Du safran dans votre jardin !

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Profitez de l’été pour introduire une touche d’exotisme dans votre jardin, plantez Crocus sativus…

Cocus sativus est un crocus, une petite iridacée vivace d’à peine 10 à 15cm de haut qui produit une épice très prisée, la plus chère au monde, le safran. Ce crocus est issu d’un bulbe (ou oignon) que l’on plante à la mi-juillet. Chaque bulbe ne fleurit qu’une fois, en septembre-octobre, donnant une belle corolle de couleur lilas à pourpre. Ce sont les stigmates, c'est-à-dire les extrémités du pistil, qui donnent le safran après séchage. La culture du safran est simple, elle peut même être faite en pot ; elle ne demande qu’un peu de travail pour extraire, sécher et stocker le safran. Si ces manipulations nécessitent un petit tour de main, elles ne sont pas du tout désagréables ; les délicieuses odeurs des stigmates et la perspective d’aromatiser sa cuisine avec son propre safran sont, en elles-mêmes, très motivantes.

CRÉEZ UNE SAFRANIÈRE
Planter des bulbes n’a rien de sorcier, mais lorsqu’il s’agit des précieux bulbes de crocus safran, deux choses sont importantes :
=> il faut mettre les bulbes en terre au début de l’été, vers la mi-juillet, au moment où ils sont en repos,
=> il faut les planter dans un sol approprié : pas trop acide (un pH aux environs de 6.5 - 7), pas trop riche, et qui se réchauffe vite.

Concrètement, on choisira un sol drainant, assez profond, de type argilo-calcaire ou silico-calcaire. Si votre sol ne convient pas, dans la mesure où les oignons ne s’enracinent guère au-delà de 50 cm, vous pouvez toujours changer la terre et créer une plate-bande. Dans ce cas, faites une fosse de 50 à 60 cm de profondeur et remplacez la terre initiale par un mélange plus approprié au crocus safran : 1/3 de terreau bien décomposé, 1/3 de terre de jardin additionnée de quelques poignées de lithothamne et 1/3 de sable de rivière. Profitez-en pour recouvrir le fond et les bords de la fosse avec un grillage à mailles fines, cela dissuadera nos amis les mulots, entre autres.

Une safranière se met en place pour trois ans, ensuite il faut ramasser les bulbes, les trier et replanter une autre safranière. En première année, le rendement en épice est faible, mais il va croissant jusqu’à la troisième année. Bien sûr, pour assurer un renouvellement correct des bulbes, le sol doit avoir été nourri régulièrement. L’idéal est d’implanter votre safranière sur un carré où vous cultiviez précédemment un engrais vert, comme du trèfle, de la luzerne, de la phacélie ou encore un mélange vesce-avoine...

LA PLANTATION
Il faut laisser une distance de 5 cm entre les bulbes et les enfouir à 16-18 cm de profondeur, de façon à les protéger des éventuelles fortes gelées qui pourraient se produire au cours de la deuxième et de la troisième année. Cette précaution s’explique car l’oignon qui a fleuri se dessèche et qu’au-dessus se forment un ou plusieurs oignons de remplacement, les caïeux ; les bulbes enfouis dans le sol «remontent» ainsi d’environ 2 cm par an et il faut en tenir compte.
On recommande de planter 50 pieds/m2, sachant que chaque pied produit de 4 à 8, voire 10 pieds filles. La densité de la culture augmente donc assez vite avec les années et, surtout après la floraison et en début de printemps, périodes où les besoins de la plante sont accrus, il faut une bonne alimentation en éléments fertilisants et de l’eau pour assurer le renouvellement et le remplissage des bulbes, d’où naîtront les nouvelles fleurs.

Au moment de la plantation, les bulbes craignent l’arrosage et, pour les protéger des risques d’accumulation d’eau, on peut étaler en surface un lit de fin gravier sur 2-3 cm. Ce dispositif a aussi l’avantage de limiter le désherbage et les opérations d’aération de la terre qui, autrement, sont régulièrement nécessaires pour faciliter l’écoulement de l’eau.
Car, vous l’aurez compris, l’ennemi du safran, c’est l’humidité ; il lui en faut, mais juste un peu pour fleurir, sans plus! Les étés humides sont défavorables à la culture, alors que la production est superbe dans le cas d’étés chauds et secs, suivis d’un début d’automne chaud (septembre-octobre) avec de la brume et une forte hygrométrie ; la floraison est alors assez regroupée, sur une quinzaine de jours. Au contraire, en cas d’automne froid, elle va s’étaler sur une trentaine de jours, voire plus. Vous risquez alors d’être obligé de cueillir deux à quatre fleurs par jour, ce qui est assez peu pratique pour les éplucher et faire sécher le safran ; n’hésitez donc pas à forcer un peu les choses : prévoyez un tunnel pour augmenter la température de votre safranière et regrouper ainsi l’ouverture des fleurs. Cela vous permettra de sécher votre safran en une ou deux fois seulement!

L’ENTRETIEN DU SOL
Il se limite à son aération par griffage s’il est compacté ; attention à ne pas blesser les oignons en place.
Une astuce en bout de rang : repérez la profondeur des bulbes avec une baguette fine et déplacez-la au fur et à mesure de votre travail pour vérifier que vous ne travaillez pas trop profond.

DU CÔTÉ DE LA FERTILISATION
En sol normalement entretenu, on centrera les apports sur le phosphore qui est essentiel pour la formation de la fleur ; en principe, la plupart des sols sont assez riches en potasse, donc un léger apport suffit pour améliorer la résistance au froid des bulbes.

=> Avant la plantation, au printemps, apportez par m2 : 20 g de cendre de bois ou 20 g de poudre de roche pour la potasse, 5 g de corne torréfiée ou broyée, 40 g de phosphate minéral et une poignée de lithothamne.
=> Lors de la plantation, apportez en fond de raie de la poudre de charbon de bois additionnée d’un peu de lithothamne.
=> En cours de culture, au début du printemps, épandez 20 g de phosphate minéral + 5 g de corne torréfiée ou broyée + une poignée de lithothamne. Si votre sol est pauvre, ajoutez en automne, après la floraison, du sang séché (10 g/m2) et de la potasse (20 g/m2 de cendre ou de poudre de roche); la pousse des feuilles en sera favorisée et les nouveaux bulbes seront mieux alimentés pour se former.

EN MATIÈRE DE DÉSHERBAGE…
Il y a deux écoles : on désherbe totalement ou on laisse les adventices s’installer. En cas d’humidité, les mauvaises herbes aident à assécher le sol, et il peut être intéressant dans certaines situations de les conserver, quitte à les faucher si elles deviennent trop envahissantes, pour que les fleurs de crocus ne soient pas étouffées à l’automne. On les enlève lorsque les feuilles des crocus se développent après la floraison.

LA RÉCOLTE
On cueille les fleurs bien ouvertes le matin, juste après la disparition de la rosée, et on évite de les comprimer pour ne pas abîmer les stigmates. Les fleurs doivent être épluchées dans les 24 heures ; les stigmates sont alors séparés du reste de la fleur, opération très délicate car il faut saisir les stigmates sans les abîmer et sans prendre les étamines... Les femmes du Gâtinais devaient avoir un sacré tour de main pour faire «leurs 125 g par heure de travail» ! Puis on les dépose sur un papier sulfurisé. Les stigmates, que les producteurs de safran appelaient aussi le rouge, sont mis dans un tamis à mailles fines que l’on suspend à 45-50 cm au-dessus de braises de charbon de bois pendant environ 40 à 45 minutes pour 500 g de safran frais (réduisez le temps en fonction de la quantité récoltée). Le safran est prêt lorsqu’il se brise facilement dans la main. Cette étape est délicate. Pour préserver toutes les qualités de l’épice, il ne faut pas de fumée et la maîtrise du temps est essentielle pour ne pas trop griller les stigmates ; on retournera les stigmates à mi-temps de séchage.

A moins d’ être de gros consommateurs, pour couvrir vos besoins et avoir toujours du safran frais, il vous suffit de planter 0,5 à 1 m2. La première année, soyez patient, la récolte sera de l’ordre du gramme de safran sec. La deuxième année, vous récolterez un minimum de 3 g de safran sec, puis l’ année suivante, aux alentours de 5-7 g. Heureusement, cette épice s’utilise avec parcimonie, et, de toute manière, le safran en fleur à l’automne est à lui seul un régal... pour les yeux !

OÙ ACHETER LES BULBES?
Un peu partout, chez les bons fournisseurs. Les bulbes ne sont disponibles qu’à partir de la fin de l’été. Le prix tourne autour de 1 à 1,50€ le bulbe.

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