L’avenir de l’homéopathie, comment continuer à commander ses granules ?

Vous êtes de plus en plus nombreux à nous écrire ou à nous appeler pour nous signaler que vous ne trouvez plus par votre pharmacie habituelle certains remèdes homéopathiques. Pourquoi ? Et comment continuer à vous les procurer ?
Le monde de l’homéopathie est en train de changer profondément en France. Le nombre de médicaments disponibles va se réduire inexorablement et un nouveau circuit de fabrication et de distribution va se mettre en place.
Pour comprendre ce qui se passe, il faut remonter un peu dans le temps
Tout commence en 1992, lorsqu’une directive européenne redéfinit le statut du médicament homéopathique. Cette directive est entrée en application en France en 1998. Elle contraint les laboratoires homéopathiques à déposer, souche par souche, une demande d’enregistrement, alors que cet enregistrement était global auparavant et concernait l’ensemble des 1163 souches remboursables.
Depuis 1998, tous les laboratoires français, et en particulier Boiron, le principal d’entre eux, travaillent d’arrache-pied pour préparer le maximum de dossiers d’enregistrements, sachant que la date limite de dépôt pour les médicaments remboursables a été fixée à 2015.
Après 2015, les laboratoires devront s’atteler à renouveler la même opération pour les quelque 2000 médicaments non remboursables.
Un statut plus contraignant
Ces dossiers fournis à l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) doivent documenter la qualité, la sécurité et l’usage homéopathique (la pathogénésie) du médicament en question. Ils ont un coût pour le laboratoire qui varie entre 10 000 et 100 000 € selon la souche. Une centaine de dossiers sont complétés chaque année, soit au jour d’aujourd’hui, environ 900 dossiers. Selon Géraldine Garayt, responsable du service Informations chez Boiron, la totalité des souches remboursables sera déposée avant la date butoir. Il faut cependant savoir que les dossiers commencent à partir de la 2 CH ou 4 DH et ne concernent pas forcément toutes les dilutions. En dessous de la 2 CH, les laboratoires doivent demander une AMM homéopathique, démontrant un usage traditionnel en homéopathie. Cela concerne les teintures-mères (uniquement celles ayant un usage homéopathique) et les macérats glycérinés.
Les souches et teintures-mères pour lesquelles les laboratoires n’ont pas encore obtenu de réponse restent disponibles jusqu’à nouvel ordre. Mais depuis 2012, les avis de l’ANSM se sont multipliés et les conséquences commencent à être perceptibles aujourd’hui. À ce jour environ 250 dossiers ont été acceptés et ont donné lieu à des Enregistrements Homéopathiques (EH). Mais 29 autres ont été refusés car les dossiers jugés incomplets (souches pas assez prescrites, donc cliniquement et historiquement pas suffisamment documentées). Ces 29 souches sont désormais introuvables en France et les laboratoires en ont arrêté complètement la fabrication. Ainsi, en 2014, 10 % des demandes d’enregistrement ont déjà été retoquées. Combien de refus encore à venir ?
Un nouveau coup dur pour l’homéopathie
C’est bien là ce qui inquiète les homéopathes. Selon Albert-Claude Quemoun, pharmacien chercheur et président de l’Institut homéopathique scientifique :
Tous les dossiers n’auront pas forcément la même rigueur et de nombreux remèdes, prescrits en faible quantité, ne passeront pas, car les demandes seront jugées incomplètes d’un point de vue bibliographique. À mon sens, sur les 1163 souches remboursables, seules 500 seront acceptées. À savoir les plus prescrites, celles qui peuvent être fabriquées en très grandes quantités. Au passage, l’homéopathie perd encore un peu de son âme, devient plus formatée et moins individualisée. En voulant trop l’industrialiser, on va finir par la casser complètement. C’est un nouveau coup dur. Au début des années 2000 déjà, les auto-isothérapiques avaient été interdits, car ils doivent être préparés à l’unité et ne peuvent pas obéir à une logique de production de masse.
Les auto-isothérapiques sont des remèdes préparés à partir des propres sécrétions du patient.
Le Dr Didier Grandgeorge, pédiatre homéopathe à l’origine d’une pétition en ligne pour défendre l’homéopathie, s’insurge lui aussi :
Compte tenu du coût de réalisation de chaque dossier, il est impossible que les laboratoires déposent les 5000 souches du répertoire Synthesis. Une souche vendue 300 fois par an n’est pas valable financièrement, elle va donc disparaître du circuit de production classique, à moins que l’opinion publique ne se mobilise. Tout est politique et, sous la pression de l’opinion publique, les choses peuvent changer : on peut décider comme en Autriche de revenir aux AMM de groupe.
Une pétition est en ligne : https://secure.avaaz.org/fr/petition/Sauvegarde_de_la_medecine_homeopathique
Voir également sur : www.homeopathe.org
Cette pétition a déjà récolté plus de 80 000 signatures. N’hésitez pas une seconde à cliquer et à signer ! Elle demande, entre autres, le maintien de l’autorisation de groupe pour l’ensemble des souches à partir de la 12 CH.
Quelles conséquences pour vous ?
Pour le patient, ces modifications de statut vont avoir plusieurs conséquences possibles :
- Votre médicament (un grand classique) a fait l’objet d’un EH accepté dans toutes les dilutions. Tant mieux, pour vous rien ne va changer !
- Votre médicament reste disponible, mais ne se trouve plus dans la dilution que votre homéopathe a l’habitude de vous prescrire (car l’EH ne concerne pas cette dilution, trop peu prescrite : par exemple une 11 CH ou une 18 CH ou encore une 2 DH ou 3 DH.).
- Votre médicament fait partie des 29 retoqués (ou des refus à venir…). Il est donc désormais introuvable en France.
- Vous avez l’habitude de prendre une teinture-mère qui n’a pas d’usage homéopathique. Le laboratoire n’a pas déposé d’AMM homéopathique la concernant, il ne la distribue donc plus à votre pharmacien habituel.
Quelles solutions ?
D’après notre enquête, voici les solutions possibles, qui peuvent encore évoluer, car tout change en ce moment, vous l’aurez compris !
Votre médicament reste disponible, mais ne se trouve plus dans la dilution que votre homéopathe a l’habitude de vous prescrire.
- Vous pouvez demander à votre pharmacien de s’adresser à une pharmacie équipée d’un préparatoire dédié à l’homéopathie et faisant de la sous-traitance. En France, il existe environ 120 pharmacies qui préparent de l’homéopathie, dont une quarantaine fait de la sous-traitance. La liste est disponible sur le site du Syndicat national de la pharmacie homéopathique (www.snphpharma.fr). Ces pharmacies peuvent fabriquer sur présentation d’une prescription n’importe quelle dilution en tube ou flacon à l’unité, sous forme de granules, globules ou gouttes, dès lors que la souche reste disponible. Le coût est identique à celui que facturerait Boiron. Elles devraient aussi théoriquement pouvoir obtenir les souches introuvables en France en se les procurant à l’étranger et continuer ainsi à fabriquer tous les remèdes.
Votre médicament fait partie des 29 retoqués (ou des refus à venir…). Il est donc désormais radié de la carte en France. Pour vous, les choses sont un peu plus compliquées, car vous allez devoir vous adresser à l’étranger. En effet, tous les pays de la Communauté n’ont pas choisi de suivre la directive européenne.
En Autriche par exemple, toutes les 5000 souches restent disponibles. Vous pouvez demander à votre pharmacien de commander vos remèdes (ou le faire vous-même) sur le site de la pharmacie homéopathique autrichienne Remedia (www.remedia.at) ou encore sur celui de la pharmacie basque Farmacia Golvano à Bilbao (www.homeogolvano.com. Attention, il faut parler l’espagnol !).
Bon à savoir : toutes les nosodes, dont beaucoup ont été interdites en France, restent disponibles sur Remedia et peuvent être librement commandées.
Les nosodes sont des remèdes préparés à partir de la sécrétion d’un organisme animal ou humain.
Vous avez l’habitude de prendre une teinture-mère que votre pharmacien ne trouve plus par le circuit habituel (Boiron, Lehning, etc). Dites-lui qu’il existe d’autres sources d’approvisionnement, à savoir les laboratoires qui ne font que de la phytothérapie comme Phytosan, Iphym ou PhytoFrance. Vous pouvez aussi commander en direct. Mais là encore, attendez-vous à payer bien plus cher qu’avant car les teintures-mères sont de plus en plus déremboursées (13 € les 250 ml contre 5 € remboursés auparavant). Vous pouvez aussi demander à votre médecin de vous prescrire une autre forme galénique, comme les suspensions intégrales de plantes fraîches, dont le rapport principe actif/extrait est souvent plus intéressant.
Enfin, vous pouvez bien sûr faire vous-même vos propres remèdes ! Oui, oui, c’est possible, voir ci-dessous…
Préparer soi-même un remède
Vous voulez réaliser un remède spécifique difficile à trouver par le circuit habituel (par exemple un auto-isothérapique ou un hétéro-isothérapique très précis) ?
Voici le mode d’emploi de la méthode centésimale :
- Prendre la substance à diluer (par exemple les poils de votre chat, le tabac de votre cigare, un peu de pus de votre bouton d’acné, vos propres sécrétions nasales, etc).
- La faire macérer dans de l’alcool pur à 90° pendant une nuit.
- Filtrer la préparation.
- Pour obtenir la 1 CH : prendre une goutte de ce mélange et la diluer dans un flacon contenant 99 gouttes d’un mélange 2/3 alcool à 90° + 1/3 eau ; dynamiser en frappant le flacon une dizaine de fois (idéalement 100 fois) sur une surface en cuir, type sous-main de bureau.
- Pour obtenir la 2 CH : prendre une goutte de la 1 CH et la diluer dans 99 gouttes d’alcool d’un mélange 2/3 alcool à 90° + 1/3 eau, puis dynamiser.
Et refaire l’opération autant de fois que nécessaire (au moins 4 fois) jusqu’à obtention de la dilution recherchée. - Pour administrer le remède : prendre deux gouttes de la dilution obtenue et verser dans un verre d’eau à boire.
La démonstration en images est visible sur le blog Homéomalin, en allant sur le lien suivant : https://homeomalin.com/fabrication-dun-remede-homeo-en-direct/
