Une pièce d’eau dans votre jardin !

Profitez du début de l’hiver pour mûrir un projet : l’installation d’un bassin, et accueillir ainsi chez vous un peu plus de biodiversité…

Qui dit bassin ne dit pas nécessairement grand jardin. On peut obtenir de très beaux résultats dans un espace assez restreint, y compris sur une terrasse ou un balcon. Voici un aperçu des principaux éléments à prendre en compte pour profiter au printemps d’une ambiance aquatique très « structurée » ou très « naturelle ».
Les questions préalables à l’installation
L’emplacement du bassin
On cherchera à intégrer le bassin au jardin existant. Les éléments de transition doivent être bien choisis pour exprimer l’argument esthétique de votre ouvrage : margelle de pierre marquant une délimitation forte et soignée ou massif désordonné glissant vers une berge… Autre parti pris du jardinier : voir le bassin de sa fenêtre ou imposer une promenade pour le découvrir. Mais localiser un bassin, c’est aussi tenir compte de contraintes techniques : les racines des arbres peuvent mettre en danger l’étanchéité, les feuilles qui tombent dans le bassin réduisent la lumière et consomment, lorsqu’elles se dégradent, l’oxygène dissous dans l’eau au détriment des poissons… Prévoir une partie à l’ombre permet de trouver un compromis entre la croissance des plantes aquatiques et la température de l’eau : plus l’eau est chaude, moins il y a d’oxygène pour les poissons.
La forme et les dimensions du bassin
Bien des tentatives ont été faites dans ce domaine et la conclusion est simple : les formes trop compliquées ont un rendu esthétique médiocre et leur étanchéité est plus difficile à réaliser. Le bassin géométrique classique a le meilleur rapport surface d’eau visible/ profondeur, et c’est un bel objet de décoration. Le grand bassin mixte, alliant un côté naturel et un côté géométrique souvent en appui sur une construction et le grand bassin « naturel » avec plage, pentes douces et zones profondes, sont très appréciés actuellement. Leur entretien nécessite l’achat d’une pompe et d’un système de filtration mécanique ou végétal (lagunage).
Un petit bassin est facile à installer, mais son inertie est limitée, il subit de plein fouet les variations de température, de taux de nitrates et il demande de fréquentes interventions pour maintenir un équilibre biologique.
La profondeur est un paramètre essentiel. Qui dit profondeur importante dit plus de volume et plus d’inertie vis-à-vis des variables extérieures (températures, lumière…). Un bon mètre assure une zone refuge pour les poissons ; une remontée en pente douce vers les berges est également idéale pour les poissons, mais aussi pour les batraciens et permet l’installation d’une belle diversité de plantes aquatiques. Avec un fond plat, la végétalisation est plus difficile et se fait en paniers, avec des gradins, pour trouver des profondeurs variables, propices à la diversité biologique. Bien sûr, ceci est d’autant plus important que le bassin est grand.
Les plantations
Le choix des plantes conditionne l’esthétique, l’entretien et la dynamique écologique du lieu : oxygéner l’eau le jour, filtrer les déchets (déjections des poissons…), lutter contre la prolifération des algues, attirer les insectes qui nourrissent les poissons, alimenter ou abriter certaines espèces pour la reproduction. Les plantes seront choisies en fonction de leur adaptation à la profondeur de l’eau.
Pour les berges (sans stagnation d’eau), choisissez les vivaces de terre humide (astilbe, salicaire, primevère du Japon, trolle, hostas, filipendules, reine-des-prés, certaines sauges, carex…). Celles-ci cachent les éléments de l’aménagement (bâche, béton) et retiennent la terre.
Sur les bords du bassin, dans le sol détrempé, installez l’iris lisse, l’aménopsis, la pontédérie à feuilles cordées, la prêle, le Gunnera (sa taille en fait, à lui seul, un élément de décoration !)…
Sur les bords de l’eau habitent les vivaces palustres et aquatiques : dans les tout premiers centimètres, plantez les iris des marais, populage des marais, trolle, aménopsis, trèfle d’eau, jonc, massette (ou Typha). En eau plus profonde (20 – 30 cm), toujours les iris des marais, mais aussi les pontédéries, arums d’Éthiopie, sagittaires et prestigieux lotus…
La zone plus profonde accueille les plantes qui, enracinées dans une couche de terre au fond du bassin ou dans des paniers, laissent flotter leur feuillage : renouée amphibie, nymphéas, potamot nageant, hippuris… Et encore bien d’autres dont les myriophylles et les élodées qui font partie des plantes oxygénantes indispensables à la vie du bassin.
En surface, les plantes flottantes : châtaignes d’eau, laitues d’eau, jacinthe… Non enracinées, elles suivent le mouvement de l’eau et peuvent devenir envahissantes ; limitez leur territoire aux 2/3 du bassin, grand maximum.
Le coût
Il est composé des achats et des frais liés à la mise en place. Ces derniers sont très variables : de moins de 100 € avec un bassin préformé ou une bâche et un terrassement réalisé par vous-même, à plusieurs milliers d’euros pour un grand bassin semi-naturel sur bâche avec terrassement par une entreprise, ou un bassin de dimensions modestes en dur aménagé « à la française » avec margelles.
Pour les achats, entre l’option bassin type « mare naturelle » et bassin plus artificialisé, il y a des écarts de budget, mais on peut tout à fait rester dans le raisonnable. Le minimum à prévoir = matériel d’étanchéité (bâche, géotextile) ou bassin préformé posé sur un lit de sable de carrière pour le stabiliser, pompe pour réguler le niveau d’eau et améliorer l’oxygénation du milieu, système de filtration par les plantes (coût minimal) ou avec un filtre (autour de 50 €), éventuellement complété par un dispositif UV pour détruire les algues en suspension et des accessoires divers. Deux conseils : pour commencer, n’achetez pas trop de plantes, renseignez-vous sur leur capacité à coloniser les lieux et achetez des plantes de qualité. Pour compléter votre plaisir, introduisez des poissons et, pour l’esthétique, des éléments de décoration : éclairage, jet d’eau…
Globalement, l’achat ou la réalisation du bassin avec le matériel de base (pompe, filtre) dépend de la taille et du type de bassin : comptez pour un préformé de 600 à 2000 €, pour une bâche de 200 à 800 € et pour un bassin en béton 2000 à 3000 €.
L’installation d’un bassin : quelques points clés
Passons en revue les principales étapes de la réalisation d’un bassin sur bâche.
Creusez, selon le tracé au sol, en pente douce des berges vers le centre en organisant des paliers de profondeur pour implanter la végétation des berges ; bien sûr, c’est l’occasion d’éliminer tous les cailloux qui risquent d’endommager la membrane et de vérifier l’horizontalité parfaite.
Complétez le terrassement par une tranchée le long des berges pour enterrer et maintenir la bâche.
Étendre sur la totalité du bassin des bandes de géotextile que vous maintiendrez avec des piquets pour ne pas qu’ils glissent lors de la pose de la membrane ; vous la stabiliserez avec des pierres sur les bords.
Étape délicate, commencez le remplissage du bassin pour que l’eau pousse la bâche à épouser parfaitement les formes de la fosse creusée ; la répartition des plis de la bâche sur tout le pourtour est importante pour éviter les points de tension localisés qui fragilisent le système.
Laissez tel quel quelques jours, l’eau va comprimer le sol progressivement, ce qui consolide l’installation.
Les finitions : coupez la bâche avec une marge de sécurité qui servira à corriger les défauts de niveau avant d’être dissimulée dans la tranchée périphérique. Coupez le géotextile au ras de la bâche, enterrez les membranes, utilisez des pierres ou des dalles pour les bords selon le style de bassin et installez délicatement les plantes.
Le bassin préformé est très simple à installer : creusez avec une marge, ce qui facilite le positionnement du bassin et l’installation des berges ; placez un lit de sable au fond, posez le bassin et ajustez les niveaux. Cette étape des niveaux est fondamentale, remplissez un peu le bassin et réajustez. Une fois la position du bassin stabilisée, finissez d’installer les berges et les plantes.
Surveillance et entretien : une activité à prévoir
Tout comme un parterre, le bassin de jardin nécessite un entretien plus ou moins important : les petits bassins ayant une faible inertie nécessitent des interventions plus fréquentes, les pièces d’eau « naturelles » trouvent un équilibre environ deux à trois ans après la mise en eau, si toutefois la végétalisation et/ou la filtration ont été conçues correctement.
Les paramètres de l’eau évoluent en fonction de la saison et de la présence de plantes et de poissons : le renouvellement permanent d’eau (pluie, apport d’eau) ou une filtration en continu sont essentiels pour la qualité de l’eau. L’élévation de la température favorise le développement des algues, l’augmentation du taux de nitrates et la chute du taux d’oxygène. Les nitrates favorisent la prolifération d’algues (algues filamenteuses, petites algues qui rendent l’eau verte) ; pour les contrôler, il faut un équilibre poissons (producteurs de nitrates par leurs déchets) – plantes (qui les consomment). Attention, si l’équilibre est rompu, le bassin est en danger. L’excès de nitrates indique un nettoyage manuel insuffisant ou un système de filtration défaillant, voire inadapté. Le taux d’oxygène présent dans l’eau est favorisé par les plantes, l’agitation de l’eau, l’ombre qui réduit la température de l’eau. Par contre, les déchets organiques (excréments de poissons, insectes ou feuilles mortes) consomment de l’oxygène pour se décomposer, un nettoyage régulier est donc nécessaire.
Le cas particulier des jardins d’eau hors-sol
Fous de plantes aquatiques, intéressés par les milieux humides, à la recherche d’une ambiance fraîche, zen, naturelle, vous êtes de plus en plus nombreux à installer une zone humide sans vouloir réaliser des travaux de terrassement importants. Plusieurs solutions sont à explorer, mais globalement les règles d’aménagement sont similaires.
Des contenants petits ou grands : bacs en plastique, auges en pierre, tonneaux étanchéifiés, aquarium d’intérieur ou tout autre contenant de charme, étanche, pour votre balcon ou le rebord d’une fenêtre, ou pour votre terrasse. Pour cet espace plus grand, tentez le bassin en kit, c’est souvent une bâche et une structure bois qu’à l’occasion vous personnaliserez. Attention, il faut adapter votre contenant à la capacité portante du lieu : installez votre jardin d’eau près des murs porteurs, répartissez la charge en privilégiant la surface plutôt que la profondeur.
Un bassin hors-sol construit sur mesure avec le matériau de votre choix. Laissez plutôt faire un professionnel pour assurer une étanchéité correcte, ce qui est indispensable et onéreux !
Pour l’aménagement, quelques conditions sont à respecter : la première est l’étanchéité ! Ensuite, il faut bien choisir les plantes en fonction de la profondeur et du fonctionnement du bassin (oxygénation, température, ensoleillement). Pour créer l’ambiance bassin, il faut voir l’eau en surface et percevoir la profondeur : laissez une surface d’eau libre !
