Dada...

... une revue pour donner le goût de l’art dès 8 ans

Pas besoin d’être adulte ni même expert pour apprécier l'art. Même si le Musée parfois impressionne, les œuvres sont à portée de tous. C'est pour désinhiber les esprits que, depuis près de 30 ans et 235 numéros, la revue mensuelle Dada* propose ses initiations à l’art dès 8 ans, à la fois exigeantes et accessibles, ludiques et participatives. Indépendante depuis 2008, l'équipe organise aussi des ateliers et collabore avec de nombreux musées dans toute la France.

À 35 ans, Antoine Ullmann est le rédacteur en chef de la revue Dada depuis dix ans. En passionné, il détaille sa démarche qui privilégie une approche sensible et décomplexée des œuvres tout en questionnant les rapports qu’entretiennent les artistes avec le monde et la place qu’ils occupent dans l’histoire de l’art.

Rebelle-Santé : Comment êtes-vous devenu le rédacteur en chef de la revue Dada ?

Antoine Ullmann : J’avais commencé en tant que stagiaire dans la revue avant de devenir rédacteur. J’ai aussi été éditeur au Musée Guimet des arts asiatiques à Paris. La revue a été fondée à Lyon en 1991 par Héliane Bernard et Christian-Alexandre Faure, deux historiens spécialistes. Très vite, au douzième numéro, elle a été rachetée par les éditions Mango à Paris et rattachée ensuite au groupe Média Participations. Quand celui-ci a envisagé de s’en défaire en 2008, je leur ai proposé de racheter la revue et j’en ai poursuivi la publication dans une structure indépendante, avec Christian Nobial, qui était déjà membre de la rédaction. Aujourd’hui, nous sommes trois permanents à travailler sur l’édition de la revue, avec Laetitia Le Moine qui s’occupe de la rubrique « Artualités » sur l’actualité culturelle et qui coordonne les ateliers organisés dans des écoles, des bibliothèques ou des médiathèques. Autour de ce noyau, nous pouvons compter sur une équipe fidèle d’une douzaine d’auteurs réguliers, de trois graphistes et d’une correctrice, les mêmes depuis dix ans !

Pour s’initier à l’art, quelle est la méthode Dada ?

Depuis l’origine, l’ADN de la revue est de mêler histoire de l’art et pratique de l’art. Ainsi, il y a toujours eu des pages pour proposer des ateliers en rapport avec le thème du numéro, pour permettre aux enfants de créer à leur tour, non pas en imitant tel artiste, mais en s’appropriant une démarche artistique pour l’exploiter chacun à sa manière. Même si l’art intimide, ce que tout le monde peut faire sans aucune connaissance artistique, c’est regarder, décrire et définir ce qu’on voit, ce que ça nous évoque et ce que l’on ressent. Cette démarche sensible est à la portée de tous.

Ainsi, dans la revue, nous partons toujours d’œuvres précises, que nous observons et analysons, à l’inverse d’une approche documentaire plus classique où les œuvres servent souvent à illustrer les grandes périodes de la vie d’un artiste ou d’un courant. En prenant le temps de faire parler les œuvres, on peut ensuite les rattacher à des éléments plus biographiques ou thématiques.

Avec Dada, revendiquez-vous la filiation de Tristan Tzara et du dadaïsme ?

Dada, pour l’anecdote, c’est un mot tout simple qui a été choisi par les créateurs de la revue à la fois pour la référence au dadaïsme, mais également parce que c’est un mot du monde de l’enfance, qui évoque une passion, un dada.

Sans aller dans les formes radicales que les dadaïstes du début du XXe siècle ont pu explorer, nous empruntons surtout à Dada le principe de désacralisation et de non hiérarchisation de l’art. La rubrique « ABCD’art » est une rubrique assez représentative de cet esprit. Cet abécédaire qui se lit comme un texte à part entière a d’abord été conçu comme un carnet détachable avant d’être présenté en double page intégrée. À la place d’un glossaire un peu rébarbatif et technique, on choisit des mots-clés surprenants et néanmoins pertinents pour souligner un détail important sur la carrière d’un artiste ou sur une thématique. Même pour les entrées plus incontournables, nous cherchons toujours des anecdotes ou références inattendues.

Quelles ont été les grandes évolutions de la revue depuis 10 ans ?

Dada a d’abord ciblé les enfants d’une dizaine d’années, entre la fin de l’école primaire et le collège. Mais on s’est rendu compte dans la pratique que la revue passait dans les mains de toute la famille, des grands frères et sœurs jusqu’aux parents. Il fallait donc trouver un ton qui corresponde à cette multiplicité de lectures.

Quand nous avons repris la revue en 2008, nous avons remis à plat l’écriture qui avait tendance à se complexifier un peu. Concrètement, pour lire Dada, il n’y a besoin d’aucun prérequis. Si on ne s’interdit pas d’employer des mots techniques, on prend le temps de les expliquer. De plus, dans la maquette actuelle, nous accordons beaucoup plus d’espace à l’image dans un rapport 50/50 avec les textes et nous soignons les reproductions, car si on veut voir les détails à défaut de voir une œuvre en vrai, il faut qu’elle soit suffisamment grande. Nous avons donc proscrit les vignettes.

Qu’est-ce que l’art apporte aux enfants ?

L’art, c’est d’abord du plaisir. C’est quelque chose qu’on ne conçoit pas forcément quand on n’a pas l’habitude de fréquenter les musées. Ce plaisir se situe au niveau des émotions, mais aussi au niveau de la compréhension du monde et de notre histoire dont les œuvres sont des vecteurs. Ça ne veut pas dire que toutes les œuvres procurent les mêmes émotions. Mais, même si on n’est pas réceptif à tout, il y a toujours des œuvres qui nous touchent. L’artiste, c’est d’abord quelqu’un qui invente son propre langage et les artistes ne créent jamais seuls dans leur coin. Ils dialoguent en permanence les uns les autres avec le monde qui les entoure. L’histoire de l’Art permet de confronter les manières de s’exprimer, de mettre en perspective notre histoire avec celles de cultures qui ne sont pas les nôtres. L’art cultive ainsi l’ouverture d’esprit et sensibilise à toutes les cultures à condition de ne pas seulement se limiter aux seuls « beaux-arts ».

Alors qu’à ses débuts, la revue se consacrait essentiellement aux grands peintres ou sculpteurs, nous avons tenu à ouvrir le champ à toutes les formes d’art visuel : le cinéma, le design, l’animation, le street art, l’architecture, la photographie... De Miyazaki à Picasso, il n’y a pas de hiérarchie, mais des logiques et des regards différents.

Au regard de vos parutions récentes, la majorité des sujets semble traiter du XXe siècle, comment choisissez-vous vos artistes ou vos thématiques ?

Au départ, la revue proposait des thématiques générales comme « le portrait » ou « le paysage », avec aussi des propositions plus originales comme « l’eau » ou « le chat ». Aujourd’hui, nous nous concentrons sur des thématiques autour d’un artiste, d’un courant ou d’un genre. Si nous nous orientons vers le XXe siècle et des formes d’art plus contemporaines, c’est qu’il existe clairement une demande du public sur ces sujets-là. Parmi nos abonnés, nombreux sont enseignants, bibliothécaires ou documentalistes à la recherche de sujets moins vus et revus pour les enfants.

Dernièrement, nous avons consacré un numéro au Pixel Art. Même si la pratique du dessin sur papier quadrillé est à la mode chez les enfants, il est difficile de trouver des documentaires sur le sujet qui mettent aussi en perspective l’histoire de cette technique contemporaine avec des pratiques plus anciennes comme la mosaïque. En ciblant des thématiques rarement traitées ou des angles nouveaux, nous veillons aussi sur une année à maintenir un équilibre entre des numéros consacrés à l’art moderne ou à l’art ancien, à des thématiques ou à des artistes.

Dada, c’est un peu une porte d’entrée au musée ?

On a beau apporter beaucoup de soin à la qualité des reproductions, ça ne remplacera jamais le rapport direct avec l’œuvre. Nous espérons donner envie d’aller au musée, d’autant que beaucoup y est fait aujourd’hui pour l’accueil des jeunes publics.

Très récemment, par exemple, le musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon – qui vient de rouvrir – s’est doté d’un nouveau service des publics qui cible tout le monde, y compris les bébés !

Nous collaborons aussi directement avec différents musées pour développer des supports de visites sous l’angle Dada, comme récemment le livret réalisé pour le musée d’Orsay à Paris. Dans les expositions, la revue Dada peut autant servir de guide à nos abonnés que de mini catalogue pour ceux qui l’achètent à la fin de la visite.

Mais s’il est facile d’aller au musée quand on habite Paris ou une grande ville, ailleurs c’est moins évident. Sur nos quelque 6000 abonnés, 70 % habitent en zones rurales. Sans doute que Dada vient aussi combler un manque d’accès à l’art dans les régions excentrées.

Une bibliothèque Dada

Pour fêter les dix ans de son indépendance, en plus de la revue et des ateliers, l’équipe Dada publie aussi des livres.

Antoine Ullmann explique : « Ce sont peut-être une centaine de titres autour de l’initiation à l’art pour les enfants qui sortent par an, publiés autant par des éditeurs spécialisés que généralistes, et nous voulions surtout proposer des livres différents de tout ce qui existe déjà sans rajouter à la surproduction éditoriale. Pour La Ruée vers l’art, nous avons répertorié plus de 300 œuvres de street art qui faisaient allusion à des chefs-d’œuvres allant des grottes de Lascaux à l’art contemporain. Mais l’objectif n’était pas de faire une compilation. Notre choix s’est porté sur les œuvres qui, au-delà du clin d’œil, racontaient quelque chose du monde d’aujourd’hui. »

Comme dans la revue, avec une forme soignée et un fond original, ces livres complètent l’indispensable bibliothèque Dada.

Le Grand inventaire de l’art, somptueusement illustré par Louise Lockart, est accessible dès 5 ans et balaye 30 000 ans d’histoire de l’art découpés en dix grandes périodes.

La Ruée vers l’art interroge une vingtaine d’œuvres de street art qui réinterprètent des chefs-d’œuvre de l’histoire de l’art.

 

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