Pour sortir de la kleptomanie

Une petite cuillère sans valeur au restaurant, un bijou ou un flacon de parfum chez sa meilleure amie, ou tout simplement un stylo sur le bureau d’un collègue de travail… autant de situations qui peuvent correspondre à une kleptomanie, une pathologie psychiatrique qui se distingue du vol habituel par l’absence de valeur de l’objet volé et l’aspect pulsionnel et irrépressible de l’acte.
Contrairement à une idée reçue, la kleptomanie (ou cleptomanie)* n’est pas un simple vol dans sa version « classique ». Elle rentre dans le domaine de la pathologie psychiatrique, même si, vu du côté du propriétaire, l’objet manque à l’appel. Rappelons que le vol, au sens légal du terme, correspond au fait de dérober le bien d’autrui par la force ou à son insu, et ce, dans le but d’en tirer un profit, bien souvent pécuniaire, sans aucun remord ou sensation de culpabilité. En revanche, chez le kleptomane, qui agit toujours seul, il n’y a pas d’arrière-pensée économique. L’objet n’a donc pas de valeur monétaire particulière et le vol – ou l’objet – revêt parfois un caractère absurde. Caractère principal de cette pathologie, le kleptomane agit par pulsion irrépressible en l’absence de tout désir conscient de l’objet. Il ne peut résister au vol de l’objet, décidé au dernier moment.
Dépression cachée ?
La kleptomanie partage de nombreux points communs avec les névroses obsessionnelles, à l’instar des TOC (Trouble Obsessionnel Compulsif), du jeu pathologique (ludopathie) ou des comportements phobiques avec lesquels la kleptomanie peut d’ailleurs s’associer (7 % des kleptomanes ont un TOC). Certains médecins y voient un équivalent de dépression cachée : la kleptomanie « active », avec passage à l’acte donc, permettant de lutter contre la dépression. Certains patients présentent d’ailleurs une authentique psychose maniaco-dépressive (bipolarité).
Honte et culpabilité
Plus surprenant, et contrairement au vol classique, le kleptomane se sent dévalorisé. Il essaie de lutter contre sa pulsion, allant jusqu’à regretter son geste car son sens moral reste intact. Les objets, souvent de petite taille pour être facilement cachés, peuvent être jetés, collectionnés, donnés ou tout simplement remis à leur place en cachette. Fait important qui permet de différencier la kleptomanie du simple vol, l’acte est précédé d’une tension interne croissante, expression de sa culpabilité, l’acte donnant lieu à un soulagement. En d’autres termes, le kleptomane dérobe l’objet pour diminuer l’angoisse engendrée par sa pulsion incontrôlable.
Femmes et fétichistes surtout
Difficile d’avancer un chiffre quant à la fréquence de ce trouble, car les kleptomanes, honteux, ne consultent pas nécessairement et leur trouble reste alors caché des médecins et des psychiatres. La kleptomanie est fréquente et concerne plutôt les femmes (90 % des cas), jeunes (moyenne d’âge
20 ans), les déficients intellectuels et les fétichistes pour qui l’objet revêt alors une symbolique particulière.
Pas de préméditation
La kleptomanie est très souvent maladroite : il n’y a pas de scénario de vol, aucune préméditation et aucune précaution particulière. De ce fait, les victimes de ces chapardages n’ont aucun mal à identifier le ou la kleptomane. Répétitive et s’exerçant souvent au même endroit (chez un particulier, dans un même magasin…) et pour le même type d’objet (cosmétiques et produits de maquillage surtout, bijoux, porte-monnaie, rubans, sous-vêtements, vêtements…), la kleptomanie expose bien entendu à des conséquences judiciaires et médico-légales. Enfin, la kleptomanie peut être associée à divers autres troubles psychiatriques, comme l’anorexie, la boulimie (24 % des boulimiques ont des pulsions kleptomaniaques) ou encore la trichotillomanie (quand on s’arrache les poils ou les cheveux).
Une explication psychanalytique…
D’après les psychanalystes, l’objet volé est investi d’une valeur symbolique hautement érotique : le kleptomane voit l’objet et lui attribue immédiatement une valeur particulière qui n’a rien d’économique. La valeur symbolique de l’objet dérobé correspondrait alors à la séparation dont souffrirait le patient à son insu ou encore à la réparation d’un deuil. D’autres y voient un moyen de se protéger contre une culpabilité inconsciente ou un danger imaginaire.
… Support du traitement
Quand le kleptomane consulte, malgré sa honte, c’est de son propre gré, c’est-à-dire sans contrainte ni injonction thérapeutique. Sans surprise, le traitement de la kleptomanie s’appuie sur une prise en charge psychothérapeutique pendant laquelle le thérapeute va informer le patient du caractère pathologique de son trouble, afin d’entamer une phase de déculpabilisation. Une dépression doit être recherchée et traitée.
ANXIÉTÉ
D’après une étude publiée en 2003 dans une revue de psychiatrie américaine, les kleptomanes seraient souvent tabagiques, mais ne présenteraient pas d’autres addictions et notamment pas d’alcoolisme ni de toxicomanie.
En revanche, par rapport à l’alcoolisme et à la toxicomanie, les kleptomanes seraient plus impulsifs, chercheurs de sensations fortes et plutôt désinhibés. Ils présenteraient plus souvent des troubles de l’humeur et de l’anxiété.
AUTRES VOLS PATHOLOGIQUES
Le vol pathologique n’est pas l’apanage des kleptomanes. Dans certains troubles mentaux, le vol correspond à :
– Une punition personnelle, comme lors des syndromes mélancoliques
– Une réponse à une idée délirante ou à une hallucination, comme lors des syndromes délirants ou de la schizophrénie
– Une peur de manquer, comme lors des syndromes démentiels
– Un geste absurde, sans signification et sans remord comme lors des syndromes dissociatifs
– Une restitution de l’objet, comme lors des délires paranoïaques, le malade estimant que l’objet lui revient de droit.
*Issue du grec (kleptein = voler), la kleptomanie a été décrite en 1840 par un médecin, le docteur Marc, la définissant comme étant « le vol impulsif d’objets inutiles et non désirés ».
