Vivre avec le soleil – ou vivre contre le soleil?

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Vivre contre le soleil ? Quelle idée que de proposer de vivre « contre » le soleil ! Le scientifique le plus matérialiste sait très bien que l’unique source de toute forme d’énergie qu’il sait mesurer, c’est le soleil. Alors, à qui viendrait-il à l’esprit de vouloir vivre contre le soleil ?

Pendant des millénaires, tout était bien clair
On vivait le jour et on dormait la nuit, six heures en été et plus que le double en hiver.
Ce rythme fut maintenu au début de l’industrialisation : huit heures de travail par jour en hiver et plus du double en été.
Ces conditions inhumaines éveillèrent la conscience sociale, et au XXe siècle, les huit heures de travail en hiver furent maintenues toute l’année, dégageant ainsi un temps libre le reste de l’année.

Seulement, autour de cette colonne stabilisante de huit heures de travail toute l’année s’est greffée une organisation quotidienne uniformisée, rendue possible par l’éclairage électrique qui se répand progressivement autour des espaces civilisés.
L’idée nous hante que notre activité puisse être limitée par l’obscurité de la nuit. Alors, on s’est mis au boulot pour la faire reculer le plus possible. Notre victoire n’est que partielle, et elle n’est certainement pas durable : vivre la nuit coûte l’énergie de l’éclairage tous les jours, et énormément de chauffage en hiver.  Le réchauffement climatique nous oblige à remettre en question ce qui nous paraît normal ou même indispensable.

Le continent africain a développé une sage retenue par rapport à la nuit : de toute apparence, on s’y couche encore « avec les poules », l’éclairage nocturne y est presque absent.
D’ailleurs, un voisin drômois a utilisé le réglage des poules d’après le soleil en inventant la semaine à neuf jours : comme elles étaient enfermées dans leur bâtiment de concentration, il a pu leur simuler des journées plus courtes pour récolter un œuf de plus par semaine.
Et nous, humains civilisés et surdéveloppés, est-ce que la lumière artificielle nous fait pondre des œufs en plus ? Est-ce qu’elle nous rend plus performants, est-ce que notre vie est plus riche ? Est-ce que nous en tirons un profit quelconque ?

Ayant fait l’expérience d’une vie sans électricité pendant 5 ans, nous avions constaté un phénomène surprenant : petit à petit, nous sommes rentrés dans le rythme solaire, en dormant plus de 12 heures en hiver et à peine 6 heures en été. Cette adaptation a pris trois ans pour se mettre en place. Et ce rythme est en parfait accord avec l’offre alimentaire locale naturelle, et aussi avec la nécessité de travail dans le cadre d’une petite ferme avec jardin, plantations et animaux.

Il est possible de « charger les accumulateurs » en hiver et de disposer d’une énergie incroyable en été.
C’est pour cela que je propose ici un rythme plus sain, plus naturel pour le travail, l’école, les loisirs et le sommeil.
- Il n’est plus nécessaire de chercher midi à quatorze heures : midi est au milieu de la journée, et petit déjeuner et souper avancent et reculent avec le soleil.
- Bien sûr, l’école devrait s’intégrer aussi dans cette danse annuelle – pour le plus grand bonheur des enfants.
- Le « 20 heures » oscillera entre 19 et 21 heures. C’est peut- être la partie la plus difficile à mettre en place...

Il m’est complètement incompréhensible que cette question ne soit posée nulle part, ni dans l’administration officielle, ni chez les écologistes, les altermondialistes, les décroissants, ni au Grenelle de l’Environnement – la discussion n’existe pas.
Tout le monde semble croire que nous pouvons continuer à vivre contre le soleil.
L’heure d’été – introduite par Giscard en réponse au premier choc pétrolier – n’a permis que l’économie annuelle de la cargaison d’un seul pétrolier, et Erika en a déversé la sienne sur les côtes bretonnes quelques années plus tard.

Nous marchons sur la tête – tant que le ciel ne lui tombe pas dessus !
Or, vivre en accord avec la lumière du jour permettrait des économies incroyables d’éclairage et de chauffage : l’énergie vitale économisée en hiver est pleinement disponible en été, il faut en faire l’expérience pour le savoir. Et nous n’y perdons rien – même pas une heure au dodo, métro, boulot...

Aussi, nous avons gardé l’instinct ancestral de faire des réserves (de graisse) à l’automne et, en hiver, nous brûlons du mazout. Résultat : la graisse reste sur les hanches, se dégrade, et nous grossissons. La progression de la surcharge pondérale est la vraie pandémie du XXIe siècle, et ceci pour toute l’humanité.
Or, il suffit de mieux s’habiller en hiver et de moins chauffer : le corps brûle alors ses propres calories pour produire sa propre chaleur.
Ceci est encore plus vrai si nous dormons plus en hiver : inutile de chauffer la chambre, une bonne couette suffit pour garder la chaleur corporelle près du corps. Et la bouillote existe toujours, elle permet un bon démarrage, même sous la tente, même dans le désert, et en plein hiver.

Ne nous y trompons pas : la majorité de l’humanité vit encore au rythme solaire, nous ne sommes qu’une minorité à pouvoir y échapper un peu.
En Tunisie, près du désert, quand les gens ont froid aux mains en hiver, ils ne chauffent pas la toute maison, ils ne chauffent que les mains, avec un petit « canoun » au charbon de bois, qui chauffe en même temps le thé – qui chauffera ensuite toute la tablée.
La partie de l’humanité qui vit encore au rythme du soleil, nous l’appelons « Pays en développement ». Et beaucoup de gens là-bas croient encore que le modèle à suivre serait le nôtre.
Le contraire est vrai : c’est leur mode de vie qui est exemplaire pour nous, pour toute l’humanité.
Il est temps que nous nous réveillions pour sauver la terre en dormant. Qu’est-ce que nous attendons ?

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