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Les sympathisants

Épisode 6

Résumé : Une explosion d’origine criminelle vient d’avoir lieu au siège parisien de l’association Amitié Moindre Mal.

“La sympathie nous unit”

Un peu plus tard, chez Denise et Roland, c’est le journal de treize heures. Roland mange un yaourt à la fraise en regardant les informations. Denise, elle, s’est servi un gin tonic et regarde aussi la télévision. Ils ne disent rien car ce matin il s’est passé quelque chose. Un attentat. Tôt ce matin, une bombe a explosé au siège d’Amitié Moindre Mal à Paris. Il n’y a aucune victime car les salariés et bénévoles n’étaient pas encore arrivés. En revanche, l’explosion a causé d’importants dégâts matériels. La vitrine est entièrement détruite ainsi qu’un ordinateur contenant la base de données de tous les Sympathisants, dit le journaliste.

– Ils avaient une copie, dit Roland. C’est sûr. Il renifle bruyamment. Quoi ? Mais pourquoi tu me regardes comme ça ? Qu’est-ce que j’ai dit ?

Denise ne répond pas.

*

– Deux cafés, s’il te plaît.

Marie et Manu s’installent sur les hauts tabourets du comptoir. Marie jette un coup d’œil autour pour voir qui est là, mais ce n’est que le début de l’après-midi. Sur le comptoir, quelqu’un a laissé le journal ouvert à la page de l’article avec la photo du siège d’Amitié Moindre Mal juste après l’attentat.

– Voilà, dit Patricio qui sert les cafés. Ça va, les jeunes ?

– Oui, dit Marie… Tu as vu AMM ? Le barman hoche la tête, tandis que Marie s’emporte : c’est des tarés, ils sont malades ! Pourquoi choisir le siège d’une asso de Sympathisants ? Et ils font ça juste pendant la semaine de la Sympathie ! Pourquoi s’en prendre à des gens qui se défoncent pour aider les autres ?

– Je ne sais pas, dit Patricio. Il n’y a pas eu de victime. Ce n’est peut-être pas après les Sympathisants qu’ils en ont… Pensif, il regarde un instant la photo du journal, puis s’éloigne pour servir d’autres clients.

Marie est stupéfaite par cette réaction.

– C’est pas vrai ! Ça ne le choque même pas qu’on s’en prenne aux Sympathisants ! Il s’en fout ! Mais ce n’est pas possible, qu’est-ce qu’on va faire ?

Chapitre 11

Le débat a lieu dans la petite salle au fond du bar. Il y a déjà du monde. Bien sûr, Véronique ne connaît personne. Un gars costaud arrive de la grande salle, portant trois chaises sur la tête.

Une jolie jeune fille vient vers Véronique.

– Bonjour, je suis Marie, de Solidarité et Bien-être.

– Bonjour… Je m’appelle Véronique.

– Je ne t’ai jamais vue, ici. Tu fais partie d’une association de Sympathisants ?

– Heu… Non, pas du tout, dit Véronique. Je venais juste voir, comme ça…

Marie sourit.

– Tu as des enfants ?

Véronique est surprise par ces questions plutôt directes de la part d’une inconnue, mais, intimidée à son arrivée, elle trouve l’accueil chaleureux. C’est bien volontiers qu’elle s’installe à une table en compagnie de cette jeune fille au visage plein de gentillesse.

Alain est là depuis près d’une heure, discutant avec Guy et Nicolas, deux autres Sympathisants du GESA. À propos de l’attentat de ce matin, les commentaires vont bon train. Selon le siège d’Amitié Moindre Mal, il s’agirait d’un règlement de compte interpersonnel. Alain demande à ses amis la permission de douter. Nicolas affirme que, devant toutes les mesures gouvernementales prises en faveur de la Sympathie, et au détriment des autres modes de solidarité, il est normal que des gens ne soient pas contents. C’est logique qu’on s’en prenne à l’association fondée par la femme du Président de la République. Le gars costaud qui portait les chaises est venu les rejoindre et partage cet avis. Le sujet s’épuisant, les quatre compères observent les nouveaux arrivants, et disent que, comme d’habitude, on voit toujours à peu près les mêmes têtes. On a l’impression, lors de ces débats, de rester toujours entre nous, c’est désespérant. De plus, ce qui est pire, certains Sympathisants – mais pas ceux du GESA – ne voient systématiquement dans les nouveaux arrivants que de potentielles futures recrues pour leurs associations.

Manu rejoint le groupe avec un cahier à spirale sur lequel il a écrit les thèmes qu’ils ont prévu d’aborder. Les cinq amis discutent maintenant pour savoir qui animera le débat et qui distribuera la parole.

Pendant ce temps, installée à sa petite table ronde, Véronique confie à Marie ses angoisses de mère. La jeune infirmière l’écoute attentivement en tentant de la réconforter.

C’est alors que, venant de la grande salle, apparaît Denise, qui semble chercher quelqu’un.

– Ah, dit Marie, bonsoir Denise. Véronique, je te présente Denise, nouvelle recrue de Solidarité et Bien-être.

Véronique sursaute, interloquée.

– Mais on se connaît, on se connaît, s’écrie Denise, radieuse. C’est ma voisine ! Ah, c’est bien de te voir ici, dis donc ! Je vais m’asseoir avec vous, ajoute-t-elle en approchant une chaise. Tu as vu, Marie, ce qui s’est passé chez AMM ? Quand je pense qu’au départ, c’est chez eux que je voulais aller !

Manu, son cahier toujours à la main, vient apporter un demi à Marie.

– Bonsoir mesdames…

– Bonsoir !

– Bonsoir à tous…

La voix puissante d’Alain s’est détachée du brouhaha.

– Bonsoir, merci à tous d’être venus, nous allons commencer ce débat… Un débat qui est organisé par des membres du Groupe Empathique et Sympathique Actif et de Solidarité et Bien-être

Le silence s’est fait. On n’entend plus que les rumeurs de la grande salle du bar.

– Avant de commencer, dit Alain, je voudrais dire quelques mots au sujet de l’attentat de ce matin. C’est arrivé juste pendant la semaine de la Sympathie. C’est peut-être fait exprès, je ne sais pas. En tout cas, il ne faudrait pas que cela nous empêche ce soir d’avancer dans le débat. Je propose que si personne n’a rien d’autre à ajouter au sujet de l’attentat, le sujet soit clos dès maintenant.

Plusieurs participants approuvent.

Alain continue :

– Il n’y aura pas d’intervenant. Nous proposons que chacun partage ses expériences et sa propre vision des choses. Nous allons peut-être d’abord voir quelles associations sympathisantes sont présentes ce soir, il y a d’autres assos, non ? interroge-t-il en cherchant du regard dans l’assistance quelqu’un qu’il ne connaît pas. Mais il y a surtout des visages connus.

Soudain, Denise se rappelle où elle a vu cet homme qui parle. Elle reconnaît toujours les gens. À la brocante il y a trois semaines. C’est lui qui vendait la grande lampe jaune qui est dans le salon. Quelqu’un d’honnête.

Une femme au chignon châtain grisonnant s’est levée et se présente.

– Bonsoir, je suis Édith Triolet, de l’association Amitié Moindre Mal, celle qui vient d’être frappée par l’attentat, ajoute-t-elle en baissant tristement les yeux comme si l’événement l’avait rendue veuve.

Puis elle se reprend et enchaîne fièrement :

– Amitié Moindre Mal est la plus ancienne association française de Sympathisants, qui fêtera son premier anniversaire en juillet prochain. Je suis venue pour vous parler de notre secteur international.

– Merci, dit Alain. D’autres associations ?

Une jeune fille aux yeux rieurs a levé la main :

– Bonsoir, dit-elle. Je m’appelle Kenza, je suis bénévole chez Tapumal, une association qui sympathise avec les enfants à l’hôpital.

– TapumalAMMSBE et le GESA, récapitule Alain. Nous pouvons peut-être commencer par donner la parole à ceux qui souhaitent témoigner de leurs expériences. Kenza, tu veux commencer ?

– D’accord. Eh bien… Tapumal a été créé il y a six mois sur l’initiative d’un groupe d’infirmières et d’aides- soignantes d’un hôpital lyonnais pour enfants. Rapidement, des antennes se sont développées en France dans d’autres villes, comme ici à l’hôpital Winnicott pour enfants. Puis, des gens d’un peu partout, sans formation médicale, ont rejoint le groupe. Voilà.

– Tu peux nous en dire plus sur l’exposition que vous avez montée avec les enfants ? demande une dame assise près d’elle.

– Ah oui, au sujet de l’expo… Quand nous allons à l’hôpital pour sympathiser avec les enfants, le geste de Sympathie est toujours accompagné d’une histoire, d’une chanson, de confidences… C’est surtout un moment de complicité entre le Sympathisant, ou les Sympathisants, et l’enfant. Nous avons tout simplement demandé aux enfants d’exprimer ces moments privilégiés par des dessins ou des textes. Ce sont ces dessins et ces textes que vous pouvez voir exposés à l’Hôtel de ville.

– Qu’est-ce qui vous a donné envie de sympathiser avec des enfants ? demande Véronique.

Kenza réfléchit un instant

– Eh bien, j’avoue qu’il est bien plus facile de sympathiser avec des enfants qu’avec des adultes. À l’hôpital, nous ne supportons pas de voir un enfant pleurer parce qu’il a mal. Même le cœur le plus dur est ému par les larmes du plus capricieux, du plus insupportable des enfants.

Denise acquiesce vivement. Édith prend la parole à son tour.

– Avant de vous parler des actions d’Amitié Moindre Mal, je voudrais vous présenter un ami à moi, l’abbé Rodolphe. Il sympathise avec des personnes gravement malades ou en fin de vie. J’espère que vous allez nous faire part de votre expérience, Rodolphe.

À côté d’elle, l’abbé opine vaguement.

Édith sourit et marque une pause avant de continuer :

– Amitié Moindre Mal est la plus ancienne des associations sympathisantes, redit-elle, puisqu’elle est née quand la faculté de sympathiser a commencé à se généraliser parmi nous. Notre travail est très proche de celui des autres associations présentes ce soir, c’est pourquoi je ne vous parlerai que du secteur international, qui fait notre originalité. Nous intervenons en particulier dans les pays en guerre. Je suis moi-même intervenue sur le terrain par trois fois déjà. C’est dur, très dur. On a du mal ici à imaginer les conditions de vie et la détresse des gens là-bas. La guerre est vraiment quelque chose d’épouvantable. C’est terrible de voir dans quel état on met ces hommes, ces femmes, ces enfants qui ne demandent qu’à vivre. Les médecins qui sont sur place doivent opérer dans des conditions très difficiles. Il est souvent nécessaire d’amputer des personnes, et le plus fréquemment des personnes jeunes.

La voix d’Édith se fait plus vibrante, tandis qu’elle enchaîne :

– Nous nous efforçons d’apaiser les souffrances physiques et morales endurées par tous ces gens, mais la plupart du temps nous nous sentons impuissants. Pourtant, quel bonheur de voir un visage contracté de douleur se détendre enfin et sourire. Dans ces moments-là, on se sent vraiment utile…

À suivre…

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