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Les femmes semencières

jeu, 15/12/2011 - 16:50 -- Rebelle-Santé
Rubrique : 

Les femmes semencières se dressent contre le vol et la dénaturation de la graine et plus encore pour la renaissance d'une agriculture vivante et variée.

Daniel VIGNAT

Depuis l’aube des temps, les femmes sèment, produisent, récoltent, cuisinent, conservent. Elles nourrissent l’humanité. Le rôle premier de la semence a été reconnu jusque sur nos pièces de monnaie au siècle dernier. Belle Marianne, figure de la révolution française au bonnet phrygien, semant sous un soleil radieux. Présente aussi sur les pièces d’un demi-dollar américain et appelée « walking liberty » ( !).
Mais où est la liberté de semer la vie avec des graines non-reproductibles ? La nature a été privée de sa générosité par des industriels qui ont fait de la semence une marchandise éphémère, chère et nuisible. Alors, pour les semeuses, finie la liberté. Les nouvelles semeuses, qu’on appelle aujourd’hui femmes semencières, sont aussi des révolutionnaires. Elles se dressent contre le vol et la dénaturation de la graine et plus encore pour la renaissance d’une agriculture vivante et variée. Leur élan est fort, car elles savent que l’autonomie semencière, c’est l’autonomie alimentaire.

LA SEMENCE DANS TOUS SES ÉTATS
La rupture du cycle de la nature par « les saigneurs de la terre », est parfaitement racontée et expliquée dans un documentaire de 19 minutes de Christophe Guyon : La semence dans tous ses états. Tandis que les femmes semencières sèment des graines naturelles, des associations comme Kokopelli assurent la conservation et l’échange de variétés anciennes.

Dans ce film, Jocelyn Moulin nous résume l’histoire : « …ainsi la nature donnait-elle chaque année ses graines. Mais depuis que le cercle a été rompu, pas question de faire ses propres graines, les paysans doivent les acheter et renoncer à leur autonomie. Depuis des milliers d’années jusqu’aux années 1950, la semence reproductible et adaptée au territoire se transmettait dans les familles et les villages. Mais tout s’est renversé et, sur le marché, on ne trouve plus que des hybrides F1 et des "clones chimériques brevetés" ».

Schématiquement, on peut dire qu’aujourd’hui, neuf transmultinationales contrôlent 90 % de la semence mondiale, blé et riz confondus. Plus rien n’est reproductible, la semence est séquestrée par ceux que Jocelyn appelle, trop aimablement « les grands coquins ». Le paysan indien, incapable de racheter la semence, ruiné, est amené à vendre un rein, un enfant, sa ferme ou à se suicider. 50 000 suicides par an ! Drame que l’Indienne Vandana Shiva a pu partiellement endiguer ces dernières années.

Pour Pierre Rabhi, également présent dans le film de Christophe Guyon : « Quand arrive notre civilisation, la modernité, on change de paradigme en donnant une prépondérance à l’argent. On en arrive à faire du profit même avec le patrimoine de l’humanité, normalement inaliénable. Et pour faire de ce hold-up un profit maximal, on manipule les graines en hybrides et en OGM. Ces pratiques, ajoutées au changement climatique, peuvent nous mener à une absence de récoltes et à une pénurie mondiale sans précédent sous forme de famine immédiate. »

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Voir aussi : 

Kaydara : l'autonomie par les semences

mer, 01/05/2013 - 00:00 -- Christophe Guyon
Rubrique : 

Dans cette ferme-école de l’ouest sénégalais, on apprend les techniques d’agroécologie pour se libérer du fléau de l’agrochimie. Au cœur de la question de l’autonomie alimentaire se trouve la production de la semence, qu’il vaut mieux savoir maîtriser. Le Mouvement Femmes Semencières a réalisé sa première action de formation à Kaydara et créé au Sénégal un premier groupe de femmes participant à ce réseau mondial.

Graine d’espoir en Haïti

mar, 23/07/2013 - 20:01 -- Christophe Guyon
Rubrique : 

Début 2013, un groupe de Femmes Semencières a été créé en Haïti, dans le sud-est de l’île. Une poignée de femmes, parmi les plus démunies, ont suivi la première formation à l’agroécologie et à la reproduction de semences. Sans doute le début d’une longue aventure.

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