Le puzzle Alzheimer

Les quatre piliers de la maladie
Rubrique

Alzheimer est une maladie chronique complexe qui ne se résume pas à une accumulation de « plaques » dans le cerveau. 
Une approche globale de la maladie nécessite la prise en compte d’autres paramètres (métabolisme énergétique, stress oxydatif, poids de la génétique...) que l’on peut regarder comme autant de pièces d’un puzzle : le « puzzle » Alzheimer. 

Zoom sur les quatre principales pièces de ce puzzle.

Dans sa forme tardive, de loin la plus répandue, la maladie d’Alzheimer repose sur quatre grands piliers :

une susceptibilité génétique (présence du gène apoE sous sa forme E4) ;

une crise énergétique neuronale marquée par une diminution très précoce du métabolisme du glucose ;

des défaillances dans la régulation de deux protéines inoffensives au départ, mais qui deviennent toxiques pour le cerveau (protéine amyloïde + protéine tau) ;

une dégradation du terrain biologique s’exprimant notamment sous la forme d’un stress oxydatif qui fragilise en premier lieu les mitochondries, des petites structures spécialisées assurant la production d’énergie dans les neurones.

Le cadre étant posé, analysons maintenant d’un peu plus près ces différents piliers, qui constituent autant de pièces essentielles du puzzle Alzheimer.

Le pilier des protéines neurotoxiques

La maladie d’Alzheimer se caractérise par des défaillances dans la régulation de la protéine amyloïde et de la protéine tau. Cela a pour effet de favoriser la formation des lésions spécifiques de la maladie : plaques séniles à l’extérieur des neurones et enchevêtrements de filaments à l’intérieur des neurones.

Cette hypothèse est connue sous le nom de théorie de la cascade amyloïde. « Amyloïde » parce que dans l’histoire naturelle de la maladie d’Alzheimer, ce sont les plaques amyloïdes qui apparaissent en premier dans le cerveau, et de façon très précoce, qui plus est. Selon la théorie, la constitution de ces dépôts amyloïdes initie une « cascade » d’évènements, en particulier le développement d’enchevêtrements de filaments à l’intérieur des neurones, des filaments dont la brique élémentaire est la protéine tau.

Le pilier de l’énergie

La maladie d’Alzheimer se caractérise par une crise énergétique liée à la fois à la diminution du métabolisme du glucose (principal carburant des neurones) et au dysfonctionnement des mitochondries (qui sont autant de centrales énergétiques à l’intérieur de la cellule).

Cette théorie est connue sous le nom de théorie de la cascade mitochondriale, en référence aux mitochondries qui fournissent à chacune de nos cellules l’énergie dont elles ont besoin sous la forme d’une molécule énergétique appelée adénosine triphosphate ou ATP. Preuve que le cerveau est très gourmand en énergie, il y a dix fois plus de mitochondries dans un neurone que dans une cellule ordinaire !

Le pilier du terrain biologique

« De même qu’une plante prospère ou non selon la qualité du terrain dans lequel elle croît, de même nos cellules, et les organes qu’elles forment, fonctionnent correctement ou non, selon le "terrain" dans lequel elles se trouvent. » (Christopher Vasey, naturopathe)

Cette règle s’applique aussi aux maladies, qui ne peuvent prospérer que sur un terrain favorable à leur développement. C’est ainsi le cas de la maladie d’Alzheimer, qui se développe sur un terrain oxydé.

Le terrain s’oxyde lorsque l’organisme a du mal à lutter efficacement contre l’excès de radicaux libres. Un phénomène qui a tendance à s’accentuer à mesure que l’on vieillit. D’où la théorie oxydative du vieillissement, selon laquelle le stress oxydatif provoqué par l’accumulation de radicaux libres est non seulement à l’origine d’un vieillissement prématuré de l'organisme, mais aussi de la survenue ou de l'aggravation de nombreuses pathologies, surtout de type inflammatoire ou dégénératif - dont la maladie d’Alzheimer.

Le pilier génétique

On ne peut faire abstraction de la piste génétique dans la maladie d’Alzheimer.

La forme précoce de la maladie, très rare (< 1 % des cas), est une forme familiale héréditaire causée par des mutations sur l’un des 3 gènes impliqués dans le métabolisme de la protéine amyloïde : gène de la protéine précurseur de l’amyloïde (APP) et gènes de la préséniline 1 et 2 (PS1 et PS2).

Les mutations subies par ces gènes se traduisent par une surproduction de protéines amyloïdes que le cerveau n’arrive plus à éliminer correctement. Du coup, ces protéines s’agrègent et finissent par former autour des neurones les fameuses plaques amyloïdes qui ont notamment pour inconvénient de bloquer la neurotransmission. 

La forme tardive de la maladie, très répandue (> 99 % des cas), est une forme non héréditaire à forte composante génétique. Par composante génétique, il faut entendre qu’il existe un certain nombre de gènes de prédisposition qui augmentent le risque de développer la forme tardive de la maladie. Ces gènes ne causent pas directement la maladie, mais rendent plus susceptibles de la développer à un moment ou à un autre – d’où le fait que l’on parle aussi de « susceptibilité génétique ». Parmi tous les gènes de prédisposition découverts à ce jour, un seul a un impact véritablement majeur sur le risque de développer la forme tardive : apoE allèle epsilon4, plus simplement appelé apoE4.

La littérature scientifique à disposition montre que le fait d’être porteur du gène apoE4 est associé à une survenue plus précoce de la maladie mais aussi à :

• Une atrophie plus marquée du lobe temporal médian, composé du cortex rhinal, de l’hippocampe et de l’amygdale, chez les patients atteints de troubles cognitifs légers ou de la maladie d’Alzheimer (un brin ennuyeux quand on sait qu’il s’agit de la région à partir de laquelle la maladie se propage dans le cerveau !) ;

• Une diminution significative du métabolisme cérébral du glucose chez les sujets atteints de troubles cognitifs légers ou de la maladie d’Alzheimer, en particulier dans le lobe temporal médian (encore lui !) ;

• Une dégradation du fonctionnement des mitochondries, d’où une diminution du niveau de production énergétique ;

• Une augmentation des dépôts amyloïdes et une élimination plus difficile des protéines amyloïdes ;

• Enfin, une moins bonne élimination des métaux toxiques du cerveau s’expliquant par le fait qu’apoE4 se lie moins bien à ces mêmes métaux.

Dans le prochain numéro, conseils et solutions nutritionnelles pour préserver votre santé cérébrale le plus longtemps possible.

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