Guolin Qi Gong

"Seulement nous et les jardiniers"
Rubrique

Cet été à Donnemarie-Dontilly, nous avons fait la connaissance de Barbara, venue de Berlin pour garder le chat d'une amie. Elle nous fait découvrir le Guolin Qi Gong, une discipline qu'elle pratique depuis quelques années.

Une drôle de chenille géante apparaît au coin d’un bosquet : sept pattes à droite, sept pattes à gauche. Quatorze bras vont au même rythme à gauche, puis à droite – toujours bien synchronisés avec la respiration : deux inspires et un seul expire. Elle avance très lentement.
Cette chenille géante, c’est nous : sept femmes entre 64 et 76 ans, marchant à la queue leu leu et bougeant leurs bras d’un côté à l’autre, le regard posé au loin. Il est encore tôt ce jeudi matin de novembre dans le jardin des plantes à Berlin. Un peu de brouillard évolue à travers les arbres déjà presque dégarnis. À cette heure-ci, le parc est presque vide. Il y a seulement nous et les jardiniers…

En pratique

Voilà, on commence : on ramène le pied droit et on tient les mains du côté droit à hauteur du nombril – paumes tournées vers le sol. Et en avant avec le pied droit : double inspiration à droite et longue expiration à gauche en passant les mains devant le corps du côté gauche. Et encore : double inspire à droite et simple expire à gauche. Les bras, le souffle et les jambes au même rythme : sept femmes qui, tous les jeudis matin, marchent pendant deux heures les unes derrière les autres à travers le jardin des plantes – et ceci depuis presque vingt ans.

L’origine

Ces exercices ont été créés pour des humains ayant l’expérience d’un cancer ou bien d’autres maladies graves. C’est la peintre chinoise Guo Lin, née en 1909, qui a inventé cette forme thérapeutique du Qi Gong. À 40 ans, elle a eu un cancer de l’utérus. Après six opérations, il y avait encore des métastases. Les médecins lui ont dit : « Vous n’avez plus que six mois à vivre ! » 

« Eh bien, est-ce que je vais rester dans mon lit pendant six mois à attendre la mort ? » se demandait-elle.
Guo Lin s’est souvenu de son grand-père qui, lorsqu’elle était enfant, allait faire du Qi Gong avec elle dans le parc. Alors elle s’est rendue au jardin public le plus proche pour déve­lopper une forme très spéciale de Qi Gong (travail de l’énergie) avec la respiration du vent : Xi Xi Hu – double inspire, simple expire. Elle a pratiqué tous les jours pendant deux heures et, quelques mois plus tard, elle était guérie. Apparemment, l’oxygène sup­plémentaire avait stimulé son système immunitaire pour éliminer les cellules cancéreuses. À partir de 1970, Guo Lin a commencé à enseigner son « Nouveau Qi Gong » à d’autres malades et a vécu encore de longues années. C’est seulement en 1984, 35 ans après son cancer de l’utérus, qu’elle est décédée.

*

J’ai suivi son exemple

«Vous avez un cancer de jeune femme », m’avaient dit les médecins après mon opération en 2009. « Il est très agressif, se développe très vite et il risque aussi de revenir très vite ! »
À 65 ans, je partais à la retraite avec un turbo cancer dans le sein ! Quelle plaie !
Après une longue chimiothérapie et une aussi longue radiothérapie, j’ai enfin pu partir en cure dans une clinique située en lisière de bois. De temps en temps, je voyais une jeune femme sortir de la forêt, marchant lentement et bougeant les bras de droite à gauche devant son ventre, paumes tournées vers le sol et tout cela d’une manière très méditative.

Ayant déjà fait sa connaissance à Berlin lors de la radiothérapie, je lui ai demandé : « Mais qu’est-ce tu fais là dans les bois à marcher de cette drôle de manière ? »
« C’est du Guolin Qi Gong », me répondit-elle. « C’est bon contre le cancer et surtout c’est très bien contre l’angoisse. »

Moi, j’avais une peur bleue que mon cancer revienne. Alors j’ai voulu faire comme elle !
Elle m’a donné l’adresse d’une naturopathe à Berlin où elle avait appris et, au retour, j’ai pris rendez-vous. Et voilà : en deux après-midis, elle m’apprit différents exercices du Guolin Qi Gong entre autres, un pour le foie et un autre pour les reins (en médecine chinoise, siège du Qi, l’énergie vitale).

Au début, je m’emmêlais littéralement les pattes entre la coordination de la double inspiration et l’expiration simple avec le mouvement des pieds et des mains. OUF ! Mais lorsque j’ai commencé à pratiquer régulièrement en groupe, j’ai fini par bien suivre le mouvement et, surtout, par y prendre plaisir, en pensant aux « mouvements gracieux d’un ours panda ».

Mais... il y a toujours un mais, il faut être assidue. On était en novembre – et moi, je ne suis pas matinale du tout. Quelle horreur de me lever à six heures et demie alors qu’il faisait encore nuit, de prendre le bus dans le froid pour aller au jardin des plantes,afin de trotter à travers bois et plates-bandes par tous les temps…
Enfin pas tous. Quelques rares fois ces matins-là, le téléphone sonnait à sept heures et une voix de femme que je connaissais bien me disait : « Il pleut Barbara ! Tu peux retourner dans ton lit. » Alors je me recouchais et je m’enroulais dans mon édredon…

*

8 ans déjà

Ça fait huit ans maintenant que je pratique une fois par semaine avec mon groupe. Lorsque nous passons en file indienne, les mains toujours bougeant à droite et à gauche, devant les jardiniers accroupis dans les plates-bandes, nous leur disons bonjour à sept voix et ils nous répondent gentiment. Qu’est-ce qu’ils peuvent bien pen­ser de nous ?

Les autres femmes de mon groupe ont commencé cette « marche du Qi Gong » il y a presque vingt ans avec Viola, une instructrice de Guolin Qi Gong, également atteinte d’un cancer. Elle pratiquait aussi seule tous les jours. Elle est décédée depuis.

Près du petit pavillon japonais, il y a un banc vert où « Viola » est gravé sur une petite plaque. « Merci » en lettres chinoises est écrit en dessous de son prénom. Lorsque parfois nous passons devant « son » banc, nous nous arrêtons un petit moment pour nous incliner...

Le Guolin Qi Gong n’est peut-être pas LA stratégie ultime contre une mort précoce par le cancer, mais c’est une très bonne stratégie pour la vie ! C’est un bon exercice de mouvement et de respiration, mais aussi une expérience merveilleuse de la nature – et cela en toutes saisons. Voir comment, en hiver, le jour finit par se lever doucement avec un rai de soleil pointant à l’horizon, sentir le jardin se réveiller de semaine en semaine après sa longue hibernation, découvrir la première verdure – l’hamamélis qui fleurit en premier, puis en fin d’hiver la viorne avec son odeur enivrante. Au printemps, nous allons voir le pied de veau fleurir au milieu du marais, tel un phallus jaune. En été, nous humons la douce senteur des roses entourées de touffes de lavandes pleines d’abeilles. Dans les bois, nous regardons les écureuils sauter de branche en branche et, quand le renard passe, il s’arrête un moment pour nous regarder, comme s’il attendait qu’on lui jette quelque chose à croquer.

Après deux heures de marche, la drôle de chenille géante s’arrête. Les sept femmes rompent les rangs et vont vite s’attabler à une terrasse de café pour un petit déjeuner revigorant et pour échanger les résultats des derniers contrôles, les angoisses devant ceux à venir, et aussi les récidives...
On parle des livres qu’on a lus, des films qu’on a regardés, des voyages et des enfants ou petits-enfants et aussi, bien sûr, des projets en vue, la vie quoi !

Barbara Rosenberg

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