LA CDT : un marqueur performant dans le diagnostic de la dépendance à l'alcool

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Médecine du travail, service d’alcoologie, aptitude au permis de conduire… sont trois situations dans lesquelles peut être réclamé le dosage de la « CDT », un marqueur très spécifique de l’alcoolodépendance.

Gamma-GT (GGT), volume globulaire moyen des globules rouges (VGM) ou encore transaminases hépatiques (SGOT)… les indicateurs d’une consommation excessive d’alcool ne manquent pas, dès lors qu’il s’agit de confirmer un diagnostic clinique, bien souvent évident. En clair, devant une personne qui porte déjà les stigmates d’une consommation excessive quotidienne.

Pièges diagnostiques

Pour autant, notamment chez les sujets devenus récemment dépendants à l’alcool, le diagnostic n’est pas toujours facile quand les stigmates sont encore absents. Autre problème, chez des gens totalement abstinents, ces paramètres peuvent être augmentés du fait de la prise de certains médicaments ou en cas de maladies hépatiques. Parce qu’elle est très spécifique, le dosage de la CDT permet d’éliminer ou de confirmer le diagnostic tout en minimisant les risques de se tromper (GGT élevées mais sujet abstinent, GGT normales chez un sujet dépendant).

Notion de spécificité et de sensibilité

Difficile de parler de la CDT et des autres marqueurs biologiques de l’alcoolodépendance sans évoquer auparavant les notions de spécificité et de sensibilité qui caractérisent les marqueurs en général :
Un test (ou marqueur) est dit très spécifique lorsque le test est présent seulement chez les sujets malades. En ce domaine, la CDT a une spécificité d’environ 80 à 97 % selon les études. En d’autres termes, seuls 3 à 20 % de personnes ont un test positif alors qu’ils ne consomment pas d’alcool.

Un test est dit très sensible lorsque le test est positif chez tous les malades. La sensibilité de la CDT varie de 50 à 80 % selon la présence ou non d’une atteinte hépatique, comme la cirrhose. Rappelons que la cirrhose peut être la conséquence d’une alcoolodépendance ou d’une hépatite virale.

Schématiquement, de tous les indicateurs biologiques d’alcoolodépendance dont dispose le médecin (GGT, transaminases, VGM…), la CDT est donc la plus spécifique et la plus sensible.

Alors la CDT, quésaco ?

La transferrine est une glycoprotéine, autrement dit une combinaison d’un élément protéique associé à un sucre. Le foie lui greffe de l’acide sialique, transformant la transferrine en transferrine « sialylée ». Problème, la consommation d’alcool entraîne la perte de cet acide sialique. La transferrine privée de cet acide est appelée CDT, qui correspond au terme anglo-saxon de carbohydrate–deficient transferrin.

Un taux normal inférieur à 1,7 %...

Le dosage de la CDT qui s’effectue dans le plasma sanguin nécessite donc une prise de sang. Le taux de CDT s’exprime en pourcentage de transferrine non sialylée par rapport à la transferrine sialylée. Pour des raisons assez complexes, cette perte d’acide sialique ne concerne pas toutes les molécules de transferrine sialylée, mais une fraction seulement. On considère que le taux normal de CDT doit être inférieur à 1,7 % lorsqu’on ne consomme pas d’alcool, ou alors de façon très raisonnable.

… et supérieur en cas d'alcoolodépendance

En d’autres termes, en cas d’alcoolodépendance, le taux de CDT est supérieur à 1,7 %, signifiant que plus de 1,7 % de la transferrine circulante dans le sang a perdu son acide sialique. En pratique, le taux de CDT augmente proportionnellement à partir de 50 g d’alcool par jour ou de 6 boissons alcoolisées par jour pendant une semaine. La CDT n’est pas modifiée en cas d’alcoolisme aigu « accidentel » isolé.

17 jours

C’est le temps moyen réclamé à l’organisme, sevré en alcool, pour voir le taux de CDT divisé par deux. En clair, quand on arrête complètement de consommer de l’alcool, un taux de CDT égal à 3,4 % (1,7 % × 2) redescend à 1,7 % au bout de 17 jours. On comprend dès lors l’intérêt du dosage de la CDT dans la surveillance d’un sevrage alcoolique au cours d’une cure de désintoxication.

Exceptions

Certaines situations ou pathologies peuvent augmenter le taux de CDT en l’absence d’alcoolodépendance :

  • Grossesse
  • Cirrhoses du foie
  • Mutations génétiques de la transferrine
  • Variations ethniques
  • Hépatites chroniques actives alcooliques
  • Intoxications à certains métaux

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