Le régime des glucides spécifiques (RGS)

Colopathie, maladie de Crohn, colite ulcéreuse, diverticulose, diarrhées chroniques mais aussi autisme, hyperactivité, schizophrénie, etc. Une mauvaise digestion des glucides pourrait bien être à l’origine, non seulement des désordres digestifs qui nous empoisonnent la vie, mais également des troubles du comportement… Et je ne parle pas seulement des sucres rapides (à IG élevé) ou du blé diabolisé, mais de tous les glucides, y compris nos bien-aimées céréales complètes. Cette idée a de quoi heurter les esprits. Et pourtant…

Des médecins, comme les regrettés Dr Seignalet et Catherine Kousmine, ont mis en évidence le rôle de l’alimentation dans la genèse de nombreux troubles de santé. Grâce à eux, la nécessité de manger différemment pour se sentir mieux commence à intégrer les esprits et c’est tant mieux. Mais il y a un hic… La plupart de ces régimes sont basés sur des interdits à respecter à vie. Sans gluten, sans caséine, sans soja… Doit-on vraiment s’en passer définitivement ? Et si la réponse était dans nos intestins ? Plein feu sur une autre voie pour guérir.

C’est dans les années 60 qu’Elaine Gottschall, une biologiste moléculaire et cellulaire américaines, commença à s’intéresser au sucre, à ses effets sur le système digestif et à son rôle dans les maladies inflammatoires. En effet, sa petite fille guérit complètement de la maladie cœliaque grâce à un régime excluant toutes les formes de sucres et céréales. Par la suite, Madame Gottschall compléta sa formation d’un doctorat et consacra sa vie à des recherches sur les effets des divers sucres sur les cellules des intestins et sur leur rôle dans les troubles neurologiques. En 1994, elle publia le livre Breaking the vicious cycle (Sortir du cercle vicieux, ndlr), ouvrage qui fait la synthèse des recherches sur le sujet et détaille son programme alimentaire : le régime des glucides spécifiques ou RGS, un plan alimentaire qui bouscule la plupart des idées reçues en matière de nutrition.

Plus près de chez nous, à Cambridge, le Dr Campbell-McBride, auteur de Gut and Psychology Syndrome (Intestin et Syndrome Psychologique, ndlr) est spécialisée dans le traitement d’enfants et adultes atteints de troubles de comportement. Elle y soigne également des personnes souffrant de colopathie ou de maladies du système immunitaire. Dans les deux cas, le Dr Campbell se fie au régime des glucides spécifiques. Elle sait de quoi elle parle, c’est avec cette méthode qu’elle a guéri son fils autiste.

Mais comment une tartine de pain complet peut-elle influencer un enfant autiste ? Et comment l’inoffensif riz, même autorisé par feu le Dr Seignalet, peut-il aggraver une colite ulcéreuse ? Suivez le guide.


Les acides gras saturés de la viande, du poisson, de la noix de coco, de palme ou encore du vrai beurre frais aident à la reconstruction de la muqueuse intestinale…

Que se passe-t-il donc dans nos intestins?

Comme les colopathes ou les victimes de candidose, les enfants atteints de troubles du comportement souffrent presque tous de problèmes digestifs appelés « dysbiose intestinale ». La dysbiose intestinale se caractérise notamment par un déséquilibre de la flore et une paroi intestinale endommagée ou carrément perméable. En d’autres termes, la muqueuse intestinale devient poreuse et laisse passer dans le sang des toxines et résidus d’aliments non digérés qui n’auraient jamais dû s’y trouver. Souvent à l’origine de réactions allergiques ORL ou digestives, ces substances toxiques passant dans le circuit sanguin provoquent également (comme je l’ai souligné dans mon article sur le syndrome de Landau-Kleffner, voir Belle-Santé n° 87) des symptômes psychologiques et neurologiques divers.
Mais qu’est-ce que les glucides ont à voir là-dedans, me direz-vous ? Un peu de patience, on y arrive.

La muqueuse de l’intestin est recouverte de petites « dents », un peu comme les poils d’une brosse. Ce sont les villosités intestinales.

Scénario A : tout va bien. Elles captent alors les éléments nutritifs et sécrètent des enzymes nécessaires à la décomposition des hydrates de carbone afin que ceux-ci soient correctement assimilés par l’organisme. La maltase décompose le maltose des céréales, la lactase le lactose du lait etc.

Malheureusement, une personne sur trois aurait les intestins en plus ou moins mauvais état. On passe alors au scénario B. Lorsque la paroi intestinale est abîmée, les villosités sont endommagées et ne peuvent plus assurer leur fonction de décomposition des sucres et amidons. Ces derniers ne sont donc plus correctement absorbés (à l’exception des monosaccharides du miel et des fruits qui passent directement dans le sang sans modification chimique). Ils fermentent alors et font le régal des champignons, levures et autres bactéries pathogènes, qui produiront à leur tour nombre de toxines qui, entre autres dégâts, inhibent la production d’acide chlorhydrique dans l’estomac. Et c’est le début du cercle vicieux…

Ces envahisseurs se développent aux dépens de la flore intestinale bénéfique, elle-même garante d’un système immunitaire sain et efficace. Mais ce n’est pas tout: l’intestin, mis à mal, est alors incapable de produire les nutriments normalement produits par une flore intestinale saine, ni d’assimiler les nutriments apportés par l’alimentation. Par conséquent, c’est la porte ouverte aux carences de toutes sortes…

Un régime pour soigner l’intestin

Que faire alors ? Tout simplement reconstruire la paroi intestinale afin qu’elle joue à nouveau correctement son rôle de barrière et, bien-sûr, rééquilibrer la flore intestinale. C’est le rôle du régime des glucides spécifiques.

Pour un intestin fragilisé, les féculents, farineux et sucres font l’effet de l’huile versée sur le feu, ils entretiennent l’inflammation et nourrissent la flore déviante. Et, malgré les nombreuses vertus des céréales complètes pour la santé, leurs fibres sont beaucoup trop agressives pour un intestin malade. Seule solution : évincer totalement sucres et céréales de son alimentation… pendant un temps.

C’est loin d’être facile, mais le jeu en vaut la chandelle.

Après quelques mois à une année de régime, les patients du Dr Campbell peuvent recommencer à manger des laitages ou des aliments riches en gluten. En effet, une fois l’intestin guéri, celui-ci est de nouveau à même de décomposer efficacement sucres et amidons. Bonne nouvelle, non ?

Et quid des autres aliments ?

Là encore, le régime des glucides spécifiques bouscule les idées reçues car il autorise et même recommande les graisses… saturées. Non, vous n’avez pas mal lu. Comme l’explique très bien le Dr Campbell dans son livre, les acides gras saturés de la viande, du poisson, de la noix de coco, de palme ou encore du vrai beurre frais aident à la reconstruction de la muqueuse intestinale. Consommer suffisamment de graisses non manipulées permet de lutter contre les ravages occasionnés par les sucres ; et les graisses précitées ont, en outre, une action antimicrobienne appréciable. La digestion et l’assimilation des huiles végétales, tout bénéfiques soient-elles, nécessitent, quant à elles, trop de travail pour les intestins en souffrance. Il est inutile de dire que toutes les graisses trans et hydrogénées de toutes sortes sont bien entendu totalement à proscrire.

Attention, manger des graisses saturées ne veut pas dire engouffrer un steak de 500 g ou la moitié du pot de beurre mais choisir des graisses animales d’ excellente qualité et les consommer régulièrement mais avec parcimonie. Vous avez saisi la nuance.

Pour le reste, le régime des glucides spécifiques insiste sur l’ importance de consommer des aliments frais, non manipulés et de bannir tous les plats préparés et/ou contenant des additifs, ainsi que tous les aliments industriels. Ouf, nous revenons en terrain connu là.

Aliment « OUI »

  • Viandes, poissons, œufs (provenant d’animaux en liberté et nourris sainement)
  • Les châtaignes
  • Le miel
  • Les jus de légumes frais
  • Les légumes
  • Les légumineuses (sauf les pois chiches) bien cuits et/ou en purée
  • Les oléagineux sans la peau et de préférence trempés
  • Les fruits frais et fruits secs (sans additifs, ni sucre)
  • Les fromages au lait cru et affinés de plus de trois mois (si vous les tolérez) et le beurre de lait cru

Aliments « NON »

  • Toutes les céréales (blé, maïs, avoine, orge, kamut, sarrasin, riz…) qu’elles soient à gluten ou non, et les pommes de terre
  • Tous les produits dérivés des céréales (farines etc.)
  • Tous les autres sucres, y compris naturels, les sirops, l’alcool
  • Tous les aliments industriels, les plats préparés, les conserves…
  • Le soja
  • Les pois chiches
  • Les oléagineux avec la peau
  • Tous les produits laitiers frais (yaourt, lait, crème, fromage frais…), trop riches en lactose

Remarque : Les listes du Dr Campbell et d’Elaine Gottschall sont légèrement différentes. Pour les détails, référez-vous aux ouvrages cités ci-dessous.

À LIRE
Uniquement en anglais, malheureusement. Avis aux éditeurs intéressés…
Gut and Psychology Syndrome, du Dr Natasha Campbell-Mc Bride aux éditions Medinform Publishing 23,48 €
– Breaking the Vicious Cycle: Intestinal Health Through Diet, d’Elaine Gloria Gottschall aux éditions Kirkton pr Ltd 18 €
En français
– Ecosystème intestinal et santé optimale : Nouvelle approche diagnostique et thérapeutique, du Dr Georges Mouton aux Editions Marco Pietteur 30 €

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