Surmenage intellectuel

Vite, de la D-sérine pour Coralie !
Rubrique

Bientôt le couperet des examens pour de très nombreux étudiants.
La pression et la charge de travail sont telles que certains risquent de perdre pied et de développer des signes de surmenage : difficultés à se concentrer, trous de mémoire, fatigue persistante, voire épuisement.
C’est ce qui est arrivé à Coralie, qui a néanmoins pu remonter la pente grâce à la D-sérine et quelques autres nutriments bien choisis.

Coralie poursuit de longues études. En cette rentrée 2016, elle s’apprête à vivre une année décisive qui la conduira jusqu’au concours de professeure des écoles. Pour l’aider à mieux résister à la pression, son père lui a conseillé de prendre un extrait de rhodiola, une plante adaptogène particulièrement recommandée en période de surmenage intellectuel et de stress émotionnel. Habituellement, cette plante donne d’excellents résultats chez les étudiants en pleine préparation d’examens, mais cela n’a pas été le cas chez Coralie que sa famille a retrouvée dans un état de grande fatigue, pour ne pas dire d’épuisement, au moment des vacances de février 2017. Il fallait donc faire quelque chose rapidement pour ne pas qu’elle hypothèque sérieusement ses chances de réussite aux examens.

La « nutri » au secours de la « phyto »

La fatigue persistante qui accable Coralie émousse ses capacités de concentration et de mémorisation. Plutôt embêtant à deux mois des examens… Je lui suggère donc la mise en œuvre d’une thérapie micronutritionnelle fondée sur le recours à des ingrédients à même d’améliorer le métabolisme énergétique cérébral et le fonctionnement de la voie d’un neurotransmetteur majeur associé à l’apprentissage et la mémorisation : le glutamate.

Mise au point à propos du glutamate

Du glutamate, on n’en connaît essentiellement que la face sombre, représenté par le glutamate monosodique (E621), un exhausteur de goût largement utilisé par l’industrie alimentaire. C’est ce glutamate industriel ajouté sous forme libre aux aliments transformés qui pose problème et non le glutamate naturel sous forme liée, autrement dit non séparée de son environnement alimentaire (1).

Quand la forme compte plus que le fond…

Il existe une substance naturellement produite dans le cerveau qui participe au bon fonctionnement de la voie du glutamate, et plus particulièrement au bon fonctionnement de récepteurs au glutamate appelés récepteurs NMDA. Cette substance dont vous entendez sans doute parler pour la première fois n’est autre que la D-sérine. Le cerveau ne fabrique pas la D-sérine ex nihilo. Il se limite en fait à modifier la conformation spatiale de cet acide aminé en le faisant passer de la forme L (levogyre) à la forme D (dextrogyre). Une tâche dont il ne peut s’exonérer car la sérine est naturellement présente sous forme L dans les aliments (2).

C’est à une enzyme baptisée « sérine racemase » que le cerveau confie la tâche de modifier la conformation spatiale de la sérine. Or, ce travail de conversion ne peut correctement s’effectuer sans la présence de certains cofacteurs, en l’occurrence la vitamine B6, le magnésium et l’adénosine triphosphate (ATP), soit autant d’ingrédients par ailleurs indispensables au cerveau pour produire de l’énergie.

La D-sérine passée au crible des études

La D-sérine se révèle capable de bonifier les capacités intellectuelles et d’améliorer l’humeur. Ses effets psycho-neurologiques ont été étudiés chez les animaux et les êtres humains, en prise unique ou prolongée.

Des études randomisées ont montré qu’une prise unique à dose suffisante – soit autour de 2 g par jour – suffisait pour produire des effets positifs dans les heures qui suivent. On a ainsi observé de meilleurs résultats aux tests d’attention et une réduction des sentiments de tristesse et d’anxiété chez des jeunes adultes en bonne santé (3). D’autres chercheurs ont mis en évidence une amélioration de la mémoire spatiale et des capacités d’apprentissage et de résolution des problèmes chez des personnes âgées de plus de 65 ans (4).

Plus haut, j’ai souligné le rôle majeur que joue la D-sérine au niveau des récepteurs NMDA. Or, un certain nombre de maladies du système nerveux central comme la schizophrénie, l’épilepsie ou la maladie d’Alzheimer, sont reliés à un dysfonctionnement des récepteurs NMDA. Pour l’heure, la D-sérine a surtout été évaluée dans la schizophrénie, une affection dont elle permet de réduire les symptômes, à condition que l’on prenne cet acide aminé à raison de 4 g ou plus par jour.

Des résultats encourageants ont également été obtenus dans le traitement du syndrome de stress post-traumatique et de l’addiction à la cocaïne.

Le « village de la longévité »

Autant d’éléments attestant du fait que la sérine est bénéfique à la santé du cerveau, que ce dernier soit jeune ou âgé. À propos de cerveau âgé, on vient peut-être de découvrir un autre secret des centenaires d’Okinawa qui, non contents d’atteindre un âge canonique, échappent dans une très large mesure à l’inévitable déclin cognitif associé au grand âge. Des chercheurs se sont récemment penchés sur le régime alimentaire de la population d’Ogimi, un village situé à l’extrême nord de l’archipel d’Okinawa (Japon). Ogimi est surnommé le « village de la longévité » car il abrite un nombre important de centenaires. Les chercheurs ont établi que le régime alimentaire des personnes âgées de ce village, notamment fondé sur une consommation importante de tofu et d’algues, leur assurait un apport en L-sérine au moins 3 fois supérieur à celui du régime alimentaire habituel des personnes âgées vivant aux États-Unis (8 g par jour versus 2,5 g par jour) (5).

La leçon à retenir

Comme la phytothérapie n’avait pas produit les effets escomptés, j’en ai déduit que le cerveau de Coralie devait probablement manquer d’un certain nombre de nutriments nécessaires à son bon fonctionnement.

Si une plante peut modifier favorablement la chimie du cerveau grâce à ses principes actifs, elle ne peut en aucun cas le « nourrir ».

Notes :

(1) Sources alimentaires de glutamate naturel : œufs, poissons, produits laitiers, viandes, volailles…
(2) Sources alimentaires de L-sérine : viandes, soja, produits laitiers, blé, arachide…
(3) Levin R, Behavioral and cognitive effects of the N-methyl-D-aspartate receptor co-agonist D-serine in healthy humans : initial findings, J Psychiatr Res, 2015 Feb
(4) Avellar M, The effect of D-serine administration on cognition and mood in older adults, Oncotarget, 2016 Feb
(5) Cox PA, Traditional food items in Ogimi, Okinawa : L-serine content and the potential for neuroprotection, Curr Nutr Rep, 2017

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