Apprendre dans la joie et la bonne humeur !

Les écoles qui rendent les enfants heureux...

Pourquoi continuer à apprendre dans la contrainte, la compétition, et éventuellement la dévalorisation alors que d’autres modèles existent ?
C’est la question que s’est posée, il y a bien longtemps, Antonella Verdiani, et elle consacre aujourd’hui tout son temps à la valorisation d’une autre façon d’apprendre. Elle a trouvé des écoles qui rendent les enfants heureux.

Pour les indiens Navajos, la première chose qu'on fête à la naissance d'un enfant est son rire, l'expression de la joie. Il naît à la communauté des humains à ce moment-là. Avant, il est entre les deux mondes. Lorsqu’Antonella Verdiani découvre cette pratique, elle est encore spécialiste de programmes sur les questions d'éducation à l'UNESCO. Elle se demande pourquoi cette joie se perd, et surtout à l'école. Alors qu’elle travaillait depuis plus de dix-huit ans dans l’organisation internationale, elle décide de quitter son poste pour aller découvrir les écoles où la joie est conservée : la joie d'apprendre, la joie d'être ensemble, surtout. Sa quête la conduira d’abord en Inde, à Auroville, dans ces écoles où les enfants ont un « taux de bonheur » élevé, tout comme les enseignants. Ce sera le sujet de sa thèse, soutenue en 2008.

Des expériences et des rencontres

Antonella Verdiani entame ensuite un tour du monde des écoles centrées sur l’épanouissement des enfants. Cette immersion donnera naissance à un livre : « Ces écoles qui rendent nos enfants heureux » (1).

Plus récemment, elle a initié le mouvement citoyen « Le Printemps de l'éducation ». Ce réseau réunit des individus, associations et institutions pour militer en faveur d’une éducation centrée sur le bien-être et l'épanouissement des enfants… et des enseignants.

Pour Rebelle-Santé, Antonella Verdiani revient sur ces nouvelles pratiques éducatives.

Christophe Guyon : Qu’avez-vous appris des écoles alternatives à Auroville ?

Antonella Verdiani : La clé, c'est l'éducation intégrale, c'est-à-dire le yoga intégral. Le yoga, ce n'est pas uniquement les postures, c'est une discipline. J'ai découvert que Yoga et joie ont la même racine. Les deux viennent de yug, qui veut dire le lien. Donc, quand je suis en joie, je suis en lien. L'éducation intégrale repose sur une vision de l'individu qui n'est pas fragmentée mais, au contraire, faite de toutes les dimensions : mentale, physique, vitale qu'on peut aussi appeler émotionnelle, et la dimension spirituelle et psychique. À Auroville, pour appliquer ces principes, chaque école a ses propres pratiques. Celles qui m’intéressent le plus sont basées sur le libre progrès. Les jeunes choisissent leur thème à développer pendant l'année, avec un enseignant qui est là pour les accompagner. Il montre le chemin, mais n’est pas celui qui dirige.

Quelle est l’efficacité de ces écoles ?

J'ai constaté que c'était efficace, même si je n'aime pas trop ce terme. C'est efficace dans le sens de l'épanouissement des enfants. Dans le sens de l'acquisition de connaissances, selon les paramètres qui sont les nôtres en Occident, ça se discute. Certains enfants apprennent à lire et à écrire plus tard que d’autres, comme dans toutes les écoles alternatives qui respectent les rythmes des enfants. À la fin du parcours scolaire classique, à l’âge du Bac, dans ces écoles, il y a des élèves hyper passionnés par certaines choses, qu’ils maîtrisent parfaitement, et qui ont aussi des carences dans d'autres matières. Mais ils ont une facilité à aller chercher la connaissance quand elle leur manque, car ils n'ont pas peur. Alors que, dans les écoles occidentales, on forme aussi à avoir peur et à ne pas explorer.

En résumé, l’idée est de conserver la joie, d’éviter de donner des peurs pour garder cet enthousiasme intact ?

Oui, en respectant les rythmes des enfants et surtout en entretenant la confiance. C'est valable pour toutes les écoles alternatives.

Quels sont les points communs de ces écoles alternatives ?

La liberté. Il y a aussi l'approche globale avec une attention aux quatre grandes dimensions que j'ai évoquées : physique, mentale, spirituelle et vitale (ou émotionnelle). Si ces quatre dimensions sont respectées, l'épanouissement sera toujours là.

En face de chez moi, par exemple, il y a un collège. Je les vois, les pauvres. Ils rentrent, puis ils restent assis face à un enseignant. Et leur corps est oublié. Ils ont juste deux heures d'éducation physique par semaine. C'est absurde. Un corps d'enfant ne peut pas rester assis toute la journée. Il n'y a donc pas de respect. Alors que, dans les écoles alternatives, on veille à ce que cette énergie vitale s'exprime.

On peut donc apprendre en bougeant, comme dans certaines écoles suédoises ?

Oui. D'abord, il faut modifier la disposition de la classe. Au lieu de mettre le bureau du prof avec, en face, toutes les tables les unes derrière les autres, on crée des îlots. Ensuite, on donne la consigne que les élèves peuvent bouger. Là, ça change déjà beaucoup. J'ai vu aussi certaines écoles au Brésil où enseignants et élèves faisaient tous les matins du tai-chi. Ça change tout. Dans les écoles, il y a de plus en plus de pratiques de méditation. C’est parfois appelé concentration, silence... et cela va au-delà de la détente. C’est l’expérience de niveaux de conscience différents. Cette question de conscience est en train d’entrer à l’école.

Qu’il y a-t-il derrière cette notion de conscience ?

Voici un exemple avec un exercice tout bête. J'ai en face de moi une fenêtre avec une moustiquaire, c'est comme ça à Auroville. Si je regarde la moustiquaire, je ne vois que la trame. Mais, à travers la trame, je peux voir aussi, au-delà de la fenêtre, le paysage. Je prends alors conscience qu’il y a deux points de vue différents. Je peux regarder à l'intérieur, ou à l'extérieur, et c'est toujours moi, c'est toujours mes yeux, mais la vue est différente. C'est un exercice qui concerne les 5 sens. Mais il y a aussi des exercices qui concernent le 6e sens, l'intuition. Introduire des données qui sont étrangères au monde scolaire, comme l'intuition, c'est dans la culture de l’Inde. C'est plus facile à faire là-bas, qu'ici. L’intuition facilite l’apprentissage.

Que faire si son enfant n'est pas heureux à l’école et qu’il n’y a pas d’école alternative à proximité ?

Il y a la possibilité de faire l'école à la maison. C'est un choix qui investit toute la famille, mais c'est possible. Il y a de plus en plus de parents qui font ce choix. Il y a aussi une autre possibilité que prône André Stern (2) qui est : pas d'école du tout. C'est un choix très intéressant à regarder. Mais ce sont des choix extrêmes.

Vous êtes à l'origine du mouvement « Le Printemps de l'éducation ». De quoi s'agit-il ?

C'est un mouvement citoyen qui est né dans le sillon des colibris. Nous nous sommes rendu compte que le temps était venu de changer de l'intérieur et de l'extérieur. Nous avons donc décidé de commencer par relier les personnes, là où elles se trouvent, dans les territoires. Et puis, provoquer les rencontres pour que le partage soit fait. Nous avons donc mis en place une plate-forme sur Internet. C'est une plate-forme d'échange de pratiques et d'outils. Il y a aussi des rencontres physiques. Des rencontres nationales. Il y en a eu en 2015, la seconde se déroule cette année en avril à Paris.

(1) chez Actes Sud, 2012. Et plus récemment : Renouer avec la Joie de l'enfance, un parcours pédagogique qui invite à la redécouverte de ce moteur de l’existence qui est la joie de vivre naturelle (Eyrolles, 2017).
(2) Fils du chercheur et pédagogue Arno Stern, André Stern a grandi en dehors de toute scolarisation.

Plus d‘info : www.educationalajoie.com / printemps-education.org

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