Libérer le corps, physique et psychique

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« Être libre pour la liberté signifie avant tout être délivré, non seulement de la peur, mais aussi du besoin. »
(Hannah Arendt)

Quelquefois, nous n’avons pas besoin d’aller chez le médecin pour guérir. Il nous suffit de prêter attention à notre corps. Oui oui, notre corps, dans son intégralité, au sens réel et symbolique : cœur, cerveau, mains, yeux… Et d’écouter ce qu’il nous dit, et d’y réagir concrètement, en prenant conscience que la vie est un cadeau magique qui n’est pas éternel. Camille S. a fait cela, elle a écouté son corps. Comment ? Je vous raconte…

Assistante de direction dans un endroit très réputé, cette jeune femme travaillait, depuis huit ans, 40 heures par semaine. Tout le monde était content de son travail, mais Camille avait l’impression d’être une esclave. Et comme tous les esclaves, elle ne se sentait pas bien : « Je ne dormais pas, prise de crises d’angoisses la nuit. Mon cerveau continuait à fonctionner…toujours en éveil. Jamais le droit de se lâcher. Parfois, je sombrais dans une spirale noire. Puis, je me réveillais en sursaut et je me trouvais prisonnière dans une cellule close, sans échappatoire possible. Mon corps tremblait, transpirait… »

Elle a fait ce cauchemar toutes les nuits pendant des mois. Elle finissait toujours par se lever et se réfugier au salon. Elle éclairait un coin de la pièce, elle écoutait la radio, essayait de lire pour se calmer.
« Les mois se succédaient et ma fatigue, ma nervosité augmentaient. Mes nuits étaient de plus en plus courtes. J’ai fini par m’installer au salon pour ne pas déranger mon compagnon. Pendant des heures, je déambulais comme une somnambule dans notre petit appartement, tout en sachant que je ne pourrais pas tenir le coup encore longtemps. Je crevais de fatigue, de sommeil, de panique. Les nuits blanches me vomissaient en boucle les mêmes images, la même anxiété… J’étais en train de sombrer, de m’effacer… Je ne reconnaissais plus mon corps, mon visage. »

Le réveil continuait à sonner tôt le matin et Camille se demandait à chaque fois comment elle allait tenir jusqu’au soir : « Mon état de fatigue était de plus en plus troublant, mon entourage me regardait avec inquiétude, pitié et incompréhension. »
À 45 ans, elle encaissait, avec difficulté, les conséquences du changement hormonal. Elle n’acceptait pas de se sentir coincée dans un corps de femme de 45 ans, avec un esprit de jeunette de 25 ans, passionnée de liberté, de solitude, de fugue. Elle devait assumer cette nouvelle condition, celle de femme mûre.

L’avis du médecin

Le médecin de Camille lui a prescrit des antidépresseurs. Comme les résultats de sa prise de sang étaient normaux, son mal-être a été mis sur le compte de l’approche de la cinquantaine. Mais devait-elle vraiment prendre ces médicaments pour continuer à habiter son corps ? À s’occuper de sa fille en demande de tellement d’énergie, d’attention, de patience ?
En rentrant du travail, Camille avait besoin de calme, de silence, de solitude, dans un espace à elle…
Est-ce que les antidépresseurs la rendraient plus disponible pour les autres ? Elle voyait que la plupart des gens dédiaient leur énergie et leur temps à accomplir leurs « rôles », dans une banalité inouïe, tout en restant polis, disponibles, dociles, soumis à la hiérarchie. Devait-elle parvenir à faire de même ?
Les médicaments pouvaient l’aider à perdre sa propre dignité, à faire semblant, à vouer sa vie à des occupations et des préoccupations qui ne lui convenaient pas, ou plus. Alors elle a réfléchi.

La colère et… la révélation

En réfléchissant, elle a constaté qu’elle était en colère, profondément. Son corps, son existence étaient en colère. La révélation de cette colère l’a secouée. Elle a enfin ouvert les yeux. Elle était incapable de continuer à mener une double vie : « Car mes croyances, mes pensées, mes idéaux étaient farouchement opposés au credo que j’étais obligée d’avaler sur mon lieu de travail. J’avais besoin de m’entourer de gens bienveillants, de gens modestes, éloignés de la fureur matérialiste, arriviste. De personnes éloignées de l’aveuglement pervers de la société de consommation, égocentrique, imprégnée d’indifférence, de suffisance. J’avais besoin de profiter de mon enfant, de mon compagnon, de mes ami.es. En fait c’était mon âme qui était malade, je sentais un détachement profond, corporel, cosmique… des autres. »
Elle avait besoin de se retrouver, de récupérer sa dignité.

Une découverte et la force d’agir

Comme par hasard, Camille avait découvert, à ce moment de sa vie, la philosophe Simone Weill. La lecture de ses textes a été un vrai coup de fouet : « Il y a des gens qui n’ont vécu que de sensations et pour les sensations… Ils sont en réalité les dupes de la vie et comme ils le sentent confusément, ils tombent toujours dans une profonde tristesse où il ne leur reste d’autre ressource que de s’étourdir en se mentant misérablement à eux-mêmes. Car la réalité de la vie, ce n’est pas la sensation, c’est l’activité – j’entends l’activité et dans la pensée et dans l’action. » écrivait-elle.

Camille, en lisant Simone Weill, a réalisé qu’en effectuant sans rechigner un boulot « propre et digne », elle se coupait de sa vraie vie : « J’ai raté tellement de belles choses, de promenades, de pique-niques, de couchers de soleil, de spectacles d’école, de repas en famille, entre amis, de concerts d’été, de séances de ciné, de conférences... Mais surtout, j’étais privée de ma personne, de la joie de me sentir forte dans ma solitude, de savourer ma joie de vivre, de décider par moi-même, d’avoir la possibilité de me lever tard, de ne pas me coiffer, de prendre le petit déjeuner au lit, de dévorer des livres jusqu’à l’aube, de me réfugier enfin à la campagne, de retourner à mon enfance, à mes souvenirs et à mes êtres chers… »

Depuis fin juin, elle n’est plus assistante de direction dans une grande entreprise. L’amour et la solidarité qu’elle partage avec ses proches l’ont aidée à prendre cette décision : « Pour la première fois, je toucherai les allocations chômage pendant quelque temps. Qui sait, peut-être que je tomberai dans le piège d’un travail "excitant" d’ici quelques mois, mais ça m’étonnerait.  De toute façon, j’aurai toujours besoin d’un salaire, d’une sécurité. Mais je serai plus vigilante maintenant, pour trouver un emploi en cohérence avec mes idées. »

Agir pour vivre

Camille me raconte, avec un grand sourire dans les yeux, que, depuis fin juin, elle est « comblée avec des choses simples ». Depuis qu’elle a trouvé la force d’agir, de vivre, elle a retrouvé le sommeil. Elle dort, car elle a commencé à prendre contact avec la vie réelle.

Maintenant, elle se prépare à agir, dans la mesure de ses possibilités et de ses capacités, pour le bonheur collectif, pour la planète qui l’héberge : « Je vais faire aboutir des projets et arrêter d’être une simple contemplatrice ». Mais d’abord, elle va se perdre dans les Pyrénées : « Je vais me promener, réfléchir, me réjouir en silence. La vie passe. Je ne peux plus consentir à ce gaspillage de mon être. »

Elle a raison.  La vie passe… Ne la ratons pas…
Je vous souhaite une belle rentrée avec la beauté des choses simples…

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