes, amandiers, oliviers et vigne) pour des régions entières. Elle provoque le dépérissement massif des arbres. Pour le moment, aucune méthode de lutte directe ne peut les sauver ; seul l’arrachage permet d’éradiquer localement la maladie.
Chez un arbre infecté, on observe d’abord un jaunissement du bord des feuilles, puis un brunissement. L’évolution de la maladie conduit à un dessèchement des feuilles, des fruits et, à terme, des branches ; et l’arbre finit par mourir.

Dans les oliveraies, toutes les productions sont impactées : les olives, l’huile, mais aussi la pépinière en elle-même, puisque l’olivier se multiplie par boutures. En France, on sait que la maladie est présente en Corse… La bactérie est transmise par les insectes piqueurs-suceurs qui se nourrissent de la sève brute (eau + sels minéraux) qui circule dans les vaisseaux du xylème pour monter vers les feuilles. Lorsque la plante hôte réceptive (1) est colonisée (infestée), les bactéries s’agglutinent et sécrètent un biofilm, c’est-à-dire une sorte de gel qui forme un « bouchon », empêchant l’alimentation de l’arbre. La bactérie est aussi présente chez des végétaux hôtes sauvages ou non (graminées, carex…) qui, « porteurs sains », constituent un réservoir. Lorsqu’un insecte vient piquer une plante infestée, quelle qu’elle soit, pour se nourrir, il se « charge » de transporter la bactérie ! On connaît différentes souches de Xylella dont certaines ont des hôtes spécifiques. L’olivier n’est connu comme une plante hôte que depuis 2010.

LA MODE DES « VIEUX » OLIVIERS
Outre la bactérie, les humains sont actuellement responsables de gros dégâts dans les oliveraies. Voilà déjà une bonne quinzaine d’années, en effet, que le vieil olivier intéresse les paysagistes, les jardineries, les pépiniéristes et leurs clients. La longévité et la symbolique véhiculée par l’arbre en ont fait un incontournable du jardin « original » ou « moderne » ou « tendance » ou la pièce obligatoire de certains aménagements paysagers.
Les conditions d’arrachage (pour être transporté, l’arbre est très sévèrement rabattu, ce qui laisse de grosses coupes et des plaies de taille) et de transport ont parfois largement entamé le potentiel de reprise. L’implantation et le maintien en vie de ces arbres se fait à grand renfort de techniques qui ne sont pas neutres en termes d’écobilan.

DES CONSÉQUENCES DÉSASTREUSES
Cette mode entraîne la disparition de paysages entiers, et avec eux des écosystèmes et des économies locales. Le prélèvement des oliviers met en danger une partie de la faune et de la flore inféodée à cet arbre. Certains sols fragiles sont en danger, car depuis des centaines d’années, ce sont les oliviers qui en limitaient l’érosion, les enrichissaient en matière organique… Que dire de la culture millénaire que les hommes ont développée autour de l’olivier ?

COMMENT LIMITER L'EMPRISE DE XYLELLA FASTIDIOSA ?
Pour arrêter la dissémination de la bactérie et endiguer la catastrophe, il convient de respecter strictement les règlements sanitaires qui limitent le transport, la commercialisation dans certaines zones et imposent la désinfection. Malheureusement, l’éradication de la maladie passe surtout par l’arrachage des arbres.
L’utilisation d’antibiotiques n’est pas recommandée : ils pourraient compromettre la récolte, et surtout favoriser le développement de souches plus agressives, résistantes. Les chercheurs travaillent actuellement sur d’autres voies, en particulier les peptides antimicrobiens, qui tuent directement les bactéries et présentent peu de risques de provoquer l’apparition de souches résistantes.
Autre piste : l’utilisation de virus spécifiques pour s’attaquer à la bactérie de l’olivier, ou encore traiter avec un acide aminé non essentiel (N-actylcystéine) qui perturbe la formation du biofilm. Ces pistes ont l’avantage de ne pas perturber les équilibres écologiques, alors que la réduction des populations d’insectes vecteurs de la maladie serait plus problématique pour l’environnement.

(1) plante hôte réceptive = plante qui va développer la maladie

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