L’art de soigner avec humanité avec Jean-Michel Benattar

mer, 01/11/2017 - 02:00 -- Pinar Selek
Sur la même longueur d’ondes que Martin Winckler
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Le mois dernier, en lisant le superbe livre Le Chœur des femmes, de Martin Winckler, et en écrivant ma dernière rubrique, je n’ai pas arrêté de penser à un autre médecin qui partage la même philosophie. Je veux parler de Jean-Michel Benattar, qui est gastro-entérologue et hépatologue à Nice, mais qui est, aussi et avant tout, une belle personne. Cela fait longtemps que j’ai envie de vous parler de son expérience et de ses engagements, si proches de ceux de Rebelle-Santé, qu’il lit attentivement, d’ailleurs !

UNE FOURMI INFATIGABLE
J’ai connu Jean-Michel Benattar à mon arrivée à Nice, il y a deux ans. Je présentais un de mes livres. À la fin de la rencontre, il est venu me faire un cadeau : un livre qui raconte le récit du Réseau Marcel (Fred Coleman, Le réseau Marcel, Acropole, 2015), réseau de résistance créé à Nice, en 1943, pour sauver les enfants juifs. Il m’a dit : «Bienvenue à Nice, il y a toujours eu de la résistance ici». En fait, il me conseillait, par ce geste, de bien regarder autour de moi les fleurs grandissantes, les graines semées, les fourmis infatigables… dans cette ville où je m’installais.
Jean-Michel Benattar est l’une de ces fourmis qui sèment et qui arrosent les fleurs pour tout le monde. Il aime les cigales, il crée des liens entre les Niçois en organisant des concerts chez lui… Et bien d’autres choses. C’est un citoyen engagé… Il ne veut pas ÊTRE quelque chose. Il veut FAIRE quelque chose. Oui, vous avez bien lu, c’est d’un médecin que je parle, un gastro-entérologue et hépatologue réputé de Nice qui affirme que «soigner avec humanité est un acte de résistance». C’est un soignant qui remet l’humain au cœur de la médecine en insistant sur trois principes : principe d’autonomie, principe de bienveillance, principe de non malfaisance. Il met en pratique cette belle parole : «Nous devenons justes par la pratique d’actes justes» (P. Le Coz, Petit traité de la décision médicale, Seuil, 2007, p. 107).  Selon lui, s’il existe de nombreux outils pour «soigner ensemble et chacun», ces outils ne sont pas toujours connus ou difficiles à être acceptés et mis en place.

L’ÉTHIQUE ET LA BIENVEILLANCE
À Nice, toutes et tous les patients parlent de la bienveillance de ce médecin. «Je fais juste attention aux besoins singuliers des patients», dit-il. Faisant référence à P. Le Coz, il définit la bienveillance par le fait d’être sensible à l’altérité de l’autre et, pour lui, c’est la base éthique de son métier.
Pourquoi alors soigner avec humanité est-il un acte de résistance ? Il explique : «L’éthique médicale est née en 1947 lors du procès des médecins nazis à Nuremberg. Cela a montré qu’on peut être médecin et violer l’éthique médicale, en pensant que c’est bénéfique pour l’humanité. Même après la guerre, cette éthique n’a pas été toujours été un préalable pour tous les médecins. Par exemple, en France, il a fallu une loi (la loi Kouchner-4 mars 2002) pour imposer les règles les plus élémentaires de la médecine». Soigner avec humanité est parfois un acte de résistance. Jean-Michel Benattar résiste.

IL SÈME L'ESPOIR
Jean-Michel Benattar explique que, pour lui, 80% des déterminants de santé sont sociaux-environnementaux et 20% médicaux, et il trouve simpliste la perspective médicale qui repose sur le déni de la complexité et de la multiplicité des facteurs. Pour bien soigner, il s’est engagé dans un mouvement social en créant, avec d’autres, la Maison de la Médecine et de la Culture, une association qui construit les bases d’une Université Citoyenne du Soin… Il s’agit d’une université populaire qui organise des rencontres passionnantes et très constructives. Par ailleurs, ce petit réseau s’élargit et lutte pour que la réflexion critique ait plus de place dans l’enseignement supérieur. Ses membres proposent donc un projet de Diplôme Universitaire de l’Art du Soin comprenant 12 séances de formation pour les étudiants et pour les professionnels. Et, grâce au soutien de Patrick Bagué, doyen de la Faculté de Médecine de l’Université de Nice, l’étude de l’Art du Soin commencera en janvier 2018. Jean-Michel Benattar voit se dessiner un mouvement autour de ces notions essentielles de soin soutenues par les associations de patients. Il pense qu’il y a de plus en plus d’ouverture, surtout au sein de l’Université, mais aussi dans d’autres institutions.
Venant à l’encontre de nombreux préjugés, les portes s’ouvrent aussi à Nice où de nombreux médecins, dont le président de l’Ordre des Médecins, soutiennent ces initiatives. Ils avancent en invitant tout le monde à participer et en ouvrant les portes aussi grandes que possible. C’est comme une utopie qui se réalise.

Le mois prochain, je vous présenterai les travaux de cette association, avec le témoignage de Richard Desserme qui, après vingt années d’expérience en informatique médicale et de nombreuses interventions humanitaires et missions dans les zones de guerres, se retrouve aujourd’hui être l’un des animateurs de la Maison de la Médecine et de la Culture.
Je vous souhaite un automne romantique, sympathique, entouré de belles personnes.

Consultez le site de Jean-Michel Benattar, il y a de beaux textes : www.docvadis.fr/dr.jm.benattar

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Article paru dans le : 
Rebelle-Santé N° 200
Type de publication : 

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