La médecine grecque

"D'abord ne pas nuire"
Rubrique

Pour la majorité d’entre nous, médecine grecque = Hippocrate. Certes, il y avait une vie avant ce célébrissime père de la médecine, mais, finalement, faire démarrer le «vrai» titre de «médecin à l’occidentale» à son époque n’est pas faux.

PRIMUM NON NOCERE
Avant Hippocrate, tout un chacun peut se dire médecin sans encourir aucune sanction : les guérisseurs se mêlent aux devins, magiciens et autres thérapeutes auto-proclamés. Le tout sur fond de vénération à un dieu ou un autre, puisque, selon le problème rencontré, on implore Dyonisos ou bien Asclépios (toujours représenté en compagnie de son caducée, ce serpent crétois représentant les âmes des ancêtres, donc l’immortalité, la force thérapeutique et la fécondité), l’ancêtre d’Hippocrate.

LES PLANTES DE DYONISOS
Dionysos, dont le nom évoque instantanément les fêtes au cours desquelles le vin coule à flot, est aussi le grand ami des herbes, feuilles et autres baies. Pour guérir, il fait appel à la phytothérapie, notamment aux plantes suivantes, que nous utilisons encore pour la plupart d’entre elles aujourd’hui.
Le fenouil – améliore la vue, facilite la digestion et la perte de poids.
Les feuilles de vigne – contre l’hypertension, les troubles de la ménopause ou les problèmes ophtalmologiques.
Le myrte – conjure l’ivresse.
Le perce-neige – anti-paralysie (depuis, on en a tiré un médicament très "à la pointe" pour ce type d’indication).
L’épine blanche – puissant mais dangereux antidouleur.
Le lierre – polyvalent (antiseptique, antibiotique, antalgique).
Le saule – il renferme de l’acide salicylique, autrement dit l’aspirine!
La violette – pour mieux respirer.

HIPPOCRATE LE GRAND, "PÈRE DE LA MÉDECINE"
Avec la médecine dite hippocratique, on sort enfin de la médecine «magique» et «religieuse» pour se diriger vers quelque chose de construit, de raisonné, de concret. Hippocrate, médecin du Ve siècle avant J.-C., ne rejette pas pour autant le concept de médecine holistique (globale) ni la «tradition ». Au contraire!
Convaincu des bienfaits de la musique sur la santé, il en parle dans le Corpus hippocratique (ensemble d’écrits) comme d’un vrai traitement pour certaines maladies! Mais plus quotidiennement, et pour les troubles physiques, la médecine hippocratique obéit à une logique tout à fait nouvelle pour l’époque.

Grâce à lui et à ses élèves :
1) L’origine divine des maux est écartée, y compris pour les maladies supposées y être directement reliées (épilepsie, ou «mal sacré»). C’est le premier médecin à avoir séparé religion et médecine!
2) L’observation et le raisonnement doivent présider au choix du traitement: on interroge le malade sur ses symptômes, on examine sa langue, ses selles, ses urines, son état général, on analyse son sommeil, son profil nerveux, son type de fièvre. Hippocrate a donc créé le diagnostic.
3) Les médecins fondent des théories, comme la proverbiale théorie des humeurs (lorsque ces dernières sang, lymphe, bile… sont perturbées, on tombe malade).
4) Ils élargissent le champ de réflexion à des questions plus fondamentales, portant par exemple sur la reproduction (comment un enfant peut-il naître du sperme?).
5) L’anatomie progresse à grand pas, à l’aide de dissection (un peu) mais surtout d’observations cliniques (beaucoup).

Enfin, Hippocrate nous est cher car il fut l’inventeur de la prévention (on essaie d’éviter de tomber malade plutôt que de réparer) et de la diététique : «Que ton aliment soit ton premier médicament». Nul patient ne sortait de sa consultation ou de celle de ses élèves sans conseil alimentaire, notamment de manger… plus de fruits et légumes!

DES GÉNÉRALISTES "SPÉCIALISÉS"
Il n’existe que des médecins généralistes en Grèce antique. Ce qui ne les empêche pas d’avoir leur domaine de prédilection: tel médecin est réputé venir à bout des problèmes ophtalmo, tel autre excelle en art dentaire, en gynécologie, en médecine du sport ou des armées. Par ailleurs, seules les sages-femmes aidées d’infirmières accouchent les parturientes (même si quelques rarissimes médecins s’y hasardent). Enfin, les pharmaciens jouent un grand rôle, non seulement en préparant et délivrant les médicaments prescrits par les médecins, mais encore en en inventant eux-mêmes et en proposant leurs spécialités, dont certaines sont reconnues et que l’on s’arrache, tant à Athènes qu’à l’Ile de Cos.

SOURCES
- La Grèce au siècle de Périclès, Robert Flacelière, coll. La Vie quotidienne, éditions Hachette.
- Les Grecs et l'irrationnel, E. R. Dodds, éditions Flammarion.
- Les débuts de la science grecque, de Thalès à Aristote, Geoffrey E. R. Lloyd, éditions La Découverte.
- Hippocrate, Jacques Jouanna, éditions Fayard.

Si vous souhaitez accéder aux articles en version intégrale, souscrivez à la version abonné de notre site.

Déjà abonné(e) ?

Sélection de livres disponibles dans notre boutique

Spasmophiles ? Libérez vos émotions !
Mon cahier de sophrologie
Les compléments alimentaires à l’épreuve de la science
Mon cahier de tisanes