Des « psychobiotiques » pour soigner la dépression ?

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On connaissait déjà les probiotiques, bien utiles pour combattre les troubles intestinaux ou l’eczéma atopique, mais, jusqu’à ces dernières années, on ignorait complètement la capacité de certains d’entre eux à agir aussi sur la dépression ou l’anxiété.

Les scientifiques qualifient désormais de « psychobiotiques » cette classe de probiotiques possédant une activité antidépressive ou anxiolytique. Une illustration du lien étroit existant entre sphère intestinale et sphère neuropsychique.

« Exogène » ou « endogène » ?

Il existe différentes façons de classifier les dépressions. L’une d’elles consiste à distinguer les dépressions d’origine exogène de celles d’origine endogène.
La dépression exogène est une dépression « réactionnelle » : elle survient en réaction à certains évènements (perte d’emploi, disparition d’un être cher, rupture sentimentale…). Le burn-out, qui touche de plus en plus de monde, illustre parfaitement ce qu’est la dépression exogène.
Le cas de la dépression endogène est complètement différent, en ce sens qu’aucune raison extérieure apparente ne semble pouvoir expliquer l’épisode dépressif. Autant la dépression exogène possède une forte composante psycho-sociale, autant la dépression endogène invite à explorer la piste biologique.
Il n’est pas rare qu’un processus inflammatoire persistant fasse le lit ou accentue la sévérité d’une dépression ! En toile de fond, les interactions complexes entre système nerveux et système immunitaire. En l’occurrence, on observe un emballement immunitaire se traduisant par des taux sanguins anormalement élevés de composés immunitaires pro-inflammatoires.
L’imagerie médicale a permis de mettre en évidence que les composés immunitaires directement impliqués dans l’inflammation chronique sont également présents dans le cerveau et que cela a pour conséquence de modifier le fonctionnement de ce dernier, au risque de favoriser le développement de troubles de l’humeur ou d’un état d’anxiété.

Le cas de Léa

Exemple d’un enchaînement fatal : Léa est une personne de type mélancolique qui supporte de moins en moins bien le stress qu’elle subit au travail. Elle a déjà connu un épisode dépressif douze ans auparavant, et voilà qu’elle semble à nouveau développer des signes de dépression.
Son quotidien est plus ou moins gâché par des désordres gastro-intestinaux (sensation de ballonnement après le repas, nausées, maux de ventre, mauvaise haleine…). Ce qu’elle ne sait pas, c’est que son estomac ne sécrète plus suffisamment d’acide chlorhydrique (hypochlorhydrie).

L’importance du zinc

La production d’acide chlorhydrique nécessite la présence de zinc. Or le déficit en zinc est chose relativement répandue au sein de la population. Léa est sans doute concernée, d’autant plus qu’elle manifeste certains signes de déficience en zinc tels que cheveux et ongles cassants, et sensibilité aux infections. Par ailleurs, les études épidémiologiques montrent que le fait de manquer de zinc pendant trop longtemps augmente le risque de dépression (idem pour d’autres nutriments tels que le magnésium, les oméga 3 et certaines vitamines du groupe B).

Le SIBO et ses conséquences

La faiblesse chronique du « feu » gastrique chez Léa favorise une prolifération bactérienne dans son petit intestin (intestin grêle). Cette prolifération est classiquement qualifiée de SIBO, acronyme anglais pour « Small Intestin Bacterial Overgrowth ». Le SIBO a pour conséquence d’irriter la muqueuse intestinale qui, à la longue, se fragilise et devient poreuse, laissant passer de plus en plus de toxines bactériennes, d’allergènes alimentaires et de toxiques environnementaux, qui vont activer les voies immuno-inflammatoires de l’organisme, y compris dans le cerveau.

L’exemple des toxines bactériennes

Les lipopolysaccharides (LPS) sont des toxines bactériennes normalement présentes en très faible quantité dans le sang. Différentes études montrent qu’il suffit d'en administrer à de très petites doses à des volontaires pour qu’ils développent, suivant le cas, un état d’anxiété aigu, des symptômes dépressifs, des troubles cognitifs ou une sensibilité exacerbée aux douleurs viscérales (douleur ressentie dans les organes internes) !
Il est également établi que la production d’anticorps contre ces lipopolysaccharides est augmentée chez les personnes atteintes de dépression majeure. Le signe indubitable qu’elles souffrent d’un problème d’intestin poreux ayant manifestement de profondes répercussions sur leur humeur et leur comportement.

Des probiotiques contre le SIBO

Le SIBO étant fortement associé à la dépression et à l’anxiété, Léa a tout intérêt à se tourner vers les probiotiques car ceux-ci peuvent aider à diminuer le SIBO et ses conséquences biologiques (inflammation, stress oxydatif) et neuropsychiques (anxiété et troubles de l’humeur, dont dépression).
Les probiotiques sont des micro-organismes (bactéries, levures) qui contribuent à l’équilibre du microbiote intestinal, composé de cent mille milliards de bactéries ! Les deux groupes les plus représentés sont les lactobacilles et les bifidobactéries. Ils aident à renforcer la barrière intestinale, à combattre les bactéries pathogènes et à soutenir le système immunitaire. Un essai clinique publié en 2010 a démontré l’efficacité des probiotiques – en particulier Lactobacillus casei, Lactobacillus plantarum et Bifidobacterium breve – dans le traitement du SIBO (1).

Des probiotiques aux « psychobiotiques »

Les publications relatives à l’axe intestin-microbiote-cerveau se multiplient. De plus en plus de scientifiques sont tentés de tester l’impact des probiotiques sur la sphère neuropsychique.
Des chercheurs français ont ainsi évalué les effets sur le stress, l’anxiété et la dépression d’une formulation à base de Lactobacillus helveticus et de Bifidobacterium longum chez des adultes en bonne santé. Au bout d’un mois, les chercheurs ont constaté une diminution du niveau de souffrance psychologique au sein du groupe probiotique (moins d’anxiété, moins d’agressivité, moins de déprime) et également une baisse du cortisol (hormone du stress). Les effets sur l’anxiété et la déprime étaient plus marqués chez ceux ayant les taux les plus bas de cortisol (2).
Dans une étude plus récente, des résultats positifs ont cette fois été obtenus chez des patients souffrant d’une dépression majeure. On leur a administré un produit à base de Lactobacillus acidophilus, Lactobacillus casei et Bifidobacterium bifidum pendant 8 semaines. Au final, les chercheurs ont observé une amélioration significative de l’état dépressif des sujets du groupe probiotique. Ils ont également relevé chez eux la diminution de la protéine C-réactive (marqueur classique de l’inflammation) et l’augmentation des niveaux de glutathion (antioxydant et détoxifiant hépatique majeur) (3).

Léa veillera donc à choisir un probiotique associant quelques-unes des espèces utilisées dans le cadre de ces études, tout en sachant que l’efficacité d’un probiotique dépend grandement des souches employées – ainsi que de la qualité intrinsèque du produit.

(1) Soifer LO, Comparative clinical efficacy of a probiotic vs. an antibiotic in the treatment of patients with intestinal bacterial overgrowth and chronic abdominal functional distension : a pilot study, Acta Gastroenterol Latinoam, 2010 Dec
(2) Messaoudi M, Assessment of psychotropic-like properties of a probiotic formulation (Lactobacillus helveticus R0052 and Bifidobacterium longum R0175) in rats and human subjects, Br J Nutr, 2011 Mar
(3) Akkasheh G, Clinical and metabolic response to probiotic administration in patients with major depressive disorder : a randomized, double-blind, placebo-controlled trial, Nutrition, 2016 Mar

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