S'initier à la pédagogie MONTESSORI

et donner à l'enfant l'envie d'apprendre

Inventée par Maria Montessori au début du XXe siècle, la pédagogie Montessori vise à accompagner l’enfant dans la construction de sa personnalité, en veillant à son épanouissement et à son désir d’apprendre, dans un environnement adapté.

Aujourd’hui à la mode, ces écoles attirent de plus en plus les parents. Charlotte Poussin est éducatrice Montessori diplômée de l'AMI (Association Montessori Internationale). Elle a enseigné 15 ans dont 10 à l'étranger. Elle a été directrice d'école Montessori jusqu'à la naissance de son cinquième enfant, puis membre du conseil d'administration de l'association Montessori de France (AMF), affiliée à l'AMI. Auteure de nombreux livres et coffrets, elle a à coeur de faire connaître et de promouvoir l’état d’esprit montessorien, à l’école comme à la maison. Rencontre.

Rebelle-Santé : Comment êtes-vous devenue éducatrice Montessori ?

Charlotte Poussin : Quand j’étais petite, j’étais déjà une enfant en « recherche pédagogique ». J’avais deux ans d’avance, et, au niveau scolaire, tout allait bien, mais je m’ennuyais beaucoup. On me réprimandait souvent, et je n’étais pas heureuse, car je ne supportais pas le ton méprisant ou condescendant des adultes. Tous les ans, je demandais à mes parents de me changer d’école. C’est seulement à l’adolescence que j’ai senti qu’on commençait à nous considérer comme des personnes à part entière. C’est aussi à cette époque que j’ai découvert la pédagogie Montessori, et j’ai eu le coup de foudre. C’était vraiment l’école où j’aurais aimé être. Après deux années de classes prépa, j’ai poursuivi mes études à la Sorbonne et, si j’ai hésité entre devenir prof d’histoire ou d’allemand, le choix d’être éducatrice Montessori s’est naturellement imposé. Je n’avais pas envie d’enseigner une matière plus qu’une autre. L’éducation m’intéresse plus que l’enseignement d’une discipline. J’ai fait ma formation assez jeune, en 2000. Depuis, je n’ai cessé de travailler en lien avec des environnements montessoriens, où j’ai toujours constaté l’épanouissement des enfants, à commencer par les miens.

Comment avez-vous eu le coup de foudre pour cette pédagogie ?

En lisant les livres de Maria Montessori. J’ai commencé par L’Enfant, son oeuvre la plus connue où elle explique les grands principes de sa pédagogie. C’est un ouvrage très percutant et facile d’accès. Puis, de fil en aiguille, j’ai dévoré toute sa bibliographie. Je me suis rendu compte qu’il manquait 11 chapitres à la version française de L’Enfant, et pour cause : cette traduction date de février 1936, alors que Maria Montessori a fini d’écrire son livre en août de la même année ! Entre autres, il manque des considérations très importantes sur les rapports de l’adulte à l’enfant, sur le conflit des générations, la différence de la perception du travail chez l’enfant et chez l’adulte, le droit des enfants, la mission des parents. Cette nouvelle traduction sort le 21 mars et c’est un événement car c’est la première édition française de ce livre phare dans sa version intégrale. Il expose une pensée toujours dans l’air du temps !

Quel nouveau regard pose-t-elle sur l’enfant ?

Son grand discours se résume en cette phrase : « L’enfant est le père de l’Homme ». C’est l’enfant qui construit l’humain et, à travers lui, l’humanité de demain. Elle insistait sur la nécessité de résorber le conflit générationnel induit par le fait que l’adulte cherche toujours à imposer sa vision à un enfant en réalité fait pour affronter un monde qui sera forcément différent de celui d’aujourd’hui. Il faut donc apprendre aux enfants à s’adapter et à créer dans l’avenir. L’objectif montessorien n’a jamais été la réussite scolaire ou les bons résultats, des critères qui paraissent très alléchants pour des personnes qui voient les résultats de cette pédagogie et qui sont attirés pour ces raisons (des enfants qui lisent tôt, qui sont bons en maths…). La pédagogie Montessori n’est pas une pédagogie de la performance. L’important, c’est que les enfants soient bien dans leur peau, qu’ils développent leur propre personnalité pour ne pas être psychiquement déviés de leurs aspirations naturelles, ni complexés, ni frustrés, envieux ou paresseux, mais, au contraire curieux, ouverts sur le monde, adaptables et autonomes. L’enfant naît avec le désir d’apprendre, il faut préserver cet élan et cette confiance en soi initiale. Parce qu’ils ne sont pas en recherche permanente d’évaluation ou de reconnaissance, parce qu’ils n’ont pas peur, les enfants Montessori ont confiance en eux et savent qu’ils peuvent faire par eux-mêmes et trouver des solutions.

Quels sont les principes de l’éducation montessorienne ?

Même si l’atmosphère dans les classes traditionnelles a évolué par rapport à l’époque où Maria Montessori élaborait sa pédagogie, l’esprit coercitif est encore d’actualité. Il s’appuie sur une logique de punition/ récompense, sur un système d’évaluation, de comparaison et de compétition permanentes. Maria Montessori luttait contre cela.

Pour elle, chaque enfant devait avoir envie d’apprendre ou d’être bon et solidaire, sans que ça lui soit imposé. En d’autres termes, elle préconisait qu’il n’agisse pas pour faire plaisir à un adulte ou en craignant la punition, mais parce qu’il sent que c’est bien pour lui et la communauté à laquelle il appartient.

Attention, on ne dit pas non plus aux enfants « Débrouillez-vous par vous-mêmes, vous êtes capables de vous autogérer ». L’adulte accompagne, en laissant de plus en plus d’autonomie à l’enfant, dans la bonne dose, pour le laisser faire quand c’est le bon moment. Pour ça, Maria Montessori misait tout sur le cadre. Elle décrivait cet environnement aussi bien du point de vue matériel que psychique.

L’environnement préparé repose sur trois grands piliers :
♦ la pièce, son aménagement et son atmosphère psychologique,
♦ les adultes qui s’y trouvent, dans une démarche d’observation attentive et d’accompagnement,
♦  et le matériel destiné aux enfants, considéré comme une nourriture intellectuelle, mis à leur disposition en fonction de leur désir d’apprendre.

Dans une classe Montessori, une émulsion se crée, les enfants se donnent mutuellement envie. Comme ils ne sont jamais comparés, ils ont envie d’aider spontanément, de travailler ensemble.

Les écoles Montessori ont la réputation d’être des écoles pour les milieux les plus favorisés ?

C’est un préjugé et, depuis l’origine, de nombreuses écoles Montessori s’appuient sur des projets solidaires. La fameuse école de Roubaix existe depuis 1944 et les parents payent en fonction de leurs revenus. Certes, il y a un problème de financement qui suppose une subvention de la mairie qui accueille ou un engagement des parents. Les contraintes sont très nombreuses. Mais, aux origines, lorsque la pédagogie Montessori a été introduite en France, elle s’adressait aux orphelins et aux réfugiés. En réalité, la vraie richesse est d’arriver à réunir des enfants d’horizons différents. La mixité sociale apporte une ouverture à tous les enfants. Les enfants défavorisés ont parfois des conditions de vie moins faciles qui sont de vraies entraves à leur développement. En contrepartie, ils sont souvent moins victimes de la projection de leurs parents que les enfants des milieux plus favorisés, où l’enfant parfois gâté et inconscient de sa chance se retrouve souvent seul avec un emploi du temps de ministre et la pression d’être parfait.

Dans vos livres, vous travaillez activement à faire connaître la pédagogie Montessori ?

Si on n’a pas accès à l’école, tout le monde peut en revanche adopter l’état d’esprit Montessori à la maison, et surtout du jour au lendemain. Dans mes livres, je reprends la pensée de Maria Montessori en condensant dans un style plus actuel. En 2010, lorsque j’ai écrit mon premier livre Apprends-moi à faire seul, je venais de passer 10 ans à enseigner dans des écoles en Amérique du Sud et du Nord, où je n’ai jamais eu à présenter cette pédagogie, car tout le monde connaissait. En France, on ignorait tout de Montessori, j’avais droit à tous les clichés : écoles pour « gosses de riches », pour enfants précoces, pour handicapés, l’école qui fait des enfants rois… ça ne correspondait pas du tout à ce à quoi je croyais. Je souhaite surtout diffuser les grands principes du respect de l’enfant, sans donner de leçons. Je viens ainsi de sortir chez Bayard une nouvelle collection de petits livres qui s’adressent aux enfants à partir d'un an en mettant en scène la vie quotidienne pour montrer tout ce que l’enfant est capable de faire par lui-même. J’y ai mis quelques astuces sur la façon d'aménager la chambre, la cuisine, la salle de bains, entre autres, et pour développer une attitude qui facilite une autonomie grandissante et progressive de l’enfant.

Vous avez aussi imaginé toute une collection de coffrets !

Si l’environnement Montessori est stable, le matériel n’est pas figé, à l’exception du matériel de mathématiques, qui concerne un langage universel. Le matériel s’adapte donc à la fois au pays, à la langue et à l’époque. Aujourd’hui, le regard sur Montessori a beaucoup évolué à tel point que c’est devenu un argument marketing, et qu’on colle du Montessori sur des produits qui n’ont rien à voir. J’ai imaginé mes coffrets dans le but de promouvoir l’état d’esprit montessorien avec des jeux. Il y a toujours à l’intérieur une présentation générale de Maria Montessori et de sa pédagogie. Ces coffrets sont une proposition. J’avais commencé par Les lettres rugueuses car l’apprentissage de la lecture est le premier apprentissage académique dont dépendent tous les autres. Il ne faut pas « se louper », et ça peut être tellement naturel, joyeux et positif. Par l’activité ludique, on met à la disposition de l’enfant un matériel d’apprentissage, qui est aussi prétexte à un moment privilégié à partager avec lui. Libre à l’enfant de s’en servir, quand il veut, seul ou à plusieurs. Le message que j’essaye de faire passer, c’est que l’approche Montessori est avant tout une manière d’être. Le but n’est pas de transformer la maison en école, mais de faire confiance à l’enfant, voir s’il est capable d’être autodidacte et si l’environnement qu’on lui propose lui permet de l’être. La qualité de cet environnement est aussi psychique, pour lui permettre de grandir, dans une ambiance bienveillante d’écoute active et de paix. Même si on n’est pas infaillible et qu’en tant qu’adulte averti, on est en perpétuelle progression, nous sommes aussi des modèles et il faut incarner les valeurs que l’on veut transmettre. Respecter pour apprendre le respect. La démarche Montessori commence par une démarche sur soi. Nous sommes la première source d’inspiration des enfants.

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