Une agriculture plus respectueuse du vivant

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De nombreuses techniques se développent pour sortir de la culture agrochimique. Dans l’élevage, une tendance se dessine avec le retour des vaches dans les prés. Non seulement ces systèmes pâturants font de la qualité tout en produisant moins, mais ils augmentent l’autonomie de l’agriculteur avec davantage de revenus et une reprise en main de son exploitation.

L’agriculture conventionnelle, telle qu’on la connaît aujourd’hui – de la mono-culture de grande surface qui fait pousser des plantes malades sur des sols morts, à grand renfort de produits chimiques ; de l’élevage où l’on entasse dans des hangars des animaux nourris de farines, de céréales et d’antibiotiques –, n’est pas uniquement le fruit de la volonté de groupes agro-industriels voraces. 

La course à la productivité

Elle partait d’un objectif noble et impérieux de nourrir une population exsangue au sortir de la seconde guerre mondiale et de relancer l’activité dans un pays ralenti. L’arrivée du confort moderne et de la mécanisation allait alléger le travail harassant des paysans, puis augmentant la productivité, verrait grandir les exploitations. Progressivement, avec ces résultats encourageants et au nom de la rationalisation, on a lâché les fondamentaux, pourtant à la base du bon sens paysan, comme : une vache mange de l’herbe, une plante pousse grâce à la vitalité du sol, etc. Puis l’agro-industrie s’est renforcée et a distillé ses objectifs du « toujours plus ».

Les paysans sont devenus des chefs d’exploitation endettés par des investissements sans cesse plus lourds et des logiques de production de plus en plus éloignées du bon sens. 

Heureusement, un nombre croissant d’agriculteurs remettent en cause ces postulats et se lancent dans l’agroécologie, l’agroforesterie, la permaculture, l’agriculture biologique… avec différents niveaux de remise en question du modèle conventionnel.

L’agriculture régénératrice

Dans cet éventail de solutions pour une agriculture plus saine et plus vivante, l’agriculture régénératrice est une nouvelle carte venue des États-Unis (1). Une technique qui va au-delà de se passer de pesticide ou d’engrais de synthèse. Elle veille à respecter et renforcer les écosystèmes végétaux et animaux pour un équilibre plus sain et plus durable. Ce faisant, elle rend un service précieux à l’environnement : elle augmente le stockage de carbone dans le sol. Pour cela, pas ou très peu de labour, qui libère du CO2, mais la réintroduction dans le sol de matières organiques. La fertilité et la diversité biologique du sol sont améliorées par l’ajout de compost et la rotation des cultures. Et toute intervention sur le milieu végétal est basée sur une connaissance précise des cycles naturels de développement des plantes et des écosystèmes.

En France, cette approche commence à faire son apparition dans l’élevage, notamment dans l’ouest du pays avec l’élevage pâturant. La première rupture consiste à remettre les vaches dans les prés et à arrêter l’alimentation à base de maïs et de soja. Lequel soja vient majoritairement d’Amérique latine et issu de culture OGM.

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Finie la stabulation, les vaches vont se nourrir elles-mêmes dans les prairies au lieu de consommer des céréales ou des oléagineux. 

Entraide et échanges de pratiques

Mais quitter l’élevage conventionnel pour se lancer dans cette pratique n’est pas un choix facile. La crainte d’une forte baisse des rendements est légitime et les conseillers-commerciaux sont là pour dissuader l’éleveur de quitter son fournisseur. C’est là qu’interviennent les réseaux d’entraide et d’échange de pratiques comme la CIVAM (2). Cette association teste de nouvelles techniques, anime des groupes d’échanges pour adopter des systèmes de production plus économes, plus autonomes et de moindre impact environnemental. 

Faciliter le changement

« Nos groupes correspondent aussi à une nouvelle génération d’agriculteurs, plus jeunes et davantage formés. On cherche beaucoup, on se renseigne et quand on trouve de nouvelles façons de faire, on les partage. On fait également appel à des experts pour améliorer nos connaissances. »  Antony Vasseur, à peine 30 ans, est président de la fédération de la CIVAM de la Sarthe. Il a repris les 40 vaches du troupeau de son père qui était dans les premiers à abandonner l’alimentation au maïs. L’exploitation est passé en bio en 1998. Pour Antony Vasseur, si le bio est partie intégrante de cette nouvelle pratique d’élevage, elle va au-delà, et l’association ne ferme pas sa porte aux agriculteurs non bio. « Quand on fait un groupe sur le pâturage, au bout de quelque temps, la majorité de ceux qui n’étaient pas en bio font le passage. Du coup, on amène d’autres agriculteurs à franchir le pas. » 

Les clés de la méthode

Finie la stabulation, les vaches vont se nourrir elles-mêmes dans les prairies au lieu de consommer des céréales ou des oléagineux. Les vêlages sont synchronisés avec la période de meilleure pousse de l’herbe, au printemps. Et la gestion des prairies est optimisée pour favoriser la pousse, la diversité et l’alimentation du bétail. Ainsi, avec le pâturage tournant dynamique, le pré est divisé en parcelles. Au lieu de brouter d’abord les meilleures herbes sur l’ensemble de la prairie, puis au bout de quelques jours, les herbes un peu moins appétissantes, en étant sur une parcelle plus petite, les ruminants vont manger tous les types d’herbes dès le début, équilibrant leurs apports alimentaires. Au bout de trois jours, on change de parcelle pour laisser repousser le premier secteur et recommencer le cycle. 

Aucun fertilisant n’est répandu sur les prairies, les vaches font le travail sur place avec leurs bouses. Il suffit de les conduire à l’étable pour la traite. Cela entraîne moins de mécanisation, donc moins de matériel et moins de consommation de carburant.

Indépendance de l’exploitation

Autre effet secondaire positif : n’ayant plus recours à une alimentation extérieure, parfois importée, l’éleveur n’est plus dépendant du cours de ces aliments lié à la conjoncture nationale et internationale. C’est aussi une indépendance décisionnelle à laquelle tient Antony Vasseur : « On reprend la main sur les décisions de notre exploitation, au lieu de suivre des recommandations des conseillers-commerciaux ». 

Davantage de qualité et meilleurs revenus

Avec cette approche la qualité devient essentielle, l’alimentation des vaches est plus saine, naturelle. La viande et le lait produits sont de meilleure qualité et plus faciles à valoriser. Des labels apparaissent, mettant en avant le lait ou la viande de pâturage, gage de meilleure qualité. « On sort de la logique de quantité, car on produit moins, c’est sûr, mais on fait un bond en avant sur la qualité et on s’y retrouve » résume Antony Vasseur. Car le gain économique est évident. En réduisant significativement les charges, le revenu disponible augmente. Selon une étude de la CIVAM, réalisée dans les Pays de la Loire, les éleveurs pratiquant les systèmes herbagers pâturants ont vu leur revenu disponible augmenter de 50 à 80 %.

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Partage d'expériences pour des campagnes vivantes

(1) Californy State University
(2) CIVAM : Centre d’Initiatives pour Valoriser l’Agriculture et le Milieu rural

Plus d’infos : 

• CIVAM 72 : www.civamad72.org
• Association Solidarité paysans 72 : https://solidaritepaysans.org/paysdelaloire/sarthe

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