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Un nouveau modèle de vie à Notre-Dame-des-Landes

sam, 01/12/2018 - 00:00 -- Pinar Selek
Un espoir pour la planète
Rubrique : 

A la fin de l’été, je suis allée à Notre-Dame-des-Landes pour participer aux « Rencontres intergalactiques », un événement présentant des initiatives venues de divers coins de la planète.

Depuis mon arrivée en France (Pinar a dû s’exiler de Turquie il y a plusieurs années, poursuivie par la justice de son pays pour ses engagements citoyens, NDLR), j’ai toujours été solidaire de la lutte contre le projet d’aéroport, mais, même si je savais que dans ce type de résistances naissent des miracles, je n’imaginais pas à quel point des personnes toutes simples pouvaient représenter un véritable espoir pour notre planète.

Un mouvement de longue durée

L’aventure collective de Notre-Dame-des-Landes dure depuis plu­sieurs années. Lutter contre l’installation d’un aéroport a suscité le courage d’inventer d’autres mondes possibles, plus durables et plus solidaires. Les personnes qui ont défendu ces terres ont traversé des moments durs, des moments de violence… Après de nombreuses tempêtes, le mouvement a franchi une première étape : celle de sauver la terre du bétonnage et de faire que le projet d’aéroport de NDL soit enterré.

Mais ensuite, la violence et les expulsions ont recommencé, pour que les personnes qui avaient défendu ces terres quittent les lieux. À la première phase d’expulsion, la majorité des installations situées autour de la route du côté Est ont été détruites. Les personnes qui ont pu y rester ont reconstruit ce qui avait été détruit, bien décidées à continuer à cultiver les terres, avec une agriculture solidaire qui respecte la nature, mais aussi à continuer leurs activités artisanales, culturelles et sociales, mises en place sur les lieux ces dernières années.
Grâce à la solidarité, importante dans la région, le mouvement a trouvé un grand écho à ses revendications.

Le gouvernement a alors exigé que les projets agricoles soient individuels. Mais celles et ceux qui partagent depuis si longtemps cette belle aventure ont développé une autre culture de vie. Ensemble, les occupant.es des lieux ont donc rédigé un projet commun qu’ils et elles ont présenté collectivement à la préfecture.
Ce dossier présente une quarantaine de fiches, dont une partie concerne le projet agricole, mais comporte aussi des propositions de développement culturel, artisanal, social, et de protection de la forêt.
L’objectif était de protéger au maximum ce lieu de vie et d’activités.

À l’issue de ce processus de négociations, le mouvement a réussi à conserver la grande majorité des terres de la Zad, sous couvert de convention d’occupation précaire. Oui, c’est une réussite, mais, pour le moment, éphémère : l’autorisation se prolonge seulement jusqu’en décembre.

Un avenir incertain

Le territoire est encore menacé. Quelques-uns des anciens propriétaires, qui avaient vendu leurs terres au profit de l’aéroport, revendiquent de les reprendre tout en gardant l’argent qu’ils ont touché. Ils ne s’étaient pas mobilisés contre l’aéroport, mais ils se mobilisent pour empêcher les nouveaux projets qui fleurissent sur ces terres. Pourtant, si le mouvement anti-aéroport n’avait pas été là, ces terres seraient bétonnées à l’heure actuelle.
Aujourd’hui, certains veulent chasser le mouvement pour créer une zone agricole classique, un désert humain et social, sans solidarité, sans activités culturelles, sans respect de la nature. Le mouvement doit maintenant faire face à une nouvelle menace après celle de l’aéroport : l’agriculture intensive.

Solidarités autour de ce projet inédit

« Face à la crise écologique et au changement climatique, il est plus urgent que jamais de changer nos modes de vie, de consommation, de production et de construction », disait une jeune charpentière venue sur le terrain pour contribuer à la reconstruction d’un hangar détruit. Elle est entourée d’une dizaine d’artisan.es venu.es par solidarité, ainsi que d’associations, initiatives, syndicats, citoyen.nes. Chacun.e y met sa petite pierre.

Si cette solidarité existe, c’est sans doute parce que ce projet est inédit. Il s’agit de produire collectivement des aliments sains, sans glyphosate, sans aucun produit chimique (j’y ai mangé des tomates : elles ont un vrai goût de tomates et sont cultivées avec soin et plaisir). Et la production n’est pas seulement destinée à la vente, mais aussi au partage.
C’est la même chose pour l’élevage et la fromagerie. Quant à la gestion de la forêt, elle s’appuie sur des connaissances solides et sur le respect de la nature, et l’association Abracadabois, qui se charge de ce domaine, veut garder la gestion des forêts et des haies.

Un fonds de dotation

Le mouvement a créé un fonds de dotation* pour protéger les terres communes face au danger de la production massive et donc des pesticides. L’idée consiste à trouver de l’argent pour que le fonds soit propriétaire. Ensuite, il confiera l’usage des lieux aux personnes qui acceptent ses objectifs : agriculture paysanne, respect de la nature, de la biodiversité. On ne sait pas encore combien d’argent ce fonds de dotation pourra récolter, donc combien de surface il pourra acheter. Les procédures administratives ont déjà commencé. Quand ce fonds sera officiellement créé, ils feront un appel. Je vous le dirai…

Malgré l’épée de Damoclès qui plane au-dessus des terres de Notre-Dame-des-Landes, les activités sur la Zad se poursuivent. Les personnes qui y sont installées sont déterminées à garder et à développer les usages communs et les pratiques communes dans des terres communes.

Et nous ? Nous sommes déterminés aussi, non ? Comme ces gens simples mais courageux chantent sur ces terres : « On veut du silence et du temps / On veut sortir à la lumière / On veut cultiver nos enfants / Et on veut cultiver nos terres… »1.., chantons ensemble.

* Le fonds de dotation est un organisme de mécénat destiné à réaliser une œuvre ou une mission d’intérêt général ou à aider un autre organisme à but non lucratif à accomplir une œuvre ou une mission d’intérêt général.

1) www.youtube.com/watch?v=Ql72_ND_dR0

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Article paru dans le : 

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