Une journée dans la lavande

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«La lavande Aspic, explique Denis, se différencie de la lavande fine et du lavandin par sa composition ; dans la lavande Aspic, il y a un fort pourcentage de camphre et de cinéol, ce qui la rend plus polyvalente en aromathérapie. »

Vendredi 6 septembre, Nathalie et ses ami.es étaient une dizaine à se retrouver chez Denis pour aller ramasser de la lavande Aspic sauvage à distiller.

Nous partons à quelques kilomètres de là, au lieu-dit « La Pierre Levée », dans la Piège*, juste au-dessus de Laurac-le-Grand. La journée est magnifique, le temps est très clair et les collines nous offrent une vue à 180° sur la plaine du Lauragais, la Montagne Noire au nord et les Pyrénées au sud. Bien sûr, comme presque toujours dans cette région, le vent souffle un peu… mais j’aime bien le vent, alors…

Nous nous divisons en 2 groupes, les « habitués » partent de leur côté et Georges et moi, qui participons pour la première fois, suivons Denis sur le petit chemin de crête pour aller un peu plus loin dans les collines.

Nous allons couper la lavande à la serpette et Denis nous montre comment nous y prendre : « Tu vois, tu poses la serpette à la base des tiges de fleurs, et tu tournes doucement autour. Le bouquet doit venir de suite, si tu forces, ce n’est pas le bon geste. »

J’avais un peu peur de manier cet outil mais en réalité c’est très facile, Denis a raison, « ça vient tout seul », il faut seulement faire attention à ne pas se couper !
« Bon, on va laisser les gros sacs en toile de jute en haut parce que, quand ils sont pleins, ça pèse, hein ? Alors on remplit nos petits sacs et on les vide au fur et à mesure, ce sera plus facile. » Et nous commençons à « désescalader » la colline, munis de nos sacs et de notre serpette, pour ramasser la lavande sauvage. Elle pousse en abondance sur ces pentes escarpées : le vent est moins fort que sur la crête et nous travaillons tranquillement dans cet environnement magnifique et les senteurs de lavande, qu’est-ce-que c’est agréable ! Deux heures et demie après, Denis juge la récolte suffisante et nous retournons avec les sacs pleins vers les voitures.

Après une pause-déjeuner « auberge espagnole » dans le jardin de Denis et le départ des ami.es, je reste pour assister à la distillation. Denis a passé des années à distiller des plantes pour la santé et pour la parfumerie. Il a beaucoup travaillé en France, notamment dans les Corbières et les Landes, mais aussi dans plusieurs pays tropicaux. Aujourd’hui, il a cessé toute activité professionnelle et a vendu ses gros alambics.
Mais il en a gardé un petit de 100 litres, construit en inox, qui permet la distillation ­par entraînement à la vapeur.

*

Le premier corps est constitué de la chaudière, tout en bas, surmontée par une grille au-dessus de laquelle se trouve la cucurbite remplie de végétaux. Le courant de vapeur traverse les végétaux et monte vers le chapiteau et le col de cygne. Puis cette vapeur passe dans le serpentin et va se refroidir dans le réfrigérant (le deu­xième corps de l’alambic) où elle se condense pour terminer en une phase liquide eau/huile essentielle.

La séparation huile essentielle/hydrolat se fera dans l’essencier par différence de densité.
Denis s’assure qu’il y a suffisamment d’eau au fond de la chaudière pour la distillation. Puis il tasse la lavande au-dessus de la grille et allume le réchaud placé sous le ré­servoir. Ensuite, il met en place le chapiteau par lequel les vapeurs vont s’élever. Enfin, il raccorde le col de cygne au serpentin dans lequel vont se condenser les vapeurs.

À la sortie du refroidisseur, les vapeurs distillées arriveront dans l’essencier et se sépareront avec en haut l’huile essentielle et en bas l’hydrolat.
Au bout d’un petit moment, ça commence à arriver, l’essencier se remplit peu à peu et quand le liquide atteint la petite marque noire, Denis ouvre la vanne pour éva­cuer l’hydrolat au fur et à mesure dans le seau en inox.
Marianne, une amie, viendra chercher les bidons d’hydrolat. Elle s’en sert pour tout, pour rajouter à sa lessive, pour laver les sols, le chien, etc.

À la fin de la première distillation, on voit bien la différence entre hydrolat et huile essentielle ; moi, j’ai l’impression qu’il y en a peu, mais Denis me dit que « comme c’est au niveau le plus large de l’essencier, il y en a pas mal. Elle est bonne, cette lavande ! »
Après avoir ôté le chapiteau, il faut ressortir la passe de lavande qui a donné toute cette bonne huile. Denis râle un peu : « Ils protègent bien de la chaleur ces gants, mais ils sont trop grands, j’ai l’impression d’avoir des pattes d’ours… ».
N’empêche, heureusement qu’il les porte, ses gants, parce que l’alambic est bien chaud maintenant, vous imaginez ? Il doit dévisser les tuyaux, accrocher la grille qui porte la lavande à une petite poulie qui va lui permettre de la sortir de la cucurbite, comme un gros, gros bouchon.

Ce qui reste de la lavande, il le rajoute à son compost. Mais il me dit qu’on pourrait aussi l’utiliser, une fois sec et haché, pour en faire des enduits en le mélangeant à la chaux, ou encore s’en servir comme matériau isolant. Ça me fait un peu rêver, j’imagine si ma maison était isolée à la lavande… la bonne odeur, hmm !
Cet après-midi là, nous avons fait trois passes et, à la fin, la couche d’huile essentielle dans l’essencier est beaucoup plus importante. Denis est content, on a bien travaillé, et il reste encore 3 gros sacs de jute pleins. « Tu verras, me dit-il, au bout, on va récupérer plus d’un litre d’huile essentielle, sûr et certain. »

Moi, j’ai passé une belle journée, je suis partante pour recommencer l’année prochaine, ou même avant. Denis distille aussi du romarin, du laurier…
Lui, il finira de distiller cette récolte demain ou après-demain parce que, quand même, ça prend un peu de temps tout ça. Et là, nous avons rendez-vous chez Brigitte pour le cinéma. Brigitte, c’est une amie qui organise des « soirées cinéma » dans son ancienne boulangerie, je vous raconterai peut-être ça une autre fois…

* La Piège est une petite région située à l'ouest du département de l'Aude, en limite des départements de la Haute-Garonne et de l’Ariège. Le territoire de la Piège correspond aux anciens cantons de Belpech, Fanjeaux et Salles-sur-l’Hers.

PS : j’ai revu Denis depuis, il a récupéré 1,4 litre d’huile essentielle de lavande Aspic avec une récolte d’environ 100 kilos… de quoi soigner quelques bobos d’ici l’an prochain…

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