Le chaudron magique des druides

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«Nul ne parle avant le roi, mais le roi ne parle pas avant son druide», peut-on lire dans le récit de L’Ivresse des Ulates. C’est dire si le druide est important, et même omnipotent, dans la société celtique. Il maîtrise autant l’art de la médecine que celui des hommes et même des créatures du monde invisible. Mais il n’est rien sans son… chaudron!

La médecine des druides, héritière directe du chamanisme (voir BS n°88), présente toutefois des différences fondamentales. Les Celtes vont plus loin que dans le pacte avec la nature passé par le chamane: pour eux, la maladie n’est plus due aux esprits malfaisants mais à une rupture de l’harmonie homme/environnement dans le monde bien réel, concept proche de celui de la médecine chinoise.

DE GRANDS CIVILISATEURS
Conscients de faire partie de la nature, au même titre qu’une fourmi, un arbre ou un sanglier, ils la respectent infiniment. Mais leur grande force est de civiliser tout ce qu’ils trouvent sur leur passage, notamment grâce à la plus géniale invention de tous les temps: le chaudron. Avec cette merveille, les Celtes passent à la fois maîtres dans la métallurgie (l’art du bronze et du fer leur permet de fabriquer des ponts, des armes plus fines, des roues plus solides pour aller plus avant, plus vite, plus loin que tout autre peuple auparavant, ils fabriquent aussi des socs et des charrues pour enfin cultiver la terre et rester sur place, c’est l’ère du néolithisme) et dans la médecine. Les mixtures de plantes qui mijotent libèrent des extraits végétaux très concentrés, ce qui était impossible avant. Décoctions, élixirs, tisanes... Il n’en fallait pas plus pour créer la potion magique, et c’est d’ailleurs à cette époque que l’on date l’invention de la science!

MERLIN L'ENCHANTEUR AURAIT PU ÊTRE UNE FEMME
Contrairement à ce que l’on croit généralement, le mot «druide» ne vient pas du grec drus (le chêne) mais du celte druwed-es (les très savants). De fait, le druide, que l’on imagine exactement comme Panoramix, nanti d’une longue barbe blanche et d’une robe, est à la fois prêtre, érudit, détenteur des choses de la science et garant de la tradition. En outre, il sert d’intermédiaire entre les différents peuples celtes, au tempérament disons… plutôt querelleur. Et, dans la cité, il gère les conflits aussi bien privés que publics.

N’importe quel Celte peut accéder à ce rang enviable, à condition de suivre le long, très long enseignement dispensé oralement par les druides. 20 ans de formation! Les disciples, éventuellement des femmes, apprennent l’art thérapeutique, l’astronomie, la philosophie, l’histoire et les mathématiques.

AUCUNE PEUR, SAUF CELLE DE LA FIN DU MONDE
Pour les Celtes, rien n’est grave, surtout pas la mort… Autrement dit, si, demain, je meurs, après-demain, je revivrai. Et comme l’âme est immortelle, pas de problème: je peux foncer au combat sans crainte. D’où des guerres sanguinaires légendaires.

Tout se passe oralement, la transmission écrite de l’enseignement druidique étant strictement interdite. Les apprentis passent par des épreuves initiatiques parfois très douloureuses pour prouver la pureté de leurs intentions. Tout ceci explique l’auréole de mystère teintée de feuillages touffus qu’évoque tout de suite le druidisme, devenu l’archétype de l’initiation magique dans l’inconscient collectif. Dont il ne reste, hélas, pas grand-chose aujourd’hui.

À CHACUN SA SPÉCIALITÉ
Le druide est un terme générique. Parmi les druides, on trouve entre autres le barde (poésie orale et chantée), l’ovate (devin, magicien et médecin), le cruitire (musicothérapeute usant de sa harpe comme d’un contrôleur d’émotions collectives) ou le liaig (chirurgien).

Le druide médecin examine attentivement son patient (visage, posture, etc.), pose son diagnostic en faisant aussi appel à la divination, puis invoque les dieux, chante des incantations, cherche l’illumination et, pour finir, fournit des plantes qui guérissent. Un système médical parfaitement rôdé qui a permis aux Celtes de jouir d’une vitalité et d’une espérance de vie exceptionnelles selon tous les écrits. En général, ce sont les blessures qui avaient raison de leur vie, et non les maladies.

LES PLANTES DU DRUIDE ET LE MEILLEUR MOMENT DE LA RÉCOLTE
En dehors de l’if et du pommier, arbres sacrés et magiques, les druides connaissent fort bien les propriétés de ces végétaux:
Janvier : le bouleau et le sorbier - Février : le frêne - Mars : l’aulne - Avril : le saule - Mai : l’aubépine - Juin : le chêne  - Juillet : le houx - Août : le noisetier - Septembre : la vigne rouge - Octobre : le lierre - Novembre : le roseau - Décembre : le sureau.

On ne peut omettre le gui, «qui guérit tout», sous lequel nous nous embrassons aujourd’hui si l’on veut attirer le bonheur pour toute l’année. «Au gui l’an neuf» vient de «O ghel an Heu !» : «que le blé lève maintenant!». Une formule solennellement prononcée par le druide.

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