Chien peureux : c’est du sérieux !

Un chien qui a peur, risque de mordre sans même prendre le temps de prévenir (par des grognements) qu’il va agresser l’objet de ses craintes. Comme ce n’est pas une surprise, il y a moyen d’agir !

Certains chiens sont peu téméraires de caractère, mais s’ils ont des réactions de peur au point de se montrer agressifs, c’est surtout en raison d’un défaut éducatif lors de leurs premières semaines de vie. En effet, plus un chiot est confronté à des situations nouvelles – bruits de la ville, des voitures, des trains, du tonnerre, visages nouveaux, personnes de tous âges et des deux sexes, etc. – et plus il a de chances de les considérer comme normales et donc de ne pas en avoir peur plus tard.
À l’inverse, s’il grandit dans un environnement très pauvre – ne voyant que son éleveur et personne d’autre – et qu’une fois adopté, il se retrouve dans un environnement tout autre, le malheureux risque d’être paniqué par les bruits, par les gens qu’il va croiser. De quoi développer une peur maladive…
Le mieux, c’est de prévenir
Les bons éleveurs font tout pour habituer les chiots aux situations qu’ils risquent de rencontrer plus tard. Pour cela, ils ont volontiers recours à des enregistrements de bruitages à faire écouter aux chiots, pour les habituer aux bruits citadins ou autres. Ils s’arrangent aussi pour que leurs chiots voient toutes sortes d’humains et d’animaux. Toutes ces mesures sont indispensables, mais pas suffisantes. Lorsque l’on adopte un chiot, il est tout aussi important de l’emmener se promener dans des endroits aussi diversifiés qu’une rue commerçante, une gare, à proximité d’un aéroport (pour les bruits d’avion), à une sortie d’école, etc.
La phobie, plus vite elle est repérée, mieux c’est
Une phobie est une réaction disproportionnée par rapport au bruit ou à l’événement qui l’a provoquée : soit le chien s’enfuit à toutes pattes s’il est en liberté, soit il est en proie à la panique, avec le risque de mordre s’il se sent acculé. Quand cette phobie est limitée aux tirs de pétards, il est facile d’anticiper : il vous suffit d’éviter les feux d’artifice ou de bien tenir votre chien en laisse pendant le spectacle. Mais si votre chien présente une phobie aux coups de tonnerre, voilà qui se complique, car les orages ne sont pas toujours prévisibles et donc plus difficiles à anticiper. Et c’est encore pire en cas de peur généralisée, car il n’est pas possible de tout anticiper.
La meilleure façon de se comporter lorsqu’il a peur
Le premier réflexe – consoler un chien en panique – est le plus mauvais ! En effet, si vous lui parlez sur un ton plaintif et si vous le prenez dans vos bras ou le caressez pour le consoler, il va surtout penser qu’il a bien raison d’être ainsi paniqué et que le ciel va vraiment lui tomber sur la tête ! Quand un chien a un comportement indésirable, il faut éviter de renforcer ce comportement afin que cette attitude indésirable s’éteigne d’elle-même. Et pour lui montrer l’exemple, il faut faire comme si de rien n’était pour qu’il comprenne bien que c’est une situation parfaitement normale. À l’inverse, il ne faut pas non plus le punir, car ce n’est pas de sa faute s’il a peur. Essayez plutôt de détourner son attention avec un jeu qu’il adore !
Le désensibiliser à sa peur, c’est possible
La désensibilisation consiste à exposer le chien au bruit qui lui fait peur – un pétard ou un enregistrement du bruit du tonnerre – mais d’abord à une intensité très faible (le bruit étant émis à 200 mètres d’où il se trouve), afin d’éviter de provoquer la réaction indésirable. L’idéal est de jouer avec lui au moment où un tiers déclenche le fameux bruit afin que, pris par le jeu, il ne pense pas à se sauver. Si tout se passe bien, le tiers recommence à une distance de plus en plus proche et donc, avec une intensité de bruit plus forte. Si le chien a peur, c’est que l’on a été trop vite et il faut reprendre à l’étape antérieure. S’il ne réagit pas, on poursuit doucement la progression. Lorsque le chien ne réagit plus du tout au bruit produit à une intensité proche de celle qui déclenchait jusqu’ici la panique, c’est gagné ! En attendant les premiers résultats, l’homéopathie est bien utile pour diminuer son niveau de stress : par exemple, Pulsatilla 15 CH (5 granules matin et soir) pour un chien très (trop) attaché à son maître et pas assez autonome, ou PVB Sédatif Nerveux® (20 gouttes matin et soir) pour ceux qui sont toujours sur le qui-vive.
SOS vétérinaire comportementaliste
En cas d’échec ou lorsque la tâche s’avère d’emblée trop compliquée – il a même peur de son ombre ou il a déjà mordu par peur – mieux vaut s’adresser d’emblée à un professionnel. Une fois étudié le comportement de votre animal et la façon dont il se conduit avec vous, ilspeut lui prescrire des médicaments pour le calmer s’il le juge nécessaire, afin de faciliter la désensibilisation. Il propose aussi une thérapie comportementale (basée sur la désensibilisation et la mise en situation réelle), car les médicaments seuls ne peuvent suffire.
TOUT SUR LES TOUTOUS PEUREUX
Mon chien a peur, par Édith Beaumont – Graff et Nicolas Massal, 190 pages, 10 €, éd. Eyrolles (collection mon véto de poche, avril 2014)
Ce livre répond de façon très pragmatique aux propriétaires qui se demandent comment réagir vite et bien face à un chien peureux. Les différents thèmes – il a peur de tout, de l’orage, des autres chiens, de rester seul, des enfants, de la rue, du contact, etc. – sont décortiqués en sous-chapitres : pourquoi, comment réagir, quelle prévention, comment empêcher que cela se reproduise et quand consulter. Et pour mieux comprendre pourquoi cela se produit, les deux vétérinaires comportementalistes, auteurs de cet ouvrage, nous plongent dans la tête du chien effrayé, pour décrypter ce qu’il s’est passé de son point de vue à lui, avant de nous expliquer ce qui ne fonctionne pas.
