Cancer du sein : ne pas confondre prévention et dépistage

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Invité à faire une conférence sur les intérêts, les limites et les controverses du dépistage du cancer du sein, lors d’un colloque organisé en mars par la Confédération Européenne pour la Préservation de la Santé, le Dr Alain Dumas en a profité pour rappeler que prévention et dépistage ne sont pas synonymes. Et que le cancer du sein, après une « accalmie de deux ou trois ans », poursuit sa lente progression… Or, cette accalmie, que certains ont eu vite fait de mettre sur le compte du dépistage systématique, est essentiellement liée à l’arrêt ou presque du traitement hormonal substitutif de la ménopause (62 % de prescriptions en moins entre 2000 et 2006) et pas du tout au dépistage ! Les mammographies systématiques, elles, auraient plutôt l’effet inverse ! Il n’existe aucune régression de la mortalité à long terme et pour le réseau Cochrane (un réseau international de personnes volontaires pour préparer, tenir à jour et disséminer des revues systématiques des interventions thérapeutiques et préventives) : « pour 2 000 femmes invitées au dépistage pendant 10 ans, une a sa vie prolongée. En contrepartie, 10 femmes en bonne santé, qui n’auraient jamais été déclarées cancéreuses en l’absence de dépistage, sont diagnostiquées comme ayant un cancer du sein et traitées inutilement. »
Le Dr Dumas déplore qu’aujourd’hui, on n’apprenne plus aux femmes à se palper les seins (un examen sans risque qui découvre des cancers invisibles à la mammographie). On dépense 800 000 à 1 million d’euros pour une campagne, pactole auquel s’ajoutent les conséquences financières des nombreux « faux positifs ». En outre, les femmes ne sont absolument pas prévenues des effets iatrogènes des examens. Une mammographie n’est pas anodine ! Une biopsie non plus !
En résumé, selon le Dr Dumas :
-    Aucun essai n’a jamais démontré l’effet du dépistage sur la mortalité globale.
-    Le dépistage n’a pas diminué le nombre d’ablations chirurgicales du sein.
-    ¼ des cancers sont diagnostiqués entre deux mammographies de dépistage (donc, ils étaient passés inaperçus à la mammographie…).
-    ¼ des cancers de petite taille dépistés après de nombreux examens invasifs sont peu ou pas dangereux et ne se seraient probablement jamais développés. Ils entraînent des traitements lourds et coûteux, agressifs et dangereux.
Le dépistage « de masse » des cancers du sein mérite donc un vrai débat et une vraie réflexion. S’il est sans doute utile dans certains cas bien particuliers, il semblerait qu’ainsi pratiqué, le rapport bénéfices/risques ne soit pas à son avantage, loin de là !

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