Pédophilie, prévenir pour mieux protéger

Rubrique

Les affaires de pédophilie, jadis murées dans le silence, explosent désormais au 20 heures. Les aveux des coupables ou les confidences des victimes devenues majeures nous obligent à ouvrir les yeux sur ce fléau. Mais la pédophilie continue de se répandre, dans les non-dits, la honte et la souffrance. Peut-on empêcher les atteintes sexuelles sur mineurs? Peut-on guérir un pédophile?

Article écrit par Alix Leduc

Punir un crime, c’est indispensable. Empêcher qu’il ne soit commis, c’est encore préférable. Comment protéger les enfants? Qui sont ces «monstres» qui s’en prennent à des innocents et qui, de surcroît, peuvent se dissimuler dans notre entourage le plus proche? “Comprendre pour mieux prévenir”, voici ce que nous ont répondu les experts que nous avons rencontrés et qui, plus que jamais, insistent sur l’importance de sortir la pédophilie de l’ignorance.
De quoi faire bondir la majorité d’entre nous, qui voit mal comment faire rimer tolérance et abus sexuels. Condamner ces crimes inadmissibles est une réponse, bien évidemment, qui va de soi. Mais connaître l’ennemi est aussi l’une des meilleures armes pour le combattre ou, en tout cas, s’en protéger...
Belle-Santé a fait appel aux lumières du Dr Roland Coutanceau, directeur du centre médico-psychologique pour adultes de la Garenne-Colombes, psychiatre des hôpitaux, psychanalyste, mais également criminologue, expert près la cour d’appel de Versailles et près la Cour de cassation et président de la Ligue française de santé mentale. Le point avec l’un des premiers psychiatres à avoir compris l’importance de mettre l’accent sur la prévention en matière de délinquance sexuelle.

Comment définir la pédophilie ?
La pédophilie est un trouble de la préférence sexuelle, et non une maladie. On peut être pédophile et ne jamais passer à l’acte. Est considéré comme pédophile celui (ou celle) qui éprouve un désir sexuel pour un corps d’enfant pré-pubère, filles ou garçons.

Existe-t-il un profil type du pédophile ?
Il n’y a pas «un» profil type mais «des» profils. Le monde de la pédophilie est aussi varié que celui de l’hétérosexualité. Les pédophiles sont issus de tous les milieux sociaux, professionnels et intellectuels. On les retrouve, cependant, plus souvent dans des professions où ils sont en contact avec des enfants, dans les associations, le milieu éducatif, etc.
S’il est impossible de dresser un portrait psychologique précis, on distingue néanmoins trois types de pédophiles: ceux qui ont un attrait exclusif pour les enfants; ceux qui peuvent également être attirés sexuellement par des adultes; et ceux qui ont un attrait secondaire pour les enfants.

Pourquoi est-on pédophile ?
On ne peut pas apporter une théorie scientifique à cette question, on ne sait pas pourquoi un individu devient pédophile. On peut seulement émettre des hypothèses, donner des pistes. 20% des pédophiles ont eux-mêmes été victimes dans le passé. Un chiffre non négligeable, qu’il faut prendre en compte. Mais la théorie de l’agresseur agressé n’est ni nécessaire ni suffisante.
Il faut plutôt s’intéresser à ce qui se déroule au moment de l’adolescence. Chez le pédophile, la révolution de la puberté n’a pas eu lieu, la transition vers une sexualité adulte ne s’est pas faite. Le passage de la pré-puberté à la puberté ne s’effectue pas chez ces personnes. Pour résumer, le pédophile en est resté au stade pré-pubère du toucher affectif, il continue de «jouer au docteur»...
Il y a un vrai décalage entre son développement physiologique et son immaturité psychologique et sexuelle. Les adultes, le relationnel lui font peur. À l’inverse, il se sent rassuré par le monde de l’enfance qui l’impressionne moins. Torturé par sa sexualité, il est attiré par des personnes imberbes, pures, non menaçantes.

Qu’est-ce qui détermine le passage à l’acte? Pourquoi et comment le dérapage arrive-t-il?
Avoir des fantasmes pédophiles ne signifie pas que l’on va passer à l’acte! D’ailleurs, il faut savoir qu’en comparaison avec la fréquence des fantasmes, les passages à l’acte sont très peu nombreux. Ce n’est pas le fantasme qui pose problème, mais le fait de s’autoriser à le vivre, sans tenir compte de l’autre... La plupart des agresseurs sexuels sont incapables d’identifier ce qui se passe dans la tête de l’enfant.
Les fantasmes sont bien plus fréquents que les passages à l’acte qui résultent souvent d’une sexualité non épanouie (situations de crise au sein du couple, ivresse, dépression, etc.).
La plupart des personnes qui ont des fantasmes sur les enfants n’osent pas en parler. Pourtant, le danger réside dans le fantasme non verbalisé, non lucide. Voilà pourquoi il est absolument essentiel que les langues se délient. D’ailleurs, les pédophiles qui se font attraper parce qu’ils ont visionné des sites spécialisés se disent soulagés de trouver une aide thérapeutique.

En quoi consiste la prise en charge thérapeutique? À qui s’adresse-t-elle?
La thérapie s’adresse, avant tout, à ceux qui sont concernés par l’injonction de soin, instaurée en France en 1998, pour les agresseurs sexuels, à leur sortie de prison. La plupart ne viendraient pas d’eux-mêmes, freinés par le sentiment de honte.
La thérapie se déroule essentiellement grâce à des techniques de travail de groupe, pour leur apprendre à mieux gérer leur attirance sexuelle.

On vise plusieurs objectifs à travers cette thérapie. Le premier est d’aider le pédophile à ne plus recommencer. L’intérêt du travail de groupe, pour ces personnes qui sont, de surcroît, égocentriques, est de les obliger à prendre conscience de la nature de leurs actes en bénéficiant de l’expérience des autres. C’est une émulation. On nomme cette sexualité bizarre, on la reconnaît et on tente de rétablir de fausses-idées, notamment sur le désir supposé de l’enfant... Ensuite, on cherche à diminuer le caractère obsédant de ses fantasmes et à leur apprendre à éviter les situations à risque en leur montrant que les périodes de crise facilitent les dérapages. Enfin, on essaie d’aider ces personnes à vivre une sexualité «autorisée», en favorisant une activité autoérotique (masturbation) ou en cherchant à orienter l’objet de leur désir vers des personnes adultes.

Quid de la castration chimique?
Ce n’est pas LA solution miracle! Ce traitement chimique, qui constitue, certes, une aide aux délinquants incapables de réprimer leur pulsion, ne balaiera pas pour autant les fantasmes de l’agresseur sexuel. Le médical ne résout pas tout. On ne peut pas faire l’économie d’un véritable accompagnement psychologique. Il faut suivre le pédophile, le conduire à dire un jour «je n’ai plus envie de le faire».

Peut-on guérir un pédophile? Peut-on empêcher les récidives?
Parmi les pédophiles, le pourcentage de récidive est plus important que pour les autres crimes sexuels (entre 10 et 20%)... Mais même s’il est impossible d’avoir des certitudes absolues dans le domaine de la psychiatrie, on peut cependant affirmer que la prise en charge thérapeutique fonctionne. 80% des pédophiles qui ont été incarcérés ne récidivent pas. Et, surtout, plus on prendra en charge ces agresseurs sexuels, mieux on sera capable de comprendre, prévenir et protéger des innocents.
Voilà pourquoi, il y a 16 ans, j’ai décidé de prendre en charge ces délinquants sexuels que nul ne comprenait. Au fil des rencontres, après avoir entendu mille et un témoignages de victimes qui, toujours, se demandaient pourquoi et comment on avait pu leur faire subir ce traumatisme, j’ai réalisé qu’il était essentiel d’enquêter du côté des pédophiles, de leur donner la parole. À l’époque, on les punissait, point final. J’ai créé une consultation pour les troubles de la personnalité et, avec la médiatisation, certains sont venus se confier, demander de l’aide, avant d’être passé à l’acte... Je reste persuadé que la sanction est bien plus «payante» lorsqu’elle est doublée d’une prise en charge thérapeutique....
On est jamais certain de rien, et, surtout dans ce domaine, on ne peut pas savoir si le pédophile va récidiver... Mais il vaut toujours mieux faire quelque chose que de baisser les bras! Il reste encore beaucoup de choses à faire pour combattre la pédophilie. Aider, guider, accompagner l’entourage, par exemple, qui subit lui-même un choc très lourd et qui a un rôle à jouer pour la suite.

Roland Coutanceau vient de publier Amour et violence, le défi de l’intimité, aux éditions Odile Jacob.

Si vous souhaitez accéder aux articles en version intégrale, souscrivez à la version abonné de notre site.

Déjà abonné(e) ?

Mots-clés

Sélection de livres disponibles dans notre boutique

Les massages aux huiles essentielles qui guérissent
Spasmophiles ? Libérez vos émotions !
Et si vous manquiez de vitamine D ?
Mon cahier des Fleurs de Bach