Du sang dans les urines, est-ce grave ?

sam, 02/04/2016 - 13:48 -- Dr. Daniel Gloaguen
Rubrique : 

Il est toujours angoissant pour un patient de souffrir d’une hématurie, autrement dit d’uriner du sang. Pour autant, la présence de sang dans les urines n’est pas toujours synonyme de gravité ou d’urgence.

Impossible de passer à côté d’un saignement urinaire, ou hématurie, lorsque les urines sont bien rouges. Rappelons que la couleur rouge du sang est liée à la présence des globules rouges (hématies), naturellement riches en hémoglobine à l’origine du pigment. Des urines sanglantes correspondent donc à la présence d’hématies dans le liquide urinaire. En temps normal, les urines en sont dépourvues.

VISIBLE OU NON À L’ŒIL NU

Schématiquement, des urines sanglantes recouvrent deux cas de figure. On distingue en effet :
> L’hématurie dite « macroscopique », où le sang est visible à l’œil nu. Les urines sont franchement sanglantes, ou fortement colorées en rouge. Elles correspondent à des urines contenant plus de 300 000 globules rouges/mm3 d’urine.
> L’hématurie dite « microscopique », où le saignement urinaire n’est pas visible à l’œil nu mais détecté par un examen complémentaire (analyse d’urines) ou l’usage d’un réactif (bandelette urinaire). Vous l’aurez déjà compris, la découverte d’une hématurie microscopique est souvent fortuite (examen de routine, travail, armée…) et correspond à la présence de plus de 5 globules rouges/mm3.

L’existence d’une hématurie macroscopique ne préjuge pas nécessairement de la gravité de l’affection responsable. Dans le même ordre d’idée, une hématurie microscopique n’est pas forcément bénigne et peut correspondre au symptôme précoce d’une pathologie grave. Vous l’aurez compris, un bilan à la recherche de la cause est indispensable, que les urines soient franchement sanglantes ou très peu.

CAUSES

  • Infections bactériennes urinaires (cystite) ou prostatiques
  • Tuberculose rénale
  • Adénome ou cancer de la prostate
  • Pyélonéphrite (infection rénale)
  • Calcul rénal
  • Polykystose rénale, hydronéphrose
  • Drépanocytose
  • Traumatisme rénal ou vésical (après un accident ou un choc violent)
  • Polype vésical
  • Cancer rénal ou vésical (attention au tabac, à l’obésité, aux expositions professionnelles…)
  • Cancer de l’urètre
  • Maladies rénales.

LES TROIS TEMPS DE LA MICTION

La présence d’une hématurie isolée, c’est-à-dire sans autre symptôme, ne permet pas d’en définir l’origine. En clair, les reins, les uretères (fins canaux qui relient les reins à la vessie), la vessie, la prostate et l’urètre peuvent être en cause. D’où l’intérêt de bien observer le temps d’apparition du sang dans les urines. En effet, on considère qu’un saignement en tout début de miction (saignement initial) peut correspondre à une irritation de l’urètre ou à un problème prostatique. Un saignement qui ne survient qu’à la fin de la miction (terminal) peut traduire une affection de la vessie. Car les globules rouges, assez lourds, vont tomber au fond de la vessie et les urines de fin de miction correspondent aux dernières à être évacuées. Enfin, un saignement de bout en bout de la miction (total) correspondrait plutôt à une affection rénale, sans pouvoir toutefois exclure une origine vésicale. En pratique, il suffit de se munir de trois verres et d’uriner dans chacun aux trois temps de la miction afin de comparer les colorations correspondantes.

PIÈGES

Le saignement ou la coloration rouge des urines n’est pas nécessairement pathologique. On peut l’observer :
> Lors d’une pathologie de l’appareil génital (méat urinaire, problème vaginal…)
> En cas de prise médicamenteuse (laxatifs, anticoagulants, Rifampicine, Flagyl…)
> Selon l’alimentation (betterave, colorant alimentaire…)
> Après un effort
> Après une activité sexuelle
> Au décours d’une infection virale.

BILAN

La manœuvre des trois verres est importante pour le médecin car le bilan d’exploration qu’il va prescrire dépend de la nature, initiale, terminale ou totale de l’hématurie, des symptômes associés et des facteurs de risque.

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Article paru dans le : 
Rebelle-Santé N° 184

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