Le béguinage pour ne pas vieillir seul

Le béguinage revient sur le devant de la scène. Derrière ce nom aux origines inconnues, se cache une nouvelle forme d’habitat groupé pour personnes âgées. Inspiré d’une façon de vivre datant du Moyen Âge, il séduit par son esprit de partage et de solidarité. À Perpignan, Thierry Prédignac s’est lancé dans l’aventure… qui ne fait que commencer !

Rien ne le préparait à se spécialiser dans ce type d’habitat, ni ce genre d’aventure. Et pourtant, voilà qu’à la cinquantaine passée, cet ancien chef d’entreprise se retrouve à la tête de projets fleurissants dans la France entière. « C’est un nouveau concept, admet Thierry Prédignac. Une façon de vivre qui séduit les seniors : le succès rencontré par le béguinage de Perpignan, ouvert en janvier de cette année, en est la preuve. » D’ailleurs, le bureau des trois associés (dont l’un est spécialisé dans les aspects juridiques et fiscaux et un autre dans l’architecture et les entreprises) croule sous les demandes ; il y a 75 dossiers dont 35 en cours, parmi lesquels une dizaine va voir le jour. Quimper, Mulhouse, Chambéry, Lourdes, Valence, Arras auront bientôt leur béguinage.

Quand le hasard s’en mêle…

Alors qu’il envisageait de réorienter sa carrière, l’ancien publiciste mène une réflexion sur le bien vieillir. Il manque un chaînon entre rester tout seul chez soi et la maison de retraite où l’on perd les commandes de sa vie. D’autre part, les statistiques montrent qu’il n’y a jamais eu, en France, autant de personnes aussi vieilles qu’en ce début de XXIe siècle.

C’est ici qu’intervient le fameux « hasard » ! Il y a 3 ans, Thierry Prédignac rencontre un groupe de jeunes retraitées qui cherchent un lieu où vivre et vieillir ensemble.

« Elles m’ont parlé de béguinage, j’ai trouvé ça génial ! Voilà la réponse à ma question… », se souvient-il avec enthousiasme. À l’époque, il avait une entreprise de communication chargée de récolter des fonds pour certaines institutions. Et deux cadres de son entreprise lui proposaient justement de lui racheter sa société.

« J’ai fait le saut et, avec cet argent, j’ai monté ce premier béguinage à Perpignan avec le groupe de jeunes retraitées, résume le nouveau promoteur. Pendant un an, on a cherché puis trouvé cet ancien couvent ; ensuite, tout est allé très vite. »

Que partage-t-on ?

Hormis la foi, souvent liée à l’éducation de cette génération, des lieux sont partagés par les résidents : une salle commune qui sert de salle à manger ou de réunion, des chambres d’amis, la cave, la buanderie. Le jardin aussi, bien sûr !  Une charte, réfléchie par tous les futurs locataires (ou propriétaires) tout au long des travaux, permet de répondre à certaines questions pratiques telles que les conditions d’admission, d’établir des règles de vie quotidienne et… d’éviter les conflits.

Nul doute que le béguinage a le vent en poupe et que celui de Perpignan permettra à d’autres projets de voir le jour. Allons même jusqu’à parier que M. Prédignac n’est pas prêt de prendre sa retraite pour… devenir béguin !

LES BÉGUINES

Venu de Belgique, le béguinage doit son nom aux « béguines », ces femmes qui, dès le XIIe siècle, décidèrent de partager un lieu de vie. Les Croisades ayant laissé de nombreuses veuves, celles-ci se regroupaient hors des monastères déjà pleins, dans une structure communautaire où elles conservaient autonomie et activités. Elles étaient spirituellement et économiquement indépendantes.

Né en Flandre, le béguinage s’est répandu dans tout le nord de l’Europe. De nos jours, il en existe toujours – notamment à Courtrai (classé au patrimoine de l’Unesco) et à Louvains-la-Neuve. À Bruges, on peut encore visiter la Maison de la béguine, une habitation restée en l’état.

La dernière béguine s’est éteinte en 2013 à Courtrai à l’âge de 92 ans.

EN SAVOIR +

Libres et folles d’amour, de Dieudonné Dufrasne (Éditions Thomas Mols) – 23 €
Les béguines, de Silvana Panciera, dans la collection « Que penser de… ? » aux éditions Fidélité – 10 €
Écrits mystiques des béguines, d’Hadewijch d’Anvers, en livre de poche – 7,50 €

CONTACT :
Vivre en béguinage, 2 bd Kennedy – 66100 Perpignan – Tél : 04 11 81 61 20
Courriel : contact@beguinage.net – Site Internet : www.vivre-en-beguinage.fr

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