Préparer une agriculture solidaire pour l’avenir

Les Champs des Possibles : un nouveau modèle de coopérative paysanne
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Depuis plus de 10 ans, la coopérative Les Champs des Possibles, créée en 2009 à l’initiative du réseau des AMAP (Associations pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne) d’Île-de-France, œuvre pour favoriser l’installation d’activités agricoles et rurales au niveau local, en militant pour le développement de l’agriculture biologique en circuits courts. Elle fédère consommateurs, producteurs, commerçants, artisans, collectivités, et invite à repenser concrètement les schémas agricoles de demain.

L’alimentation est au cœur des enjeux sanitaires, écologiques, économiques et sociaux contemporains. Le désir partagé par des citoyens de plus en plus nombreux de manger mieux ne suffit pas. Encore faut-il agir concrètement pour faire du rêve d’un monde plus sain une réalité concrète.

De la parole aux actes, c’est dans ce sens que depuis plus de 10 ans, la coopérative Les Champs des Possibles œuvre en Île-de-France pour le développement d’une agriculture biologique et solidaire, en accompagnant l’installation de nouveaux paysans et artisans sur le territoire, engagés dans des pratiques respectueuses des humains et de l’environnement.

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Une quête de sens

Une ville comme Paris n’a que trois jours d’autonomie alimentaire et, dans le contexte francilien, la production locale en agriculture biologique ne peut répondre à la demande des consommateurs qui a explosé à partir du milieu des années 2000, lorsque se sont structurés les réseaux des AMAP. C’est pourquoi ces associations ont commencé à réfléchir à des solutions pour mettre en place des structures d’accompagnement et de formation, et permettre à de nouveaux agriculteurs de s’installer pour développer une nouvelle agriculture paysanne de proximité.

Toutefois, quand on sait que la tendance est à la diminution des actifs agricoles et qu’un agriculteur sur deux vit avec moins de 350 € par mois, il faut pouvoir convaincre. La réflexion a donc porté sur la mise en place d’un dispositif d’« espace test d’activités agricoles et rurales » pour accompagner et former de nouveaux paysans.

La mise en place de la couveuse

C’est dans ce contexte qu’en 2009 Les Champs des Possibles sont nés, avec au départ un statut associatif, qui visait d’abord à mettre en place un « espace test », autrement nommé « couveuse d’activités agricoles » pour accompagner progressivement l’installation de toutes activités en lien avec la production agricole. Soutenue par le réseau des AMAP d’Île-de-France, la couveuse d’activités agricoles et rurales Les Champs des Possibles propose ainsi un dispositif d’accompagnement personnalisé pour chaque projet, en prenant en charge l’hébergement juridique, social, administratif et notamment toute la comptabilité des futures installations. Via sa fonction « pépinière », la structure Les Champs des Possibles, soutenue par certaines fermes partenaires, met également à disposition les outils de production, c’est-à-dire les terres et les cheptels, les machines, les tracteurs, mais aussi les outils de transformation comme les fromageries ou les fournils. Un parcours en couveuse dure de 1 à 3 ans. Il permet à chaque aspirant de tester son activité en grandeur réelle avant de s’installer, sans investir ni s’endetter, en se formant au métier de paysan selon deux modèles, soit en immersion lorsque le test est hébergé dans des fermes d’accueil et que le porteur de projet se teste et se forme au contact de son tuteur paysan dans une relation proche du compagnonnage ouvrier, soit en autonomie, avec un tutorat plus distant.

Des projets réfléchis et viabilisés

Avant le test d’activité, le projet est réfléchi entre 6 mois et 3 ans. En amont, le pôle Abiosol (Pôle d'accompagnement des projets d'installation agricoles, biologiques et solidaires) a été créé pour accompagner le projet des futurs agriculteurs et agricultrices. Il rassemble quatre structures complémentaires : la coopérative Les Champs des Possibles, le réseau des AMAP, le GAB – pour Groupement des Agriculteurs Biologiques –, organisation professionnelle qui favorise l’échange de savoir-faire au sein des filières bio locales et équitables, et Terre de liens, association-fondation qui propose des outils de finance solidaire pour favoriser l’accès collectif au foncier et au bâti agricole.

Une implantation sur tout le territoire francilien

Après un projet en Seine-Saint-Denis, puis dans les Yvelines, c’est finalement à Toussacq (en Seine-et-Marne) que le projet a démarré en 2009 autour de 2 hectares mis à disposition par Jean-Louis Colas, un paysan converti à l’agriculture biologique et proche de la retraite qui souhaitait pérenniser sa ferme en agriculture biologique et favoriser l’installation de jeunes paysans. En 2011, Jean-Louis a cédé en totalité sa ferme de 74 hectares à Terre de liens. Peu à peu, Les Champs des Possibles ont repris toute l’exploitation, et fait du domaine de Toussacq un modèle coopératif en polyculture, avec des gens qui travaillent et d’autres qui se forment, en associant production, transformation et commercialisation (légumes, céréales, élevage, fromagerie, boulangerie, conserverie, boutique) depuis la construction d’un nouveau bâtiment en 2019. Prochainement, une nouvelle porteuse de projet viendra cultiver les petits fruits tandis qu’un couple d’enseignants en reconversion, Clémence et Saturnin, développe des activités d’accompagnement pédagogique à destination des scolaires.

De l’association à la coopérative d’activité et d’entrepreneurs

Face au succès de l’accompagnement et de la formation, le nombre de sollicitations d’aspirants paysans ou artisans s’est multiplié.

En 2016, l’association Les Champs des Possibles s’est alors transformée en coopérative (SCIC société coopérative d’intérêt collectif – SARL), une entreprise partagée qui rassemble tous les partenaires associés comme les AMAP, les collectivités, les commerçants comme les biocoops, les bénéficiaires (entrepreneurs à l’essai), mais aussi les entrepreneurs salariés, qui ont décidé de rester au sein de la coopérative à l’issue de la période de test. Aujourd’hui, ils sont sept : comme Maela Le Guillou, maraîchère et éleveuse, co-gérante de la coopérative, ou encore Alexandre Faucher, éleveur-berger à Fontainebleau.

La coopérative a surtout su insuffler une vraie dynamique. En élargissant son action sur toutes les questions agricoles et alimentaires, elle s’ouvre désormais à la transformation artisanale et aux activités tertiaires. Si un projet de reconversion vous trotte dans la tête, ils sauront vous accompagner.

www.leschampsdespossibles.fr
www.facebook.com/LesChampsdesPossiblesIDF

« Le pari des Champs des possibles, c’est de faire de l’agriculture un métier d’avenir »

Recruté initialement par le réseau des AMAP d’Île-de-France pour mettre en place la couveuse d’activité en 2009, Sylvain Péchoux est aujourd’hui co-gérant de la coopérative des Champs des possibles. Il témoigne des enjeux au cœur du territoire de l’Île-de-France.

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Sylvain Péchoux

Quelles sont les problématiques propres à la région francilienne ?

En Île-de-France, le foncier est rare, cher et très demandé. Pour faire face à cet obstacle, nous collaborons avec Terre de Liens, un mouvement associatif qui peut se porter acquéreur des terres pour les louer à des agriculteurs bio, mais aussi avec des institutions publiques comme l’Agence des Espaces Verts du Conseil Régional d’Île-de-France ou les collectivités. Le véritable enjeu sociétal, qui dépasse le périmètre de notre action pour relocaliser une agriculture biologique en Île-de-France, c’est la formation de nouveaux paysans. Or, en quelques générations, les métiers paysans ont été complètement dévalorisés à tel point que, dernièrement, même les enfants d’agriculteurs n’ont plus envie de reprendre la place de leurs parents. Pourtant, si on souhaite une agriculture biologique nourricière et de proximité, demain, il faudra des gens dans les champs. C’est pourquoi nous travaillons désormais également sur la médiation auprès des publics scolaires ou des conseillers pôle emploi, pour faire connaître ces métiers en les rendant désirables.

Comment rendre attractif le métier de paysan ?

Il n’y a pas de secret, pour rendre ces métiers attractifs, il faut les rendre viables en proposant notamment des modèles alternatifs pour l’installation des nouveaux agriculteurs. Même si cela choque certains, on aimerait faire du métier de paysan un métier « comme les autres », en agissant sur le temps de travail (travail à plusieurs, coopération), sur les revenus (valorisation en circuits courts, diminution des charges de production), et en sortant de l’idée de « vocation ». Le métier de paysan est évidemment porteur de sens, mais il faut aussi qu’il puisse être envisagé comme une étape de vie, qu’il y ait au besoin une porte de sortie. C’est indispensable. Les statuts d’entrepreneurs salariés au sein de la coopérative permettent de bénéficier d’une meilleure couverture sociale et d’une retraite décente. Les paysans associés ne sont pas propriétaires et n’ont pas la charge de leurs outils de production. On sort d’une vision patrimoniale de l’agriculture qui constitue un vrai obstacle à la transmission des fermes aujourd’hui. S’ils veulent arrêter leur activité, ils récupèrent leurs parts sociales, rendent l’outil de production à la coopérative qui le confiera à un autre entrepreneur et, comme ils ont cotisé, ils peuvent toucher leurs allocations chômage le temps de réfléchir à un nouveau projet et en tout cas sortir de l’agriculture de manière non dramatique. Le taux de suicide chez les agriculteurs nous rappelle chaque jour que cette réversibilité est loin d’être la norme…

Quels sont les avantages du système coopératif ?

Le pari des Champs des Possibles, c’est de faire de l’agriculture un métier d’avenir. Pour réussir, il faut que tout le monde s’investisse. C’était d’ailleurs l’idée du réseau des AMAP au départ. Ce défi sociétal ne peut pas uniquement reposer sur les épaules des agriculteurs producteurs, il implique aussi les consommateurs, les réseaux de distribution et de vente, les collectivités territoriales et les gestionnaires d’espaces naturels comme l’ONF. Le statut de la coopérative nous permet de rassembler au capital tous ces acteurs au sein de la même entreprise partagée. Quand on décide de nouveaux investissements comme l’achat de matériel par exemple, tout le monde participe. Bien sûr, au niveau de la gouvernance, prendre les décisions à plusieurs est toujours plus compliqué qu’avec un décisionnaire unique, mais pour préparer l’avenir, il est nécessaire de travailler ensemble.

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