Une bonne santé, c’est 80 % de prévention et 20 % de soins
Le mois dernier, j’ai assisté à la présentation d’un rapport commandé par le Premier ministre au député Cyrille Isaac-Sibille pour faire le point sur la politique nationale de prévention santé et les solutions à mettre en place pour améliorer la situation.
Le constat est sans appel : en France, la santé se dégrade. Le nombre de patients atteints de maladies chroniques a doublé en 25 ans. En 2010, les personnes en « affection longue durée » représentaient 10 % de la population, elles étaient 20 % en 2024. Et plus on a un niveau de vie modeste, plus on meurt jeune : entre les hommes les plus pauvres et les plus riches, l’écart est en moyenne de 13 ans ; il est de 9 ans chez les femmes. Autre inégalité : les départements ne sont pas tous logés à la même enseigne ; jusqu’à 6 années d’écart d’espérance de vie selon que vous habitez la Nièvre ou les Hauts-de-Seine (devinez dans quel sens).
Le système de santé mis en place en 1945 comportait deux volets : d’un côté, la prévention (PMI, médecine scolaire et médecine du travail) et, de l’autre, le soin avec l’Assurance Maladie. Or, aujourd’hui, notre système de santé, celui qui a longtemps fait rêver nombre d’autres pays, a été amputé du premier volet et il se résume désormais aux soins. Pour illustrer cette évolution, Cyrille Isaac-Sibille a évoqué un sujet dont nous avons déjà parlé dans Rebelle-Santé : la décision récente de rembourser les nouveaux traitements contre l’obésité plutôt qu’investir dans la prévention, par exemple en mettant en place de vraies mesures de lutte contre la sédentarité ou la promotion d’une alimentation plus « saine » dès le plus jeune âge.
L’une des idées fortes de ce rapport serait de faire de la santé l’affaire de tous en travaillant à une prise de conscience collective. À cet égard, l’information joue évidemment un rôle essentiel et, sur ce point, il me semble que notre magazine fait sa part depuis de nombreuses années.
Le rapport détaille 48 propositions qui toutes tiennent compte du fait que la santé d’un individu dépend pour 80 % des déterminants sociaux, économiques, environnementaux et comportementaux, et seulement 20 % des soins médicaux. Génération sans tabac, forte taxation des produits ultra-sucrés et ultra-transformés… les nombreuses pistes ne pourront déboucher sur des résultats concrets qu’avec un réel engagement politique. Or, comme l’a rappelé le Pr Franck Chauvin, aux côtés de Cyrille Isaac-Sibille lors de cette mission, jusqu’ici, « la santé n’a jamais été un objectif politique ». Reste à espérer qu’elle le devienne. En attendant, continuons à reprendre notre santé en main en s’informant et en se soutenant les uns les autres.
Bonne lecture et à très bientôt.
Sophie Lacoste




