Mini Big Forest

Un concentré de biodiversité en ville
Rubrique

Inspirées d’une méthode japonaise, ces micro forêts apportent en ville une biodiversité d’une richesse rare. Respectant le développement naturel du milieu et surtout impliquant au maximum les enfants et les voisins, ces morceaux de verdure se vivent comme de véritables forêts participatives.

Nantes et sa métropole auront bientôt la chance de voir sortir de terre de petites forêts très denses. Ces mini poumons verts, hyper efficaces en zone urbaine, sont l’aboutissement des projets de l’association Mini Big Forest, menés avec le concours des habitants.

Une méthode japonaise

Le concept vient du pays du soleil levant où le botaniste Akira Miyawaki a développé, dans les années 1970, une méthode de reforestation pour restaurer des sols détériorés. Il est parti du concept de Végétation Naturelle Potentielle qui veut qu’un milieu végétal sans intervention humaine est beaucoup plus riche en biodiversité. Pour chaque micro forêt, le botaniste sélectionne une trentaine d’essences locales spontanées et plante les arbres avec une forte densité : 3 arbres au mètre carré. Le résultat est une forêt hyper riche qui pousse jusqu’à 10 fois plus vite et qui offre jusqu’à 30 fois plus de surface verte qu’une forêt classique, donc davantage d’oxygène produit, davantage de carbone absorbé et davantage de résistance aux conditions météo extrêmes.

Importée en France

*Interpellés par cette méthode, Jim Bouchet et Stéphanie Saliou ont décidé de relever le défi : planter 300 arbres sur une surface équivalente à 16 places de parking pour créer des forêts à haut potentiel de biodiversité et de lien social. Lancé il y a près de 2 ans, Mini Big Forest se donne pour objectif de re-naturer les villes et reconnecter la population à la nature et particulièrement aux arbres. 

Le couple de Nantais a commencé tout simplement dans sa région, d’abord avec l’aide de la ville de Nantes qui a proposé des terrains pour 2 mini forêts, puis l’idée a fait tache d’huile dans la métropole et le Grand Ouest.

Action écologique et humaine

Pour ces créateurs inspirés, impossible de dissocier l’action écologique de la dimension humaine. Leurs forêts se veulent résolument participatives et régénératrices. Les enfants y sont largement associés avec les écoles, comme les retraités et les voisins de la parcelle. Les enfants sont même invités à dédier leur arbre à une personne ou à une cause, inscrite sur une petite étiquette, histoire de renforcer leur lien avec la nature…

Jim Bouchet, co-fondateur de Mini Big Forest, nous éclaire sur ces actions

Comment avez-vous eu l’idée de développer ces forêts particulières ?

Nous avons assisté à une conférence au festival Aux Arbres à Nantes. Elle était donnée par l’entrepreneur indien Shubhendu Sharma, créateur du projet Afforestt qui applique la méthode Akira Miyawaki en Inde. Pendant la conférence, avec Stéphanie, ma compagne, on s’est regardés et on s’est dit : « Voilà ce qu’on va faire ». Ça nous est tombé dessus comme une illumination. Et on s’est jetés dans l’aventure à corps perdu. On est allés se former en Belgique puis auprès d’ingénieurs forestiers. Puis tout a démarré.

Quel est l’intérêt de ces forêts hyper denses ?

C’est de recréer en milieu urbain de petits écosystèmes qui fonctionnent selon des mécanismes de forêt naturelle. 

Les forêts sont très denses au point qu’on ne peut y pénétrer, pourquoi ?

Le but n’est pas d’en faire une forêt de balade, mais une forêt qui a sa fonction écosystémique pour le quartier et les habitants. On peut créer un chemin d’usage intérieur, un petit puits de méditation, si les gens veulent s’y ressourcer. On peut aller jusqu’à faire des sentiers pédagogiques à l’intérieur. Mais dans la forêt-même, on ne pourra pas pénétrer entre les arbres puisqu’ils se développent avec une croissance assez forte et avec leur densité, rapidement, on ne peut plus y entrer.

*

Quelle est la répartition des arbres à l’intérieur de la mini forêt ?

On quadrille la forêt, et dans chaque mètre carré, on plante les trois strates de la forêt. On met en terre un arbrisseau, un arbre de taille moyenne et un grand arbre. L’idée est de court-circuiter les successions qui s’étalent sur des années dans le milieu naturel, pour stimuler une compétition, une croissance et une coopération entre les arbres. Cela recrée un écosystème assez rapidement.

Vous créez une dynamique vivante ?

Exactement. On recrée une coopération, en favorisant le retour des auxiliaires (1). On sait qu’un arbre comme un chêne a environ 300 auxiliaires. En multipliant les essences, on évite les effets ravageurs d’une maladie dans une forêt en monoculture. 

La dimension humaine est importante également dans votre projet…

C’est notre seconde vocation. Nous cherchons à amener les urbains vers une reconnexion à la nature à travers la plantation d’un arbre. Nous avons eu le coup de cœur pour cette méthode, mais en même temps nous avons réalisé que l’humain a besoin de se reconnecter à la nature. 

Comment impliquez-vous les citoyens dans vos projets ?

Avant chaque plantation, nous organisons des rencontres dans les maisons de quartier, les écoles, les EHPAD, avec toutes les personnes à proximité de la future forêt. Nous sensibilisons les gens à ce qui va se passer sur leur espace urbain. Nous présentons la méthode et nous recrutons des bénévoles. À travers des ateliers en classe, nous expliquons aux enfants pourquoi l’on plante, ce qu’est un arbre, comment il vit, et qu’un arbre et une forêt sont de petites communautés, comme leur classe. Nous provoquons ces prises de conscience avant d’aller sur le terrain pour planter.

La plantation doit être un grand moment…

Les réactions sont incroyables. On a travaillé avec une école en zone prioritaire avec des enfants qui étaient un peu turbulents en classe. Le jour où l’on est arrivés sur le terrain avec eux, ça a été incroyable. Ils ont planté 400 arbres en une matinée. Il y a des enfants qui n’avaient quasiment jamais parlé à leur maîtresse et qui repartaient en lui donnant la main, en racontant leur expérience de plantation. Ce sont de très belles rencontres.

Quel est la vie de la forêt après la plantation ?

Beaucoup de forêts qui sont plantées artificiellement, notamment pour le greenwashing (procédé de marketing utilisé par les entreprises pour se donner une image écologique et responsable NDLR), vont dépérir rapidement par manque de soins au cours des premières années, ou parce que les essences plantées n’auront pas été les bonnes. Il est essentiel pour nous de faire entretenir les forêts par les habitants du quartier. 

Que doit faire une commune qui veut créer une Mini Big Forest ?

La ville doit disposer d’un terrain suffisamment vaste pour pouvoir accueillir cette petite forêt, Il faut au moins 200 m². 

Plus d’info : 

www.minibigforest.com
www.facebook.com/minibigforest

Sur le projet indien : www.afforestt.com

(1) Auxiliaires : ce sont les êtres vivants (insectes, flore, champignons…) qui aident accessoirement ou temporairement une plante ou un arbre.

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