« Je marche donc je pense »

« Les Homo sapiens n’ont jamais été aussi nombreux sur terre, mais ils n’ont jamais si peu marché ».

Contrairement à ce qu’affirmait Descartes, ce n’est pas la pensée qui a fait l’Homme, mais la marche. L’un ne va pourtant pas sans l’autre, puisqu’il faut apprendre pour marcher. Lire Pascal Picq, c’est un peu comme écouter un sage, une voix qui expose, qui sait, qui questionne et qui raconte. Le plaisir qu’il a de transmettre est contagieux. On le suit facilement dans les méandres de ses démonstrations fluides sur des sujets pourtant complexes.

Paléoanthropologue au Collège de France, longtemps associé à Yves Coppens, il invite à penser l’humain à travers l’évolution de l’Homme, en retraçant la route des hominidés. On chemine dans les voies de son érudition passionnante, qui cherche avant tout à déconstruire les idées reçues qu’on porte sur la préhistoire et nos origines d’il y a 2 à 3 millions d’années. Pascal Picq ouvre ainsi les yeux sur l’évolutionnisme culturel encore très ancré dans notre héritage, comme cette idée d’une marche de l’Histoire vers le progrès. En plus des conférences, des livres qu’il a déjà publiés, il s’était récemment associé avec le chorégraphe Michel Hallet Eghayan pour le spectacle Danser avec l’évolution où il faisait jouer toutes les bipédies possibles aux danseurs pour contrer la vision de nos cousins avachis, attardés et patauds. Le propos est sérieux, fouillé, expose clairement des partis pris philosophiques et scientifiques qui ciblent l’ethnocentrisme et le mythe de l’Homme comme une espèce supérieure. On lit, on apprend, entraîné par les pages, on glisse sur des réflexions contemporaines qui alertent sur la « mal-évolution » des sociétés actuelles, dont l’inertie des individus devient problématique. L’Homme devant son écran, tourne le dos à la marche, se réfugie dans des chimères transhumanistes et pratique par le sport un « narcissisme de la performance », absolument contraire à l’esprit de la marche qui a permis le langage et aussi d’aller vers les autres. « Et si contrairement à tout ce qu’on avait appris, c’était la naissance de l’Histoire, avec les inventions des agricultures, des écritures et des cités, qui risquait de mettre un terme à la longue marche de l’humanité ? » Le livre se ferme, le nomade en nous se réveille, avec une furieuse envie de marcher.

Lucie Servin

  • La Marche. Sauver le nomade qui est en nous. Pascal Picq. Éditions Autrement. Format 12 x 20 cm – 288 pages – 17,50 €

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