Graphologie : l’écriture, miroir de la personnalité

Il nous arrive tous, à un moment donné de notre vie, de nous poser des questions sur notre comportement et notre personnalité profonde. La graphologie, art et science humaine, en approchant notre moi intime via l’écriture, peut nous aider à comprendre la façon dont nous fonctionnons et à découvrir des aspects insoupçonnés de notre personnalité.

La graphologie est l’art d’étudier une écriture afin d’y déceler les grands traits de la personnalité et du comportement. Le premier ouvrage traitant de l’analyse de l’écriture a été publié en 1622 par un Italien, Camillo Baldi. Mais ce n’est qu’au 19è siècle que l’on s’est réellement intéressé à la personnalité, y compris via l’écriture. Jean-Hippolyte Michon, directeur d’un établissement religieux, est le premier à s’être passionné pour la graphologie. Il a fondé en 1871, la Société Française de Graphologie, pionnière et référence en France en matière d’enseignement de la graphologie.

Mais la graphologie de l’Abbé Michon était une graphologie de signes. L’écriture était analysée à travers tous les petits signes, essentiellement dans la forme des lettres, et l’interprétation découlait de ces signes. Aujourd’hui, dans l’esprit de beaucoup d’entre nous, la graphologie est restée à tort cette simple analyse de signes. Or très tôt, déjà dans le courant du 19è siècle, les travaux de l’Abbé Michon ont été critiqués et repris par Crépieux Jamin, un horloger français, doué, comme il se doit, d’un grand sens de l’observation et de la précision. Ce dernier a entrepris un travail de classification et de réorganisation des signes. Il a approché l’écriture d’une manière différente en donnant de l’importance à la façon dont elle s’organise dans la page de papier. À l’issue d’un travail important, Crépieux Jamin a ainsi dégagé l’étude graphologique de la simple observation de la forme des lettres. Il a créé 7 genres et 175 espèces ou terminologies pouvant être appliquées à l’écriture.

Uniquement des originaux

L’essentiel en graphologie est de bien observer et de pouvoir aborder toutes les caractéristiques de l’écriture, dans le trait, la pression, l’espace, la liaison des lettres, la continuité, la dimension, la forme, la vitesse et le mouvement. C’est l’ensemble de ces éléments qui permet d’approcher une écriture et non pas les simples signes tels que l’Abbé Michon l’avait enseigné.

Un graphologue doit toujours travailler sur des originaux car la qualité d’un trait, la conduite de ce trait et la pression sont des éléments clés de l’analyse. Impossible donc d’effectuer une graphologie à partir d’un fax ou d’une photocopie. En cas d’erreur dans l’analyse du trait, le portrait peut basculer dans une interprétation totalement à l’opposé de la réalité. Le document doit également être impérativement signé car la signature constitue un élément important de l’écriture.

L’importance du modèle

Le graphologue analyse l’écriture à partir d’un modèle donné, celui qui nous a été enseigné à l’école, et il observe toutes les différences que nous y apportons. Ce modèle diffère en fonction de notre nationalité. En Espagne et en Italie, même si la base de l’écriture est la cursive latine, les règles de dimension inculquées à l’enfant ne sont pas les mêmes qu’en France. Si les Italiens ou les Espagnols écrivent plus grand, cela ne signifie donc pas qu’ils ont un ego plus important! Des tas de règles de présentation, sociales et culturelles, sont liées aux normes de l’enseignement et varient d’un pays à un autre. Ne pas les connaître, c’est risquer d’interpréter en fonction de ses propres règles et de commettre des erreurs.

Pour réaliser une analyse graphologique, les trois données à connaître absolument sont le sexe, l’âge et le niveau d’étude.

L’âge peut avoir des incidences sur le tracé. Il arrive néanmoins que des personnes âgées aient des écritures très jeunes et des adolescents des écritures matures.

Le niveau d’étude entre en ligne de compte pour situer l’aisance du scripteur. Même si ce n’est pas une généralité, le détenteur d’un bac + 5 ou plus est censé avoir une bonne maîtrise de l’écriture. A contrario, quelqu’un qui a quitté l’école tôt et exerce un travail manuel difficile peut avoir une écriture qui semble maladroite.

Ce n’est qu’à partir de ces données minimum que le travail en terme d’analyse et de méthodologie d’observation peut commencer. Sans ces données essentielles, le graphologue passerait à côté d’une dimension importante. D’autres données peuvent également être utiles, comme le fait de savoir si la personne est droitière ou gauchère par exemple, car elles peuvent permettre de tempérer une interprétation. Plus le graphologue a d’informations, plus l’analyse sera fouillée et proche de la réalité.

La graphologie dans le domaine privé

La graphologie en clientèle privée s’adresse à tous ceux qui, à partir de l’adolescence, sont curieux de mieux se connaître. Chez les plus jeunes, la personnalité n’est pas assez complète pour pouvoir faire une analyse graphologique approfondie. On peut approcher certains problèmes et voir certains grands traits de caractère apparaître dans l’écriture vers l’âge de 9, 10 ans mais ce sera une approche très superficielle.

Quand les gens viennent me voir, c’est souvent parce qu’ils ne comprennent pas pourquoi ils sont si émotifs ou pourquoi ils réagissent de telle manière dans telle circonstance et autrement dans telle autre. Ils s’inquiètent parfois de leur capacité à relever tel défi professionnel. Ils souhaitent être rassurés, savoir sur quelles qualités ils peuvent s’appuyer dans la vie et dans quels domaines ils doivent travailler sur eux-mêmes pour évoluer, se sentir mieux et avoir des relations plus simples avec leur environnement familial ou socioprofessionnel, explique Catherine Dutigny, graphologue diplômée de la Société Française de Graphologie. Les demandes sont très variées, elles dépendent de l’âge et de la situation professionnelle. Mes clients s’inquiètent pour eux mais parfois aussi pour un proche, un enfant ou adolescent. La demande en clientèle privée est pratiquement du cas par cas. On retrouve des thèmes majeurs mais il n’y a pas de graphologie type.

Lorsque le graphologue a terminé son travail, il s’entretient avec son client afin de commenter ensemble le travail effectué et dégager certaines pistes de réflexion. Il arrive aussi qu’il le renvoie vers un autre spécialiste si la question est trop lourde ou trop difficile à aborder. La graphologie ne prétend nullement pouvoir faire un diagnostic, ni avoir les compétences d’un psychiatre, psychanalyste ou psychologue.

Déontologiquement, le graphologue n’a pas le droit de faire un diagnostic car sa technique ne le lui permet pas, précise Catherine Dutigny. L’expérience aidant, certaines écritures peuvent nous révéler un déséquilibre mais nous ne pouvons pas déterminer s’il s’agit d’un déséquilibre passager ou structurel. On peut par exemple déceler des traces de l’alcoolisme dans un écrit. Mais tout ce qui touche à l’aspect neuro-biologique de la personne peut entraîner des tremblements, un trait abîmé. On ne sait pas si cette personne prend des médicaments, si c’est l’alcool ou une maladie neuro-biologique dont on n’a pas connaissance. Nous pouvons voir des symptômes mais nous n’avons en aucun cas la possibilité de mettre un nom sur ces symptômes ou de déterminer une maladie.

Graphologie dans l’entreprise

La graphologie dans le domaine professionnel s’adapte à la demande du client. Ce dernier définit le poste à pourvoir, le profil du candidat et les principales capacités, aptitudes et compétences humaines et professionnelles souhaitées. Le graphologue se base sur cette demande pour déceler dans l’écriture des candidats une plus ou moins bonne adéquation avec ce profil. Le graphologue doit malheureusement faire son travail sur base d’un document officiel, ce qui biaise un peu son analyse car, pour avoir vraiment la dimension du candidat, il aurait également besoin des brouillons. Certaines personnes présentent, quand elles s’expriment librement sur un brouillon, des qualités masquées dans les lettres officielles par une écriture très surveillée.

Ce n’est pas non plus parce que son analyse graphologique est positive qu’une personne réussira dans la fonction ! Tellement d’autres facteurs interviennent dans la réussite d’une embauche qu’il existe toujours un risque d’erreur. Le risque nul en matière de recrutement n’existe pas puisqu’on travaille sur de l’humain. Via la graphologie, l’employeur essaie précisément de diminuer ce risque au maximum.

Les profils définis en matière de recrutement sont souvent les moutons à 5 pattes, souligne Catherine Dutigny. On demande parfois des qualités antinomiques. Il n’y a pas de mauvais candidats mais des candidats qui remplissent mieux telle partie du profil et d’autres telle autre partie. Si le profil est mal défini, le travail ne pourra être fait correctement. Nous devons donc être très exigeants sur la demande et sur la précision du profil.

Légalement, le candidat a accès à son analyse graphologique mais, en pratique, beaucoup d’employeurs ne disent pas qu’ils ont recours à cette technique. Sachez que si une lettre de candidature manuscrite est requise dans une offre d’emploi, il y aura probablement une analyse graphologique à la clé. « J’écris toujours mes graphologies de manière à ce qu’elles soient lues par le candidat ou la candidate« , ajoute Catherine Dutigny. « Tout le problème et l’art du rédactionnel est de pouvoir tout dire mais en pouvant être lu et compris, tant par le recruteur que par le candidat. » Pouvoir tout dire sans employer la langue de bois donc ! Même si le candidat n’est pas retenu et obtient son étude graphologique, il faut que celle-ci soit rédigée de manière à ce qu’il en tire un bénéfice. Si le candidat n’a pas les capacités requises pour le poste mais que l’analyse graphologique met en évidence des qualités pour un autre type de fonction, le graphologue essaiera de faire passer le message en guise de conclusion.

La graphologie peut aussi mettre en avant des aptitudes non-exploitées à fond. Pourquoi pousser quelqu’un vers un travail qui ne lui convient pas et dans lequel il ne s’épanouira pas ? Tout le monde a donc intérêt à ce que l’analyse soit bien faite, le candidat et l’employeur.

Il faut savoir aussi que certaines équipes de graphologues travaillent également en milieu clinique pour suivre à travers l’écriture l’incidence de la prise de certains médicaments. Les graphologues peuvent aussi faire de l’expertise en écriture. Il s’agit d’un autre métier mais pas d’une autre formation. Les experts en écriture ont l’agrément des tribunaux et travaillent pour des problèmes de criminalité ou d’authentification de documents.

Graphologie et psychologie

Impossible d’être un bon graphologue sans avoir des connaissances en psychologie. Une analyse graphologique commence par une description de la manière dont les autres nous voient. Mais le travail du graphologue devient intéressant lorsqu’il essaie de comprendre et d’expliquer le pourquoi ou le comment. Il doit essayer de comprendre la logique interne qui nous anime. À ce stade, sans connaissances psychologiques, le graphologue ne peut pas faire son travail correctement. Une connaissance en psychologie est nécessaire pour aller plus loin dans les mécanismes de défense, les stades freudiens qui marquent l’écriture, pour comprendre si nous nous aimons avant d’aimer les autres etc. Toutes ces notions psychanalytiques ou de psychologie permettent d’établir et de comprendre le lien qui existe entre des touches parfois contradictoires mises côte à côte dans un portrait.
Pour cette raison, de plus en plus de graphologues possèdent aujourd’hui une licence en psychologie. L’absence d’a priori, la qualité d’écoute, la qualité d’attention et d’acuité au niveau de l’observation sont des qualités indispensables à tout bon graphologue. Il doit également apprendre à éviter les projections personnelles.

Quand on est un jeune apprenti graphologue, c’est très difficile parce qu’il y a des écritures qui nous plaisent et d’autres pas, explique Catherine Dutigny. On a tendance à attribuer à l’autre ce qu’on aime ou pas en fonction du plaisir ou du déplaisir qu’on éprouve face à son écriture. Pour être un bon graphologue, il faut faire un travail sur soi, abandonner ses a priori, ne pas penser en termes de bien et de mal, et faire preuve d’intuition.

Le travail du graphologue, tant en clientèle privée que professionnelle, est de comprendre et non pas de juger. En ce sens, il se rapproche de celui du psychiatre ou du psychanalyste. Au moment où il effectue son travail d’analyse, il doit se laisser envahir par l’écriture et la personnalité qu’il observe. Il faut beaucoup de réceptivité, de disponibilité intellectuelle et de sensibilité. Un peu comme un acteur pénétré par un rôle, le graphologue s’immerge dans la personnalité qu’il étudie et ce, en peu de temps, contrairement à un psychiatre ou psychanalyste dont les séances sont étalées dans le temps.
Le graphologue doit également faire très attention au rédactionnel. Sa façon de rédiger peut être adaptée à la demande. Il peut choisir d’aller plus loin et d’être plus précis dans sa description, pour une personne qui demande une analyse pour elle-même, que pour un travail demandé pour un tiers par exemple.

Gare aux analyses gratuites

De nombreux journaux et magazines proposent des analyses graphologiques gratuites. Méfiez-vous de cette démarche ! Dans la plupart des cas, l’analyse sera très superficielle et ne présentera aucun véritable intérêt. Ces propositions entretiennent en outre l’impression qu’une analyse graphologique est un jeu. Ce n’est pas le cas ! La graphologie est un véritable métier et le résultat de 5 années d’études. Présentant uniquement les grands traits et ne prenant pas en compte tous les paramètres, les graphologies gratuites peuvent contenir des erreurs. Comme dans le cas d’un horoscope gratuit, si l’analyse est rédigée d’une certaine façon, nous y retrouverons toujours quelque chose qui s’appliquera à nous et nous semblera juste… C’est facile de plaire et c’est facile de duper !

Tout enseignement de graphologie en France est dispensé par des écoles privées reconnues d’utilité publique. Mais les diplômes décernés par ces écoles ne sont pas reconnus par l’Etat. La profession de graphologue n’étant pas réglementée, n’importe qui peut s’inscrire demain dans les pages jaunes et se proclamer graphologue. Personne ne viendra lui demander ses diplômes ! Si vous voulez entreprendre une analyse graphologique, renseignez-vous bien. N’hésitez pas à téléphoner à la Société Française de Graphologie ou au Groupement des Graphologues Conseils de France qui vous communiqueront des adresses de graphologues diplômés dans votre région. Si vous consultez un graphologue, renseignez-vous donc bien sur sa formation et ses diplômes et demandez-lui des références.

Combien ça coûte ?

Les tarifs d’une analyse graphologique sont libres. Il existe trois types d’études :

  • le flash qui reprend les grandes lignes de la personnalité
  • l’analyse standard sur trois plans qui couvre la démarche intellectuelle, la personnalité intime et qui situe la personne par rapport à son activité sociale et autre.
  • l’analyse approfondie qui va creuser plus loin dans les motivations, les phénomènes de compensation, les idéaux etc.

Les tarifs varient de 60 € environ pour un flash à 150 € voire plus pour une analyse approfondie, représentant en moyenne deux jours complets de travail pour le graphologue.

ADRESSES UTILES

Société française de graphologie (SFDG) : 5 rue Las Cases 75007 Paris – Tél : 01 45 55 46 94 – Site : www.graphologie.asso.fr
Syndicat des Graphologues Professionnels de France, (SGPF) : 3, square Henri Delormel 75014 PARIS – Tél : 01 42 65 28 28 – www.sgpf.asso.fr

Merci à Catherine Dutigny, graphologue diplômée de la Société Française de Graphologie.

À LIRE
Manuel de graphologie, de Jacqueline Peugeot, Arlette Lombard et Madeleine Noblens, éditions Masson.
La graphologie, de Denise de Castilla, éditions Le Cavalier Bleu.

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