Les toilettes sèches : un petit coin pour soulager la planète

Rubrique

L’expérience montre que les toilettes sèches permettent d’économiser de grands volumes d’eau potable et beaucoup de produits chimiques, tout en fertilisant la terre au terme d’un cercle naturel vertueux. Sans rien (ou presque) renier de nos standards de confort. 

Emmanuel Thévenon

L’autre jour, chez des amis, une petiteindispositionmepousse à quitter le dîner. Discrètement, je demande les toilettes à la maîtresse de maison, qui me répond avec un petit sourire : «Tu vas être surpris». Effectivement. En lieu et place de WC ordinaires, je ne trouve qu’une lunette vissée sur un meuble en bois verni de frais. Ce petit côté médiéval n’est pas vraiment pour me rassurer. Ce sont des toilettes sèches. J’ai entendu parler de ces "ouaterre" d’un genre un peu spécial qui, pour soulager nos intestins, mais surtout la planète, fonctionnent sans aucun apport d’eau. Je me méfie de ces solutions par trop radicales et, ce me semble, très éloignées de nos standards actuels de confort. Avec une moue de dégoût, je soulève doucement le couvercle. Méfiant, je m’attends à être submergé par des flots d’odeur nauséabonde.

ET LÀ, SURPRISE…
Rien. Ou plutôt si. Un léger parfum de résine de pin... Je m’installe, quelque peu rassuré, en parcourant le dernier Belle-Santé. Un instant, je suis quelque peu décontenancé de ne pas entendre les "ploufs" qui ponctuent habituellement ma prestation. Mais bon... Quelques feuilles de papier plus tard, je suis à la lettre les indications affichées par les propriétaires des lieux et destinées aux usagers néophytes: consciencieusement, je plonge une petite pelle dans un seau de sciure de bois puis la lance dans le "trou". Je referme la lunette. C’est fini. Instinctivement, ma main n’en continue pas moins de vouloir tirer une chasse d’eau imaginaire...
Après le lavage de mains réglementaire, je retourne à table. «Alors?» m’interrogent en chœur mes amis. «Fascinant», balbutié-je, des questions plein la tête. Tout le reste du repas tournera d’ailleurs autour de mon expérience et de l’intérêt des toilettes sèches. Aussi de leurs légers inconvénients...

LITIÈRE BIOMAÎTRISÉE
Au départ, la motivation des partisans des toilettes sèches, c’est l’économie d’eau potable. Quelle que soit sa provenance, l’eau sert à limiter les odeurs d’urine et d’excrément. Elle assure également une fonction hygiénique en exportant nos déjections pleines de micro-organismes pathogènes jusqu’à une station d’épuration. [mais] 97% de l’azote et 50 à 80% de phosphore contenus dans les eaux usées urbaines viennent de nos WC!
Les toilettes sèches évitent donc (aussi) de rejeter dans les rivières l’urine et les matières fécales actuellement considérées comme des polluants.

Conserver nos déjections, soit. Mais alors, qu’en faire? En ajoutant de la sciure de bois au mélange d’excréments, d’urine et de papier toilettes, on obtient un mélange riche en carbone végétal qui va évoluer en plusieurs mois, voire plusieurs années, en compost permettant d’amender un jardin. Si l’on ne peut se procurer de la sciure, la litière peut contenir des copeaux, des feuilles sèches, de la paille, des rafles, des fanes, des écorces broyées… Bref, toute matière végétale finement hachée, exempte de produits chimiques, riche en carbone et pauvre en eau. Évidemment, l’installation est plus problématique en appartement…

PARLONS TECHNIQUE
La technique de la TLB est on ne peut plus simple, ce qui n’exclut pas quelques inconvénients autant psychologiques que matériels.
> Sous la lunette se dissimule un seau ordinaire, si possible en inox. Grand avantage des TLB : elles ne sont pas reliées aux réseaux d’arrivée d’eau et d’eau usées. Ce qui permet de les rendre nomades et de les installer où l’on veut. Elles sont alors idéales pour les grands malades, qui n’ont pas besoin de traverser la maison pour se rendre aux toilettes. Le temps d’un festival ou dans des endroits totalement dépourvus d’eau, il est aussi possible d’installer des toilettes sèches publiques.
> L’entretien en revanche est moins  poétique. Régulièrement, il faut  vider le seau, muni d’un couvercle hermétique, et aller verser son contenu sur un tas de compost. Un geste loin d’être anodin pour ceux d’entre nous qui ont un rapport plus ou moins trouble avec les humeurs qu’excrète notre corps.
> Pour faciliter la manutention, il est possible de réaliser une trappe qui rend le seau accessible de l’extérieur. Une façon élégante de résoudre la gêne qu’un tel transport pourrait occasionner à l’intérieur de la maison, et annulant les risques de débordements intempestifs. Reste qu’il ne faut pas trop tarder à réaliser la vidange sinon l’on risque de se retrouver avec le derrière à quelques centimètres du tas d’excréments…
> Il faut ensuite remuer le tas de compost pour faciliter la décomposition de la matière organique, puis rincer le seau après chaque vidange, en déversant l’eau souillée sur le tas de compost. Veillez bien à ne pas la faire couler directement dans le jardin, car elle peut être chargée en agents pathogènes.
> Toute l’opération est effectuée avec une paire de gants spécialement réservée à cet effet, ce qui n’empêche pas, au final, un lavage soigneux des mains. Pour éviter toute manipulation,
on peut aussi installer les toilettes à l’extérieur, précisément au-dessus du tas de compost. Mais on redécouvre alors les joies des WC «au fond du jardin» qui ont tant indisposé nos grands-parents.
> Dernières recommandations : ne pas installer le tas de compost sur les berges d’un cours d’eau, et empêcher l’accès aux enfants et aux animaux.
> À condition d’attendre suffisamment longtemps (au moins un an), le compost obtenu est d’excellente qualité et directement utilisable dans le jardin. Le travail des vers de terre, des vers spécialisés dans l’ingestion d’excréments (vers rouges : Eisania foetidia) et des micro-organismes présents dans le sol réduit non seulement le volume des déchets, mais les assainit aussi totalement.

À LIRE
Un Petit coin pour soulager la planète - Toilettes sèches et histoires d'eau, par Christophe Élain, Éditions Goutte de Sable, 2005, 10€
Comment chier dans les bois - Pour une approche environnementale d'un art perdu, par Kathleen Meyer. Éditeur Edimontagne, 11€ (ISBN 2913031161)
L'Atelier Blanc / Justin Cagadou : www.toiletteacompost.org http://www.toiletteacompost.org/

POUR EN SAVOIR PLUS
L'Association Le Gabion propose des formations pour la construction des toilettes sèches: gabionorg.free.fr
L'Association Toilettes du monde,basée dans le Sud Drôme, a été créée en 2000 sous l’impulsion d’un petit groupe de personnes convaincues par la nécessité de promouvoir l’assainissement écologique comme réponse durable à la gestion de la ressource en eau et des rejets domestiques en France et dans les pays en développement: www.toilettesdumonde.org
Des Water au Oua Terre - Un site perso pour tout savoir sur les toilettes sèches, principes, mise en oeuvre, réglementation: www.eco-bio.info/ouaterre
Eautarcie, le site d'un expert : Joseph Országh, ou comment devenir indépendant par rapport au réseau de distribution d’eau et par rapport aux égouts. Beaucoup de conseils pratiques : www.eautarcie.org
L'Association Empreinte, son but est de développer et de promouvoir l'habitat sain, passif et à faible impact écologique par tous les moyens dont elle dispose et sur tous les thèmes relatifs à l'habitat et son environnement (mode de vie, gestion de l'eau, gestion des énergies, matériaux). www.empreinte.asso.fr

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