Les globules rouges, mode d’emploi

mar, 24/04/2007 - 20:43 -- Dr. Daniel Gloaguen
Rubrique : 

Hématie, érythrocyte… deux noms différents pour un même élément: le globule rouge. L'organisme en compte des milliards! Sans eux, la vie ne serait pas possible car leur rôle essentiel est l'apport d'oxygène à l'organisme et l'épuration du gaz carbonique et ce, grâce à l'hémoglobine, un pigment rouge contenu dans chaque globule rouge et qui capte facilement ces deux gaz.

UN PEU D'HISTOIRE

C'est un naturaliste néerlandais du 18ème siècle, Antoni Van Leeuwenhoek, drapier à Delft (Pays-Bas) et qui ne connaissait ni la médecine ni le latin, la langue scientifique de l'époque, qui fit la première description des globules rouges vers 1673 à partir de son propre sang, après avoir découvert les spermatozoïdes, et ce grâce à des microscopes de sa fabrication! En 1675, il remarque que ces petits globules de couleur rouge se déforment facilement et que cette déformation ovalaire doit probablement leur permettre de passer plus facilement dans les vaisseaux sanguins. Il n'a pas été démenti depuis!

Plein feu sur ce petit disque rouge

Les globules rouges sont issus de la moelle osseuse. Plus exactement, ils proviennent de cellules souches de la moelle qui évoluent en se différenciant. Au passage, le futur globule rouge se charge d'hémoglobine. Au dernier stade de la maturation, juste avant d'être relâché dans le flot sanguin, le globule rouge perd son noyau! Le globule ainsi obtenu prend le nom de "réticulocyte", un jeune globule rouge en quelque sorte, un globule rouge nouveau-né de moins de 48 heures. C'est donc le réticulocyte qui passe dans le sang. Progressivement, il perd sa forme sphérique, se transforme en disque et devient biconcave, comme le disque utilisé par le discobole et dont on aurait écrasé les deux faces.

À quoi servent-ils?

Tout simplement à approvisionner l'ensemble de l'organisme en oxygène et à l'épurer de son gaz carbonique grâce au pigment qu'ils contiennent et qui leur donne leur teinte rouge: l'hémoglobine. En pratique, l'hémoglobine se charge en oxygène lors de son passage au niveau du poumon et y largue le gaz carbonique capté lors de son passage dans les tissus. L'hémoglobine est constituée d'une molécule ferrique appelée "hème", entourée d'une protéine, la globine. C'est l'hème qui capte les deux gaz.

Leur nombre

Leur nombre varie selon le sexe… et le laboratoire choisi pour l'examen (d'où l'intérêt de toujours faire ses analyses sanguines dans le même laboratoire). On le trouve dans le chapitre "Numération Formule Sanguine (NFS)" situé généralement en tête de l'analyse sanguine.
Chez la femme : de 4,1 à 5,1 millions par mm3 de sang.
Chez l'homme : de 4,5 à 5,9 millions de globules rouges par mm3 de sang.

Quand peut-on parler d'anémie?

Une fatigue extrême, une pâleur de la peau ou de l'intérieur des paupières, un essoufflement… ces signes traduisent peut-être une anémie. Contrairement à l'idée reçue, le "concept" d'anémie ne porte pas sur le nombre abaissé de globules rouges, mais sur la baisse de la quantité d'hémoglobine qu'ils contiennent!

Souffrir d'anémie, c’est manquer d'hémoglobine! Pour autant, moins de globules rouges, c'est aussi souvent moins d'hémoglobine. Autrement dit, parler d'anémie, c'est évoquer un chiffre d'hémoglobine inférieur à la normale et qui correspond souvent, mais pas obligatoirement, à une baisse du nombre des globules rouges.
Chez la femme, on estime le taux normal d'hémoglobine entre 12,3 et 15,3 grammes pour 100 ml de sang.
Chez l'homme, on estime le taux normal d'hémoglobine entre 14 et 17,5 g/100 ml.

On peut donc parler d'anémie lorsque le taux d'hémoglobine est inférieur à :
- 12 g/100 ml chez la femme.
- 13 g/100 ml chez l'homme.

Plusieurs cas de figure

On peut être anémique et avoir un taux de globules rouges élevé si les globules rouges, en nombre pourtant, sont plus petits que la normale et moins chargés en hémoglobine. À l'inverse, on peut ne pas souffrir d'anémie lorsque les globules, pourtant moins nombreux qu'ils ne devraient, sont plus gros qu'à l'habitude et plus riches en hémoglobine. Se baser sur le seul chiffre des globules rouges ne permet donc pas de trancher en faveur ou non d'une anémie et le cas échéant de son origine. Le taux d'hémoglobine est essentiel. De la même façon, l'analyse comparée du chiffre de l'hémoglobine, du VGM, de la CCMH, de la TCMH (voir encadré ci-dessous) ainsi que du nombre de réticulocytes permet d'orienter vers l'origine de l'anémie. D'où l'intérêt pour le médecin d'avoir tous les paramètres de la NFS avant de se prononcer sur l'origine possible de l'anémie et du bilan complémentaire qu'il compte demander. Dans la majorité des cas, toutefois, l'anémie est liée à un déficit en fer, chez la femme surtout.

FICHE SIGNALÉTIQUE

Une nomenclature dite "internationale" tend à remplacer progressivement les unités de mesure classiquement utilisées jusque-là.

Les unités de mesure utilisées ci-dessous concernent l'ancienne nomenclature :
- Durée de vie : 120 jours environ. Le globule rouge meurt dans la moelle qui va récupérer le fer pour l'incorporer dans les nouveaux globules rouges.
- Diamètre : 8 à 9 millionième de mètre (μm), anciennement "micron".
- Volume Globulaire Moyen ou VGM (volume moyen occupé par un globule rouge) : environ 85 à 95 μm3 (nouvelle nomenclature : 85 à 95 "femtolitres").
- Concentration Corpusculaire Moyenne en Hémoglobine ou CCMH (concentration d'hémoglobine par globule rouge) : entre 32 et 36%. En clair, chaque globule rouge est constitué de 32 à 36% d'hémoglobine (nouvelle nomenclature : 32 à 36 g/dL).
- Teneur Corpusculaire Moyenne en Hémoglobine ou TCMH (poids de l'hémoglobine dans chaque globule rouge) : entre 27 à 32 picogrammes (pg). En clair, 27 à 32 millionièmes de millionième de gramme!
- Taux de réticulocytes : 25 à 100 X 109/Litre de sang. 0,5 à 2 % des globules rouges circulant sont donc en réalité des réticulocytes. Mesurer le taux de réticulocytes permet de connaître la production globulaire de la moelle osseuse et donc son efficacité!

Et l'hématocrite, kezako?

L'hématocrite (Ht) est un autre paramètre sanguin rendu célèbre… par le Tour de France! Il correspond au volume occupé par les globules rouges dans 100 ml de sang. L'hématocrite est estimé :
- Entre 35% et 47% chez la femme (ou 0,35 à 0,47).
- Entre 40% et 54% chez l'homme (ou 0,40 à 0,54).

Chez l'homme, 45% d'un volume de 100 ml de sang sont donc constitués de globules rouges. Le reste étant constitué par le plasma qui surnage. Un taux bas doit faire rechercher une anémie. Un taux excessif peut faire penser au dopage.

Hématocrite élévé

Un taux élevé d'hématocrite, supérieur à 50%, indique un excès de production de globules rouges ("polyglobulie") comme on peut l'observer après un séjour en altitude, lors de certaines maladies comme la maladie de Vaquez où les globules rouges sont naturellement en excès, dans les déshydratations très avancées (moins de plasma car moins d'eau)… ou après le dopage à l'érythropoïétine, comme c'est le cas chez les cyclistes dopés du Tour de France par exemple. Un dopage destiné à augmenter les capacités d'oxygénation des muscles via l'augmentation du nombre des globules rouges, et qui les oblige à boire énormément afin de diluer leur sang. L'augmentation du volume du plasma fait baisser l'hématocrite de façon mécanique..

MALADIES DE L'HÉMOGLOBINE

Certaines pathologies, congénitales pour la plupart, se manifestent par une anomalie de l'hémoglobine (on parle d'hémoglobinopathie) qui va se manifester notamment par des anomalies morphologiques du globule rouge:
- Drépanocytose, ou anémie dite "falciforme", du fait de globules rouges en forme de faucille, fréquente en Afrique, aux Antilles, au Brésil ou encore aux États-Unis.
- Thalassémie, une autre maladie de l'hémoglobine qui concerne surtout les populations du pourtour méditerranéen, mais aussi la Chine et l'Asie du Sud-Est.
- Hémoglobinose C, fréquente dans la population noire d'Afrique ainsi qu'aux Antilles.

MONOXYDE DE CARBONE

L'hème de l'hémoglobine ne fixe pas que l'oxygène ou le gaz carbonique, elle adore également et surtout le monoxyde de carbone (CO) qui a beaucoup plus d'affinité pour elle que l'oxygène! Résultat, le CO se fixe à l'hème de l'hémoglobine qui va délaisser l'oxygène. Pire, en présence d'une molécule de monoxyde de carbone, l'hème va carrément larguer son oxygène au niveau des poumons pour aller capter ce CO! L'affinité du monoxyde de carbone est 230 fois supérieure à celle de l'oxygène. En d'autres termes, on estime qu'une molécule de CO perdue dans l'atmosphère au milieu de 230 molécules d'oxygène gagnera quand même le combat de la fixation sur l'hème! En présence de CO, on risque donc l'asphyxie.

Paru dans le : 
Belle-Santé N° 094

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