Mieux connaître les gamma-GT

Un taux élevé de GGT ne veut pas dire qu’on boit trop !
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C’est une idée reçue qui peut avoir de graves conséquences lorsque l’on sait que le dosage de cette enzyme est l’un des paramètres recherchés, dans certaines professions, lors de la délivrance des permis de conduire, ou pour déterminer l’aptitude professionnelle. Attention à l’amalgame ! D’autant plus que 5 % des adultes sains (non alcooliques, donc) ont une augmentation inexpliquée des GGT !

Les Gamma-GT (Gamma-Glutamyl-Transpeptidases ou GGT) sont des enzymes particulièrement abondantes dans le foie. L’augmentation de leur taux sanguin est souvent attribuée à l’existence d’un alcoolisme. C’est un tort la plupart du temps.

Des enzymes membranaires

Les GGT sont des enzymes présentes dans pratiquement toutes les membranes des cellules de l’organisme, mais sont particulièrement abondantes dans le foie, du fait de son volume important. Elles interviennent dans le métabolisme des acides aminés, des substances à la base de la synthèse des protéines.

Du pancréas jusqu'au cerveau

On trouve des GGT à peu près partout dans l’organisme, dès lors qu’un organe est composé de cellules et donc de membranes cellulaires. Il y en a par conséquent dans les poumons et les intestins, dans le pancréas, le long de l’arbre biliaire, dans le cerveau, dans la rate, dans la prostate et même dans le cœur ! Du fait de leur présence dans tout l’organisme ou presque, les GGT peuvent subir des variations physiologiques en dehors de toute maladie. Un élément dont on doit tenir compte lors de l’interprétation des résultats d’une prise de sang. En d’autres termes, une augmentation des GGT n’est pas nécessairement liée au foie et encore moins à l’alcool.

Même chez les bébés !

Les GGT concernent les adultes, et même les enfants, à des degrés divers. L’homme a des GGT naturellement plus élevées que la femme. Les valeurs masculines normales s’échelonnent entre 10 et 40 UI/l (*), des chiffres qui peuvent varier d’un laboratoire à l’autre. Au-delà de 50 ans, les taux augmentent de 20 à 100 % par rapport au chiffre de départ. Le nourrisson, lui, présente des taux 5 à 10 fois supérieurs à ceux de l’adulte alors que, chez les enfants de 4 à 14 ans, les GGT sont, au contraire, abaissées de 20 à 40 % par rapport aux adultes. La surcharge pondérale les augmente (+ 20 à 100 %). Une élévation très importante peut conduire à des examens spécialisés tels qu’une échographie ou une biopsie hépatique. Tout dépend, bien entendu, de l’examen clinique et des antécédents.

Variations pathologiques

Toute pathologie qui concerne un organe hébergeant des GGT peut s’accompagner d’une augmentation des enzymes : hépatites aiguës et chroniques, virales ou médicamenteuses, cirrhose du foie, problèmes de vésicule biliaire, cancers du pancréas, du foie, du sein ou de la peau, insuffisance rénale, pancréatites, infarctus du myocarde et pathologies broncho-pulmonaires. Les maladies métaboliques n’y échappent pas. Les GGT peuvent augmenter avec le diabète, l’hyperthyroïdie ou l’hypercholestérolémie.

Enfin, n’oublions pas non plus le tabagisme et certains médicaments : barbituriques, antiépileptiques, anticoagulants, antidiabétiques, antidépresseurs, anticancéreux et contraceptifs oraux qui vont augmenter le taux de GGT (+ 20 à 300 %). Mieux vaut arrêter le médicament incriminé lorsque l’élévation dépasse 5 fois la normale. Reste également les intoxications avec certains produits industriels. Curieusement, la consommation de café, la pratique d’un sport ainsi que la prise de certains hypolipémiants (médicaments destinés à diminuer les graisses) contribuent à diminuer leur taux.

Une mesure de l'abstinence

L’alcool est une grande cause d’augmentation des GGT. Les GGT ne concernent que l’alcoolisme chronique (consommation quotidienne et excessive) et non l’alcoolisme aigu («cuite», «binge drin- king»...). Le taux de GGT va doubler. En d’autres termes, un excès datant de la veille ne compromet pas les résultats d’un examen de sang effectué le lendemain.
En réalité, le dosage des GGT sert surtout à évaluer une abstinence. En effet, lorsqu’il y a un alcoolisme chronique avéré, on considère que les taux doivent diminuer d’environ 50 % dans les 10 jours qui suivent l’arrêt de l’alcool. Le retour à la normale des GGT est obtenu dans les deux mois. Si, malgré l’abstinence, les taux restent élevés, il faut rechercher une autre cause (rechute alcoolique éventuelle, pathologie méconnue, foie « atteint »...). Enfin, il faut savoir que certains alcooliques chroniques ont des taux normaux de GGT, ce qui complique le diagnostic d’alcoolisme.

(*) UI/l : Unité Internationale/litre

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