Mercure par-ci, mercure par-là…

Rubrique

Coup de projecteur sur un poison discret, mais pourtant très présent

L’homme extrait le mercure dont il a besoin à partir d’un minerai appelé cinabre. Le mercure est notamment utilisé dans :
- l’industrie chimique (fongicides, peintures...)
- l’activité aurifère (orpaillage)
- les amalgames dentaires (lesquels représentent la première et principale source d’exposition humaine au mercure dans les pays développés) (1)
- certains vaccins (ceux contenant du thiomersal)
- les thermomètres médicaux
- les piles boutons
- les lampes basse consommation (2) qui, une fois hors d’usage, sont considérées comme des déchets dangereux à ne surtout pas jeter à la poubelle ! Les rapporter à son revendeur ou à un point de collecte (3) pour permettre leur recyclage.
À cette liste non-exhaustive, on ajoutera les cours de chimie à l’école, au cours desquels certains professeurs, insuffisamment informés sur les dangers du mercure, laissent les élèves jouer avec de petites billes de mercure lors d’expériences de chimie «amusantes»...

Par ailleurs, l’incinération des déchets conduit à des émissions de mercure importantes. En revanche, ce que l’on sait moins, c’est que la combustion du charbon – naturellement contaminé par le mercure – conduit aussi à l’émission de mercure dans l’atmosphère. Étant donné la croissance de consommation de charbon dans le monde, il faut donc logiquement s’attendre à une augmentation des émissions de mercure. Un récent rapport du PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement) considère que la combustion du charbon et l’incinération des déchets représentent aujourd’hui environ 70 % du total des émissions de mercure quantifiées.
Le mercure est un métal lourd qui émane naturellement des roches, du sol, des volcans et des évents marins. À ce sujet, une menace potentielle demande à être davantage étudiée : en effet, le réchauffement climatique risque de déclencher la réactivation d’anciens dépôts de mercure, suite à l’érosion et à l’accélération de la fonte du permafrost (4), qui représente tout de même 20 % des terres émergées de l’hémisphère Nord ! La chaîne alimentaire peut s’en trouver sérieusement affectée, l’inquiétude portant plus particulièrement sur les poissons prédateurs et les mammifères marins, situés au sommet de la chaîne.
Achim Steiner, directeur exécutif du PNUE, a récemment lancé un appel pour que gouvernants et industriels du monde entier prennent enfin le problème du mercure à bras le corps, en se donnant pour objectif l’élimination à long terme de tous les produits et procédés à base de mercure. En juillet 2007, le Parlement européen a définitivement adopté une directive interdisant la commercialisation d’instruments de mesure au mercure, tels que thermomètres et baromètres (5).
Thermomètre à mercure : que faire quand il se brise ?
Beaucoup de thermomètres à mercure demeurent en circulation. La plupart d’entre nous n’ont aucune idée de la conduite à tenir en cas de bris de thermomètre à mercure. Comment pourrait-il en être autrement, quand on sait que la vente de ces produits n’était pas accompagnée d’une notice de précaution d’emploi en cas de bris ! Aussi, voici un tableau indiquant les bons réflexes à avoir lorsqu’un thermomètre de ce type se casse. Et tout aussi important, les réflexes à SURTOUT éviter.

LES MAUVAIS RÉFLEXESLES BONS RÉFLEXES
- Passer l’aspirateur = risque maximum (le mercure est vaporisé et remis en circulation).
- Utiliser un balai.
- Jeter le mercure dans l’évier (le mercure s’accumule dans le siphon et il est libéré en vapeurs avec l’eau chaude).
- Collecter le mercure par feuille, essuie-tout, ruban adhésif.
- Placer le mercure dans une boîte hermétique en plastique.
- Remettre le mercure à une pharmacie ou un établissement de soins.

La récupération est plus difficile lorsque le mercure tombe sur une moquette. Dans ce cas, la collecte est facilitée par le saupoudrage de la zone avec de la poussière de zinc, avec laquelle le mercure va s’amalgamer.
Garder à l’esprit que la pire des solutions consiste à utiliser un aspirateur. L’aspirateur chauffe le mercure, le vaporise, et recontamine les pièces à chaque utilisation.

(1) De par leur activité, les dentistes et leurs assistantes peuvent être victimes d’intoxication chronique au mercure. Il n’est pas rare que l’air de certains cabinets dentaires contienne des concentrations de vapeurs de mercure nettement supérieures à la norme maximum de 1 μg/m3. On sait combien le cerveau est un organe cible du mercure. Or, des études épidémiologiques menées en Suède ont montré que les dentistes et leurs assistantes avaient 2 à 3 fois plus de cancers du cerveau que le reste de la population. Pour en savoir plus sur les dangers du mercure dentaire, se reporter à mon article paru dans le n° 88 de Belle-Santé, ainsi qu’aux extraits du livre de Françoise Cambayrac, parus dans le numéro précédent de Belle-Santé.
(2) Un gaz à base de mercure est présent dans le tube de la lampe.
(3) Castorama, Leroy-Merlin, Casino, Carrefour, Printemps... Se connecter à www.recylum.com pour connaître le point de collecte le plus proche de chez soi.
(4) Le permafrost est un sol qui se maintient constamment à une température égale ou inférieure à 0° durant au moins deux ans. Il peut s’agir d’une terre sèche et froide ; d’une terre froide gorgée d’eau salée ; d’amas ou de masses de glace ; de terre ou de roc gelé.
(5) Dans le cadre d’une stratégie globale visant à diminuer l’exposition de la population européenne au mercure, la Commission européenne examine actuellement l’avenir des amalgames dentaires. Rappelons que la Suède ne rembourse plus les amalgames depuis 1999, tandis que l’Allemagne a restreint leur usage. Dernière minute : depuis le 1er janvier 2008, l’emploi du mercure dans les amalgames dentaires est interdit en Norvège.

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