Les algues vertes, 50 ans de déni

Algues vertes, l’histoire interdite
Inès Léraud et Pierre Van Hove
Éditions Delcourt - La Revue dessinée
19,4 x 25,5 cm
160 pages
19,99 €

En 1971, la première marée d’algues vertes est observée en Bretagne et ce n’est qu’en 1988 que des scientifiques de l’IFREMER (L’Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer) établissent que la cause principale de ce phénomène provient des nitrates issus de l’agriculture intensive. Les algues vertes prolifèrent, s’échouent sur les plages où elles se décomposent en générant de l’hydrogène sulfuré (H2S). Ce gaz toxique a ainsi provoqué la mort de nombreux animaux et même de joggeurs et ouvriers chargés de ramasser ces algues sur le littoral, comme Thierry Morfoisse décédé en 2009 mais dont la mort n’a été officiellement reconnue comme un accident du travail qu’en 2018. Durant l’été 2011, ce sont 36 sangliers, 5 ragondins et un blaireau qui sont retrouvés morts sur les berges de l’estuaire de Gouessant, où on retrouve le corps d’un joggeur en 2016.

Inès Léraud est journaliste. En 2015, elle part s’installer trois ans dans le hameau de Coat-Maël en Centre Bretagne pour enquêter sur la vie en milieu rural. Elle diffuse son Journal Breton, sur France Culture, dans une série de 22 épisodes. C’est dans ce contexte qu’elle commence à investiguer sur les algues vertes et qu’elle rencontre Pierre Philippe, le premier médecin-urgentiste à avoir alerté les autorités sur les risques liés à la prolifération des algues dès juillet 1989 lorsqu’il constate le décès d’un joggeur de 26 ans à l’hôpital de Lannion. Sa demande d’autopsie restera lettre morte. « En creusant les cas de morts suspectes, je me suis laissé happer par ce sujet, et j’ai compris que documenter l’histoire des algues vertes, c’était raconter celle de l’agriculture en Bretagne », écrit la journaliste qui décortique tous les enjeux politiques, économiques et sociaux face à cette catastrophe environnementale et sanitaire. Depuis les premières lois de modernisation agricole et de remembrement des années 1960, l’élevage n’a cessé de s’intensifier en Bretagne, augmentant les teneurs en nitrates déversés dans les rivières. La région produit à elle seule plus de la moitié de la production porcine nationale et un poulet sur trois. Si ces algues sont désormais ramassées très rapidement sur les plages, elles se concentrent encore dans les zones peu accessibles. Pour autant, la diminution du cheptel breton n’est pas à l’ordre du jour. Initialement publié dans La Revue dessinée, ce reportage en BD compile l’affaire dans un dossier complet qui réunit témoignages, documents et archives.

Pierre Van Hove adapte sa palette dans un dessin sobre en aplat vert-bleu-jaune. La mise en images permet surtout de s’arrêter sur les dialogues et les situations, de comprendre tous les enjeux autour d’un système qui ne profite finalement ni au consommateur ni au producteur et de réaliser l’ampleur de la bataille de l’information et de la communication engagée avec les lobbyistes et certains élus. Il ne faudrait pourtant pas désespérer. De nombreux paysans aspirent eux-aussi à un changement du modèle de production. Une nouvelle bataille s’engage sur le terrain d’une écologie paysanne et citoyenne. Un reportage à diffuser massivement et de toute urgence.

Sélection de livres disponibles dans notre boutique

Hydroxyde de magnésium, une panacée à connaître : le Chlorumagène
Les huiles essentielles qui guérissent
L'alimentation santé : les recettes!
Maux de bouche, aphtes, gingivite, rage de dent...